Face aux six stagiaires, il se présente ainsi: «Je m’appelle Thierry, je suis moniteur d’équitation.» Il en a le look: double blouson élimé, pantalon de maréchal en cuir, demi-bottes. Dénote le couvre-chef: une chapka au lieu du chapeau car la bise souffle. Pour le reste, il a tout du cavalier placide style Robert Redford dans L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux (The Horse Whisperer, 1998). Calme, didactique, attentif, très présent. Une éclipse tout de même sur les coups de 13h pour une courte sieste à même le sol, les pieds croisés sur un rondin de bois face au soleil froid. On l’avait vu quelques jours auparavant sur la scène de l’Olympia à Paris, pour la cérémonie des César. Il était venu recevoir un prix d’honneur avec la troupe du Splendid (Chazel, Jugnot, Clavier, Balasko, Blanc) pour le mythique Le Père Noël est une ordure sorti en 1982. Il avait ressorti pour l’occasion le costume gris à carreaux, tenue culte de Pierre Mortez de SOS Détresse Amitié, le personnage qu’il incarnait.

On ne parlera pas de tout cela ce jour-là, on n’évoquera même pas le Popeye des Bronzés, Le Dîner de cons, Un Indien dans la ville, Les Ripoux, Quai d’Orsay et autres comédies à succès. Thierry Lhermitte est venu en qualité de professeur d’éthologie équine, science du comportement qui permet à la fois de mieux observer, comprendre et guider un cheval. Il a pour habitude depuis quelques années de dispenser des cours à l’invitation de manèges à travers la France. Il fait cela en toute discrétion. Un ou deux médias locaux (rarement des télévisions) sont tolérés et l’échange avec les journalistes se limite au cheval et au rapport que l’humain entretient avec lui. Lieu de ce stage: les écuries du Château de Neydens à Saint-Cergues (Haute-Savoie). L’endroit est beau. Huit hectares de verdure entre France et Suisse. Un entrelacs de vallons et au loin le massif des Voirons. Les rumeurs de la ville (Annemasse et Genève) sont à peine perceptibles. En tout, une dizaine de boxes avec paddocks. Le bois en pin qui soutient et couvre la moitié du manège est en harmonie avec la nature alentour. Thierry Lhermitte a répondu à la demande de l’association Hope qui aide les femmes touchées par le cancer à se reconstruire grâce à l’équithérapie. Une première pour lui: il va parler d’éthologie à des thérapeutes (psychologue, oncologue, assistante sociale, équithérapeute…). La veille, ce sont des cavalières dont les montures sont en pension au Château au Neydens qui ont bénéficié de son savoir. Le bénéfice de ses prestations est reversé à Hope.