VOYAGE

Tbilissi, gourmande et spirituelle

Capitale de la Géorgie, Tbilissi est un carrefour entre l’Asie, l’Orient et l’Occident. En plein essor, elle bénéficie des riches influences de ses voisins russe, turque, arménien et azéri

Fondée par Vakhtang Gorgassali, un roi qui portait une tête de loup sur son heaume au Ve siècle de notre ère, Tbilissi doit son nom aux sources d’eau chaude qu’elle abrite (tbili signifie «chaud»). Menacée par les tanks russes en 2008, elle a repris des couleurs et s’ouvre aujourd’hui au tourisme, principalement russe, d’ailleurs… On y parle très peu l’anglais, ce qui accentue le plaisir du dépaysement. Pourtant Tbilissi possède aussi ses restaurants branchés. C’est l’un des paradoxes d’une ville où les gratte-ciel contemporains côtoient les églises multiséculaires.

Au temps des soviets

Parmi toutes les merveilles à visiter, notre préférence va à une toute petite église, en pleine ville, la plus ancienne: Anchiskhati, bâtie au VIe siècle. Dès le seuil, le visiteur plonge dans une envoûtante atmosphère faite à la fois de dépouillement et de pompe, typique de la religion orthodoxe.

Une promenade jusqu’à la statue en aluminium qui domine la ville s’impose. Erigée en 1958 pour célébrer les 1500 ans de la cité, elle témoigne de la Géorgie sous l’empreinte soviétique… Poussez jusqu’à la forteresse de Narikala. Construite au IVe siècle mais remaniée après chaque vague d’invasions (arabe, mongole, perse, ottomane, russe…), elle offre une vue imprenable sur la capitale. En redescendant, visitez la mosquée. Puis, dans un quartier voisin, par un détour, la synagogue.

Les peintres locaux s’admirent à la Galerie nationale, de taille modeste. On y découvre le maître de la peinture géorgienne, qui semble un lointain cousin du Douanier Rousseau: Nikolos Pirosmanashvili (1862-1918). Partout dans le pays, et jusque sur les billets de banque, vous retrouverez ses images au primitivisme puissant. Devant le musée, un parc, puis un pont (appelé «le Pont sec»). Il est occupé par un marché aux puces, particulièrement couru les samedis et dimanches.

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Comme au théâtre

Un passage aux bains publics dans le quartier Abanotubani s’impose. Souterrains, alimentés par une source sulfureuse, ils ont été créés au XVIIe siècle. Plusieurs bassins, dont le hammam Orbeliani, réaménagés dans le style «mille et une nuits». Nous avons préféré les très populaires piscines «N°5», sous ses coupoles de briques. Vous vous souviendrez longtemps de votre massage, suivi d’un thé, nu au milieu du peuple de Tbilissi et de quelques touristes. Vous aurez peut-être l’occasion d’assister à la dispute de deux papis géorgiens qui se chamaillent un robinet d’eau chaude, dans leur langue si belle. Une scène de théâtre.

Non loin de là, rue Shavteli, tentez une visite au Théâtre de marionnettes de Rezo Gabriadze (invité notamment au Théâtre de Vidy, à Lausanne, ou au Festival d’Avignon). Elle vous donnera un autre échantillon de la culture et de l’humour géorgiens. Les spectacles sont surtitrés en anglais mais la salle étant petite, mieux vaut réserver.

Trésors culinaires cachés

Au restaurant, on partage les plats souvent copieux. Les salades de tomates et concombres, agrémentées de sauce aux noix, sont un délice. Les gros raviolis «khingali» se mangent avec les mains. Les pains «khatchapouri» se déclinent selon les goûts: fourrés au fromage, à la pâte de haricots rouges, ou accompagnés d’un œuf cuit au milieu.

Si vous aimez les lieux touristiques, la rue Shavteli est pour vous, avec son alignement de terrasses et ses rabatteurs. Si vous préférez quelque chose d’authentique, vous ne trouverez pas les bonnes adresses en vous promenant: elles sont cachées au fond d’impasses, d’arrière-cours, de venelles. Aucune enseigne, aucun menu ne les annoncent.

