Pourquoi le travail manuel est-il autant dévalorisé en France?

Le travail manuel reste effectivement une cause difficile à défendre en France. Vous avez des cohortes de jeunes qui partent dans des cycles universitaires alors qu’ils ne sont pas naturellement faits pour ça mais ils y sont poussés, souvent par leurs parents. Aller vers le manuel, même dans des filières d’excellence, est encore trop souvent perçu comme un constat d’échec, même si les choses commencent à changer. Mais quand on pense que depuis des décennies, on envoie seulement les jeunes en échec scolaire vers les centres d’apprentissage, quel gâchis!

D’où le fait qu’une entreprise comme Weston recoure à des personnes plus âgées, en reconversion?

Les personnes en reconversion n’ont pas cette vision du monde du travail manuel. Elles savent davantage que le statut de l’artisan a été valorisé ces dernières années. Notamment grâce à l’explosion du domaine du luxe depuis une vingtaine d’années. Quand un jeune arrive dans un atelier et qu’il a été rejeté par tout le monde, qu’il se sent dévalorisé, c’est possible, mais c’est compliqué, de le remettre en selle. Alors qu’une personne plus adulte, volontaire, qui n’a qu’une envie, apprendre un métier, on sait d’entrée de jeu que si tout joue, elle fera un artisan formidable.

Quand avez-vous créé l’école des ateliers Weston? Et pour répondre à quels besoins?

Nous l’avons créée il y a quatre ans. De nombreux départs à la retraite se profilaient, qu’il fallait compenser en formant de façon théorique et pratique. Nous voulions nous ancrer dans une logique de bassin d’emploi local et former nos futurs élèves, si je peux dire, «à notre main». Nous avons donc élaboré un parcours d’apprentissage en nous appuyant sur le savoir-faire des Compagnons du devoir. Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain; au départ, nous avons connu des difficultés de recrutement. Et puis, peu à peu, les choses se sont mises en place.

Lire aussi: @@@ Lien vers l’article principal du dossier intitulé métiers d’excellence, métiers d’avenir@@@

Combien de temps dure la formation?

Elle dure un an. Nos élèves alternent une semaine de cours théoriques et trois semaines de pratique, toujours dans nos ateliers à Limoges. A la fin de ce parcours, ils bénéficient d’un diplôme, un CAP (certificat d’aptitude professionnelle) en cordonnerie. Logiquement, ils savent parfaitement monter une chaussure et maîtrisent toutes les phases de fabrication. Ils ne sont pas des experts, évidemment, mais ils sont opérationnels.

Intégrer l’Ecole des ateliers garantit donc un emploi chez Weston?

Non, pas forcément. L’embauche n’est pas garantie, même si c’est effectivement l’idée. Sur une promotion d’une dizaine de personnes, deux tiers restent dans l’entreprise au terme de l’année d’apprentissage. Les autres trouvent en général un emploi dans une autre entreprise, dans la chaussure ou la maroquinerie, puisque, une fois que vous maîtrisez ce savoir-faire, ces gestes, vous pouvez vous ouvrir à d’autres types de métier.

Vous qui avez créé cette école, de quoi êtes-vous le plus fier?

Tout n’est pas rose. Mais je pense que pour nos élèves, l’assurance que vous apporte le fait d’avoir un métier constitue une satisfaction énorme, une chose incroyable. Nous leur transmettons des valeurs toutes simples, évidentes, telles que l’excellence, le travail bien fait, la créativité, l’intégrité… A titre personnel, dans ma carrière, j’ai connu des savoir-faire, des métiers spécifiques qui ont disparu. Parfois, j’ai tenté de les raviver et je n’y suis pas arrivé. Au travers de cette initiative, chez Weston, nous voulons permettre la transmission de ces savoirs. Je crois beaucoup en l’idée de transmission. Comme le font les Compagnons du devoir. Mon souhait le plus cher est donc que les personnes que nous formons, plus tard, puissent à leur tour transmettre leur savoir. Et passent ainsi du statut d’élève à celui de formateur.

Retrouvez tous les derniers articles en ligne de T Magazine!