Elle a sonné. Kimbelle a couru sur le paillasson pour lui faire la fête. Elle est entrée. Kimbelle est retournée roupiller sur le canapé. Elle m’a posé toutes sortes de questions pendant une heure et demie. Kimbelle a continué de ronfler éperdument. Comme si tout ça, c’était normal.

C’est ainsi que s’est déroulée la première séance psy de ma chienne Kimbelle. J’ai a-do-ré cette rencontre! Même si tout ne s’est pas déroulé comme je l’avais prévu.

Il faut dire que Kimbelle souffre de petites phobies. Pourtant, qu’est-ce que j’ai bossé pour en faire une véritable bachelorette du savoir-vivre canin et une chienne ISO du bonheur Pepsodent. Bien sûr, nous sommes allés à l’école enfantine des chiots. Après des nuits passées dans les bras de Google, je lui ai concocté un programme pédagogique mixant habilement Rousseau, Montessori et la scientologie – pour le côté renforcement positif. J’ai emmené Kimbelle partout et progressivement pour qu’elle ne devienne pas empotée comme moi. On a même fait du pédalo (c’était mon baptême à moi aussi), du téléphérique (j’ai le vertige sur un escabeau). On a renoncé à l’hélicoptère (trop cher), au skate-board (mon ménisque!). On a quand même pris des ascenseurs vitrés (j’ai le mal de mer).

Résultat: ma chienne n’avait peur de rien jusqu’à ce qu’une passerelle s’effondrât dans un fracas si violent qu’elle en a tremblé pendant 48 heures. Désormais, elle a une peur bleue des bruits métalliques et des… chaises pliables (T’es sérieuse Kimbelle?) Surtout, elle s’en prend aux personnes qui portent des objets en hauteur – pas pratique à l’ère des livreurs de pizzas qui slaloment sur les trottoirs.

Dans un couple, il y en a toujours un qui s’ennuie, et l’autre qui souffre

Phrase entendue au bistro, très librement adaptée de Roland Barthes

J’ai donc cherché quelqu’un pour parfaire son éducation. Et quelle jungle j’ai découverte! En quelques années, les travailleurs gravitant autour des animaux ont pullulé. Il y a les innombrables promeneurs de chiens – formés ou non, légaux ou non. Les éducateurs plus ou moins autorisés qui vous abordent dans les parcs. Les comportementalistes. Les médiums animaliers qui consultent par téléphone, les guérisseurs munis des fleurs de Bach ou les voyantes qui vous parlent des vies antérieures de votre chiot. Des personnes ayant fait de longues études. Et d’autres juste armées de leurs dons ou d’un gros culot. Au début, n’y connaissant rien, j’ai confié ma chienne à un formidable promeneur sans-papiers qui, selon mes calculs, devait gagner 10 francs de l’heure. Pour que vous vous fassiez une idée de l’ampleur du secteur, le site de Genève répertorie 89 éducateurs canins – liste non exhaustive ne comportant que les travailleurs déclarés.

J’avais donc trouvé la perle rare, une comportementaliste qualifiée et chaudement recommandée, enfin. J’avais bossé mes questions. Mais dès que j’ai ouvert la porte, les rôles se sont inversés: je me suis retrouvé à la place du patient qui a besoin d’une aide thérapeutique. Et ma chienne s’est comportée comme si elle avait tout manigancé.

J’ai appris plein de choses. Assez renversantes. Je croyais que ma chienne m’ignorait: elle ne me quitte pas des yeux. Je l’imaginais indifférente. Elle est sur-tendre. Je me pensais doux. Je suis cassant. Je croyais lui inculquer du savoir-vivre. Je vais devoir réapprendre à vivre. Notre couple? On se croirait chez Proust où les amoureux aiment trop ou pas assez, et jamais au même moment. Je vous laisse. Je dois gérer l’info. On en reparlera. L’année prochaine!

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