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À 1600 mètres d’altitude, serrés les uns contre les autres, les théiers donnent aux verdoyantes Cameron Highlands l’aspect d’un tapis de velours.
© Amit Patel. National Geographic Creative

Evasion

Tea time 
aux Cameron Highlands

Le panorama des plantations de thé se dresse entre la jungle et le sable fin 
de la Malaisie péninsulaire. Un paysage époustouflant où les papillons sont élevés 
dans des fermes et où plane la disparition mystérieuse de Jim Thompson

Le trajet en bus au départ de Kuala Lumpur dure trois heures. La touffeur et le tumulte de la mégalopole s’abandonnent sans regret. Idem pour la pollution sonore de ses sempiternels embouteillages. Pahang, le plus grand Etat de Malaisie, se traverse par voie rapide. Enfin, au pied de la montagne, le chauffeur contourne les premiers nids-de-poule qui rythment la route se déroulant désormais en lacets. Le voilà qui fait crisser les freins à l’entrée de Tanah Rata. Une ville dépourvue de charme dont l’artère centrale ressemble à un alignement de restaurants, bars 
et hôtels à moitié c-achés par la brume 
et la pollution. Au loin, pourtant, 
se dresse la plus grande station climatique du pays, située à 1600 mètres d’altitude: les verdoyantes Cameron Highlands, là où la culture du thé 
est la plus productive du pays.

La ruée vers l’or vert

Ici, l’agrotourisme et les premiers blocs en béton fleurissent, intrinsèquement liés à l’intérêt naissant pour ce coin de Malaisie. Durant toute l’année, étrangers et autochtones y profitent d’un paysage stupéfiant ventilé par des températures douces. On y croise aussi bien des Indiennes en sari, des Chinois scotchés à leur selfie stick que des Malaisiens accompagnés de leurs épouses, souvent voilées. Tous immortalisent l’une 
des régions les plus montagneuses 
et pittoresques de la péninsule.

Le nom de Cameron Highlands témoigne du passage d’un sujet de la reine Victoria. William Cameron est ainsi le premier Occidental à explorer cette contrée en 1885. Jadis, les employés du gouvernement colonial britannique prenaient ici le frais pour échapper à la chaleur tropicale des bas plateaux. Rapidement, Cameron Highlands devient la destination de villégiature préférée des colons anglais. La fertilité des terres couplée aux conditions climatiques se révèle propice à la culture du thé. L’or vert aiguise rapidement l’appétit des hommes d’affaires. Les exploitations se multiplient à flanc de collines et s’étendent aujourd’hui à perte de vue.

Du miel et des papillons

Direction la fabrique Boh Tea, fondée en 1929 par J.A. Russell. L’Ecossais décède en 1933 à l’âge de 50 ans, après avoir transformé des hectares de jungle en plantations. Les quatre terrains Boh représentent désormais une surface de plus de 12 kilomètres carrés situés au nord de Brinchang. Le musée qui jouxte le restaurant de l’entreprise raconte en détail la méthode de travail de la marque favorite des Malaisiens.

Même si une partie de la cueillette se fait encore 
à la main, avec le temps, les moyens de production se sont forcément modernisés. Les grosses tailleuses permettent de produire 4 millions de kilos de thé chaque année. Les feuilles des théiers, une fois ramassées, sont triées puis pressées afin d’en extraire le jus. Avant d’être à nouveau séparées puis séchées. Comme les Malaisiens ne veulent plus de ce travail jugé trop mal payé, les cueilleurs arrivent d’Inde, du Népal ou du Sri Lanka, avec un contrat de trois ans et un salaire qui varie 
en fonction du poids de leur récolte.

Parmi les autres haltes culturelles des Cameron Highlands, les stations 
apicoles possèdent de nombreux 
jardins d’où le visiteur repart avec un pot de miel, un autre de gelée royale ainsi que quelques bulbes d’orchidée. Les fermes d’élevage de papillons tropicaux se situent à 5 kilomètres au nord de Brinchang. A celle de Kok Lim, le promeneur a aussi la possibilité de cueillir lui-même ses fraises. C’est là qu’on rencontre Sundra, botaniste, amoureux 
des fleurs, des fruits et des lépidoptères, et qui exerce comme guide de montagne à ses heures perdues. A 57 ans, Sundra vit avec sa mère et ne s’est jamais 
marié. «J’ai une petite amie allemande, explique-t-il tandis qu’un rayon de soleil éclaire son visage. Je lui parle de temps en temps au téléphone, même si nous 
ne nous sommes pas revus depuis 1983.»

Le roi de la soie envolé

Le lendemain, il prend la tête d’une randonnée qui va traverser la vallée d’émeraude, parsemée de villages bucoliques. Au programme de cette partie de campagne: cascades, forêt vierge, zones préservées, panoramas à couper le souffle… et Jim Thompson. Au sommet d’une colline, le guide pique notre curiosité. Comme toute bonne légende, il démarre son histoire par «Il était une fois…» Celle de la disparition de cet entrepreneur américain le 26 mars 1967. L’homme avait développé le marché de la fabrication de la soie en Thaïlande après 
la Seconde Guerre mondiale. Profitant du climat revigorant des Cameron Highlands, il se serait volatilisé en revenant de la messe.

A quelques pas de là, Sundra montre le Moonlight Bungalow, où Jim Thompson logeait avant de 
s’évanouir dans la nature. L’énigme 
jamais élucidée a donné naissance à de nombreux fantasmes. Botaniste, espion à la solde de la CIA, trafiquant d’opium? Le plus grand mystère des Cameron Highlands est devenu un vrai petit business: le trek guidé qui part 
sur les traces du roi de la soie évaporé alimente surtout sa légende.


Y aller

Thai propose quotidiennement des vols pour Kuala Lumpur au départ de Genève à partir de 405 francs.  www.thaiair.ch

Y manger

A Brinchang, le marché de nuit s’installe le samedi. Les étals proposent de la cuisine locale comme les «chapati», ces galettes indiennes, ou des «steamboat», une spécialité chinoise qui consiste à jeter dans sa fondue, réalisée avec la base d’un bouillon, des légumes mais aussi des morceaux de viande et de poisson.

Y dormir

Au milieu des plantations, le Cameron Highland Resort. Sa décoration intérieure respire l’esprit colonial britannique. Pour le «five o’clock tea», on se love dans les fauteuils en cuir au coin du feu pour y savourer son scone à la confiture de fraise. Le spa rend lui aussi hommage à la fraise, proposée comme traitement ou gommage après un bain relaxant au thé qui, lui, possède des propriétés régénératrices.
www.cameronhighlandsresort.com

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