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© Stephane Cardinale - Corbis

Coiffure 

La tête au carré, de Cléopâtre à nos jours

Longue ou courte, avec ou sans frange, le carré chatouille les nuques ce printemps. Et annonce le retour d’une féminité plus tranchée

Les filles qui l’aiment longue le savent: la chevelure qui caresse le dos est un vêtement précieux. A porter tantôt devant, tantôt derrière. Comme un atour épousant le corps au gré des émotions. Et qu’il est parfois tentant de faire tomber, pour explorer de nouvelles trames de soi.

L’actrice Monica Bellucci vient de laisser partir sa longue et soyeuse cheve­lure de jais pour un carré légè­re­ment plon­geant aux reflets auburn, œuvre du célèbre coiffeur John Nollet. Elle n’est pas la seule à tenter le court. Ce grand classique de la coiffure revient chatouiller les épaules et bousculer un peu le modèle néo-hippie, avec ou sans frange, style Lou Doillon ou Caroline de Maigret, auquel on associe une certaine allure bohème depuis les années 2000.

«Cela se ressent surtout sur les podiums. ll y a beaucoup moins de longueurs standards sur les filles, observe Olivier Schawalder, hair stylist suisse basé à Paris. Elles correspondent aux années sexy desquelles on s’éloigne pour aller vers une manière plus grunge d’affirmer sa féminité. Le carré donne de la personnalité à celle qui le porte. La preuve: beaucoup de mannequins décollent grâce à une coupe qui devient leur signature, comme Charlee Fraser.»

Du «bob» au «lob»

Plusieurs variations défilent. Le carré court bouclé, lissé ou frisé était la coiffure phare des fashion weeks printemps-été 2018, associé à une frange rideau style Sophie Marceau dans La Boum, plus facile à entretenir qu’une frange droite. Encore plus tranché, le blunt bob – qui fait référence à l’esthétique grunge des années 1990 avec une nuque dégagée et des pointes frôlant le bas des oreilles –, était très présent sur les défilés automne-hiver 2017-2018.

Du côté des versions à la hauteur des épaules, le lob (contraction des mots long et bob, ce dernier signifiant «carré») et le carré dégradé plongeant se portent avec une raie bien centrée et des longueurs style coiffées-décoiffées (wavy toujours dans le jargon anglophone) pour un style faussement négligé. Quitte à travailler les cheveux à la main avec une huile ou à utiliser un fer à lisser pour créer de petites vagues. «Le temps n’est plus aux coupes hyper-apprêtées. Il faut moins de contrôle, plus de naturel. Les carrés sont donc fluides, pas domestiqués, pas graphiques, pas brushés. Comme une prolongation de l’esprit des longueurs bohèmes mais en version carrée», précise l’expert Schawalder. En ce sens, le carré a l’avantage de ne demander que très peu d’entretien au séchage ou au saut du lit.

De Cléopâtre à Coco Chanel

Cela n’a pas toujours été le cas. En témoignent les premières traces artistiques de cette coupe, qui remontent à l’Egypte ancienne, des représentations picturales dans les tombeaux et les monuments. «Il s’agissait surtout de perruques, le plus souvent brunes, acajous, faites de tresses ou d’ondulations et couvertes d’ornementations pour la noblesse ou pour les représentations de leurs dieux», détaille Hervé Boudon, coiffeurs de stars dans le grand salon parisien qu’il a tenu pendant cinquante ans, jusqu’en 2014.

Au Moyen Age, puis à la Renaissance, on le retrouve sur les têtes masculines, plus ou moins long, comme Charles Quint adolescent, Philippe IV d’Espagne. Ce n’est qu’au XXe siècle qu’il fut adopté par les femmes. «La Première Guerre mondiale changea le statut des femmes, qui durent remplacer les hommes mobilisés. Celles qui travaillaient à l’usine coupèrent leurs cheveux pour des questions de sécurité. Les infirmières américaines au front adoptèrent le court permanenté», relate le coiffeur historien, auteur d’Une histoire de la coiffure, chez Tohubohu Editions.

Les stars hollywoodiennes des années 1920 reprirent le flambeau avec des coupes au carré très sophistiquées, façon garçonnes comme Louise Brooks, puis les couturiers et couturières suivirent, Coco Chanel en tête. Encore très présent entre les années 1930 et les années 1950, le carré était plus long, souvent ondulé. 

Dans les années 1960-1970, les coupes sont redevenues plus pointues, très structurées et géométriques. Selon Hervé Boudon, ce sont souvent les actrices, voire les mannequins, qui lancent les modes. Le carré s’en va et puis revient. Il est toujours féminin, car il bouge. Mais pourquoi ce retour en force depuis deux ans? «Je pense qu’en période d’insécurité et de manque de repères, le carré rassure. Il encadre, protège. Il bouge bien et se replace facilement. Il permet aux femmes d’affirmer une personnalité, de faire ressortir ce qu’il y a de plus beau en elles», conclut l’historien.

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