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Réalisée en 2014 par les Zurichois Gigon/Guyer, la Fondazione Marguerite Arp, à Solduno, abrite la collection constituée par l’artiste Jean Arp et sa deuxième épouse.
© Fondazione Marguerite Arp/Roberto Pellegrini

Architecture

Comment le Tessin est devenue une petite Mecque de l’architecture

Rêvée par Mario Botta et Aurelio Galfetti, l’Accademia di architettura de Mendrisio ouvrait ses portes en 1996. Elle s’impose depuis par la qualité de son enseignement, et par sa stimulante différence

C’était il y a un peu plus de vingt ans. S’engouffrant dans la brèche ouverte par la création de l’Université de la Suisse italienne (USI) à Lugano, une poignée d’architectes alors au faîte de leur renommée, dont les Tessinois Mario Botta et Aurelio Galfetti, militent activement pour l’ouverture d’une faculté d’architecture à Mendrisio. Pourquoi Mendrisio? Par souci d’indépendance face à l’USI et parce que la petite ville se trouve toute proche de l’Italie, bassin naturel de recrutement des futurs étudiants. Pour faire aboutir leur projet, ces fervents défenseur d’une approche de l’architecture résolument humaniste n’hésitent pas à forcer quelque peu le destin. Convoquant la presse et la télévision, ils affichent sur l’ancien hôpital mis à leur disposition par la commune une pancarte annonçant qu'«ici ouvrira prochainement l’Accademia di architettura». Un coup de poker, et qui s’avère efficace. En 1996, l’institution ouvre ses portes à une centaine d’étudiants réunis en grande partie grâce au bouche à oreille.

C’est un premier pas. Mais presque tout reste à faire, notamment obtenir la reconnaissance européenne des diplômes. Un an plus tard, l’architecte Marc Collomb – du bureau lausannois Atelier Cube auquel on doit notamment le nouveau parlement vaudois – rejoint l’aventure. Nommé en 2004 professeur ordinaire, il est aujourd’hui doyen de l’Accademia di architettura de Mendrisio (AAM). Rencontré dans son bureau lausannois, il semble toujours aussi passionné pas cette université un peu différente, certes exigeante mais conviviale et qui a su rester moins âprement compétitive que d’autres. Accueillant quelque 80% d’étrangers en bachelor et ne pouvant prendre en compte toutes les candidatures non suisses (entre 200 et 300), elle peut et doit réaliser une première sélection avant les admissions, sélection qui ailleurs s’effectue après la première année.

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«Connaissant les deux systèmes, je ne peux que constater l’avantage de celui-ci, précise Marc Collomb. Quand nos étudiants se rencontrent, ils ne sont pas obligés de penser qu’une partie d’entre eux ne sera plus là l’an prochain. Il en résulte une sorte de tranquillité bénéfique et une plus grande solidarité. Peut-être moins individualistes, nos élèves s’entraident beaucoup, et c’est important, ils sont plus motivés. A l’école, on apprend aussi des autres, et pas uniquement du professeur.»

Académie cosmopolite

Une philosophie propre à Mendrisio? Refuser la fragmentation et la spécialisation à outrance, rester fidèle à la figure de «l’architecte territorial» conscient que le projet doit s’étendre «de la petite cuillère à la ville», pour reprendre la formule des avant-gardes.

Afin d’incarner dignement ce programme, la direction a réuni une prestigieuse palette de professeurs venus non seulement de différentes régions de la Suisse mais également d’Extrême-Orient, d’Inde ou d’Afrique. Parmi eux, on trouve le Portugais Manuel Aires Mateus, dont le bureau va construire à Lausanne le nouveau musée qui accueillera le Musée de l’Elysée et le Mudac, le Burkinabé installé en Allemagne Diébédo Francis Kéré ou les Irlandaises Yvonne Farrell et Shelley McNamara de Grafton Architects, par ailleurs commissaires de la Biennale d’architecture de Venise cette année. Et comme les ateliers de projet sont tous regroupés sur deux jours de la semaine, les intervenants ont l’occasion de se croiser le soir ou même de partager le taxi qui les emmène à l’école. De quoi nourrir les échanges et parfois donner naissance à de futures collaborations.

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L’Académie de Mendrisio prévoyait d’accueillir 500 étudiants. Elle en compte aujourd’hui 780 représentant 40 nationalités. Pour les accueillir, l’institution s’est peu à peu agrandie constituant un véritable campus dont les principaux locaux sont disposés autour d’un magnifique parc urbain. Parmi les constructions neuves figure une maison d’étudiants composée de deux édifices parallèles séparés par un jardin, la Casa dell’Accademia imaginée par deux assistantes de l’école, Carola Barchi et Ludovica Molo, en collaboration avec Jachen Könz. On vient aussi d’inaugurer le Théâtre de l’architecture de Mario Botta destiné aux expositions et le bureau bâlois Buchner Bründler va bientôt construire une de grande halle pour accueillir les ateliers de première année. Envie de visiter? N’hésitez pas. L’Académie s’ouvre régulièrement au public à l’occasion de conférences. Et le programme s’annonce des plus alléchants.