Fruits, vin et café turc

Parmi elles, le restaurant Keto and Kote, avec ses magnifiques balcons en bois, sa terrasse qui donne sur la ville. Design et soigné. Ou le Shavi Lomi (le «lion noir») et sa succulente cuisine qui s’ouvre aux influences européennes. Essayez le poulet aux mûres ou celui à la grenade. Comme entrée, commandez les petits «bateaux» de pain au maïs, agrémentés de fromages aux noix, de mousse à la betterave… Par sa richesse, la carte vous rappelle que la Géorgie est le berceau de la vigne. Vin rouge, blanc, orange… Dans les restaurants populaires, il faut préciser qu’on souhaite boire le breuvage sec (soukhoi) sans quoi il risque d’être liquoreux.

Le restaurant Littera s’épanouit lui aussi dans une cour intérieure, celle d’une somptueuse demeure de 1905, la maison des écrivains géorgiens. La chef Tekuna Gachechiladze est aux fourneaux. Enfin, même en plein quartier touristique, le café Leila vous offrira son calme, ses plats végétariens, son décor mauresque. Idéal pour une tranche de tarte végétalienne et un café turc.

Chez l’habitant

Pour loger, c’est l’embarras du choix. La maison d’hôtes Chez Marina vous donnera le sentiment d’avoir une grand-mère géorgienne, dans une bâtisse centenaire au beau balcon bleu. Cette femme merveilleuse, historienne de l’art, a été costumière pour le cinéma, notamment dans le film Pastorale (1975) d’Otar Iosseliani, tourné dans un magnifique village des montagnes géorgiennes qui n’existe plus.

Et pour cause, après la guerre russo-géorgienne de 2008, les provinces d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, indépendantistes, sont retournées dans le giron de la Russie. Le touriste non plus n’y met plus les pieds. Si vous manifestez votre intérêt pour Gori, à une heure de Tbilissi, ville natale de Staline, avec le musée qui lui est dédié, Marina sourit, un peu tristement. Emprisonnements, exécutions peut-être, les communistes n’ont pas été tendres avec sa famille. «Autant faire un musée à la gloire de Hitler…»

Vous aurez l’occasion de parler de la Géorgie, de la beauté et de l’absurdité des hommes sur le balcon bleu, dans les nuits chaudes de Tbilissi, le chien de Marina à vos pieds, un verre de vin rouge produit par la maîtresse de maison dans la main. «A côté de la Russie, nous sommes David. Ils sont Goliath.»

Sur les routes géorgiennes

Si vous avez envie de vous offrir un hôtel contemporain stylé, le Stamba fera l’affaire, avec son atrium spectaculaire et ses chambres inspirées des aviateurs des années 1930. Vous pourrez même y jouer au casino, ambiance vieille Europe. En taxi, de nombreuses escapades s’offrent à vous dans les environs. Nous vous déconseillons de conduire sur les routes géorgiennes, à moins que vous sachiez éviter aisément troupeaux de vaches et cochons batifolant en liberté.

A quelques kilomètres de là, voici Djvari la sublime, sur son promontoire, au confluent du fleuve Koura et de la rivière Arvi. Cette petite église bâtie vers 580 après Jésus-Christ a servi de modèle aux architectes pendant des siècles. L’intérieur, sobre, dépouillé, n’a rien perdu de sa spiritualité et de son mystère. Les icônes que les visiteurs embrassent au passage, par dévotion, semblent sonder votre âme. Tout près également, Mtskheta, ancienne capitale du pays, avec sa célèbre cathédrale.

De Tbilissi, une ligne de train, la seule du pays, vous permettra de rejoindre Batoumi, sur la rive de la mer Noire. Et les marchrourt, ces petits bus collectifs sans horaire, qui partent lorsqu’ils sont pleins, vous emmèneront à peu près partout et vous feront voir, mieux que n’importe quel tour-opérateur, du pays.


Les adresses

En Géorgie, peu de sites internet traduits en anglais et mis à jour. On utilise les réseaux sociaux, ou le bon vieux téléphone.

Y dormir

  • «Chez Marina»: notre coup de cœur. Chubinashvili 20, portable +995 592 92 07 69
  • Stamba Hotel: des chambres design dans une ancienne maison d’édition, Merab Kostava 14

Y manger

Trois adresses à la fois conviviales et sophistiquées témoignent du nouveau visage de Tbilissi.

  • Keto and Kote: Impasse Zandukeli 3
  • Shavi Lomi: Zurab Kvlividze 28
  • Café Littera: Ivane Machabeli 13

Y aller

En avion, au départ de Genève, avec une escale à Istanbul. Les deux vols prennent en tout 5 heures. La ligne est assurée par Turkish Airlines.

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