Accademia di architecttura, Mendrisio, Largo Bernasconi 2, www.arc.usi.ch


Cinq rendez-vous tessinois pour un parcours en zigzag

Chiasso. M.A.X Museo, Durisch + Nolli (TI), 2005

Un rectangle lumineux qui flotte, léger, dans la ville. Un nouveau repère. Un projet relativement petit mais très séduisant. Le bâtiment de Durisch + Nolli se caractérise par sa façade pensée telle une grande vitrine translucide. Illuminée de nuit, elle révèle son contenu tout en éclairant la cité. Le socle du bâtiment se prolonge vers l’extérieur en une plateforme surélevée qui fonctionne comme un lieu d’exposition en plein air. A l’intérieur, les espaces vastes, lumineux et simples se veulent au service des œuvres avant tout. Le M.A.X Museo accueille, outre des expositions temporaires, un accrochage permanent consacré au graphiste Max Huber qui fut membre du Groupe Allianz, aux côtés notamment de Max Bill, et qui est décédé en 1992 à Mendrisio.


Airolo, col du Saint-Gothard. Hospice du Saint-Gothard, Miller & Maranta (BS), 2009

Une rénovation et une extension particulièrement réussies. Erigé à plus de 2000 mètres d’altitude, l’hospice du Saint-Gothard – dont l’existence remonte au Moyen Age mais qui avait connu par la suite de nombreuses transformations – était en piteux état. Il avait notamment été gravement endommagé par un incendie en 1905. Il fallait le transformer et l’agrandir tout en préservant sa matérialité, sa physionomie et sa mémoire. Les architectes ont choisi de le découper entièrement et de n’en garder qu’un tiers, supprimant ainsi la partie refaite après l’incendie. Le reste a été reconstruit à neuf, mais à l’identique et rehaussé d’un étage et demi. Du fait de cette surélévation, la pente du toit a été augmentée, ce qui confère à l’édifice plus de force et de monumentalité.


Locarno, Solduno. Fondazione Marguerite Arp, Annette Gigon/Mike Guyer (ZH), 2014

Dans les années 1960, Jean Arp avait exprimé le désir de construire dans sa propriété de Solduno une galerie pour y exposer une partie de la collection constituée avec Marguerite Arp, sa deuxième femme. Cinquante ans plus trad, les architectes Annette Gigon et Mike Guyer – auteurs de la fameuse Prime Tower de Zurich et de plusieurs musées – ont été chargés de concrétiser ce projet. Ils ont imaginé un bâtiment cubique en béton sablé qui complète la structure formée par l’ancienne maison-atelier et le jardin. Le nouvel édifice comprend un dépôt qui répond aux plus hautes exigences en matière de conservation ainsi qu’un espace d’exposition aux murs blancs, très simple et rectangulaire, éclairé par une grande baie qui donne sur le parc.


Mendrisio. Teatro dell’architettura, Mario Botta (TI), 2017

Cet édifice circulaire et clos, comme les affectionne Botta, comprend notamment en sous-sol une salle polyvalente pour les conférences, les colloques et les concerts. Les niveaux supérieurs sont réservés aux espaces d’exposition, répartis sur trois niveaux. Ces derniers sont organisés autour d’un vide central surmonté d’une couverture en forme de tente. Les circulations ont été placées dans un anneau périphérique.

Partie intégrante des projets d’agrandissement du campus de l’Accademia di architettura de Mendrisio, ce nouveau bâtiment est situé derrière le Palazzo Turconi, qui date du XIXe siècle. Il s’agit de l’ancien hôpital qui accueille actuellement une partie des ateliers de projet et qui, dans le futur, abritera la riche bibliothèque de la faculté d’architecture. 


Bellinzone. Bains publics, Aurelio Galfetti, Flora Ruchat-Roncati, Ivo Trümpy (TI), 1970

Incluons dans ce parcours une dimension «patrimoniale» avec ces bains unanimement salués par les spécialistes et qualifiés par l’un d’eux de «paradigme d’architecture territoriale». En réponse au concours organisé par la municipalité et pour éviter de construire une infrastructure uniquement saisonnière, les trois architectes, qui ont à peine 30 ans, imaginent une longue passerelle rectiligne de 380 mètres tendue entre les quartiers périphériques de la ville et les berges du Tessin.

De cette promenade piétonne accessible en tout temps descendent une rampe et un escalier qui mènent aux services de la piscine (caisses, cabines, vestiaires). Le niveau du sol est consacré à la baignade et au bronzage, avec une pelouse qui s’étend entre les bassins situés tantôt au nord, tantôt au sud de la passerelle.

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