L’attirance du public pour la magie du mouvement ne date pas d’hier. Les maîtres du passé, lorsqu’ils plaçaient leurs balanciers bien en vue sous des coqs ouvragés et vissés aux platines de leurs montres à échappement à roue de rencontre, savaient l’effet pratiquement hypnotique que leurs oscillations allaient produire sur les observateurs sensibles à la mécanique horlogère. La fascination exercée n’était pas associée à une attirance pour la science, car l’engouement était indépendant de toute notion de précision. Une fois le tourbillon inventé par Abraham-Louis Breguet vers 1798 et breveté à Paris en 1801, les quelques exemplaires réalisés ont été en priorité destinés à des chronomètres de poche fabriqués pour battre des records de précision. En réalité, il a fallu attendre les Expositions universelles de la fin du XIXe siècle pour saisir l’impact que ces régulateurs exposés par les grandes manufactures suisses présentes pouvaient avoir sur le public. Ainsi, ceux dévoilés en 1867 puis en 1889 à Paris par Constant Girard, le fondateur de la manufacture Girard-Perregaux, et magnifiquement mis en scène par des mouvements minimalistes dits à Trois Ponts d’Or, révélaient combien cette aérienne mécanique effectuant une ronde minutée possède un formidable potentiel dès l’instant où elle est aisément observable.

Faire rêver précisément

Même si cette complication a été fort médiatisée depuis une vingtaine d’années, nombre d’amateurs fascinés par le tourbillon ignorent encore à quoi sert réellement ce type de régulateur et s’il est d’une quelconque utilité dans une montre-bracelet. Une méconnaissance presque logique puisque l’intérêt pour ce régulateur est d’ordre émotionnel. Pour beaucoup, le plaisir visuel qu’il procure suffit à entretenir une magie que l’on sait en partie née de l’incompréhension de son mode de fonctionnement. La magie ne s’explique pas, elle se vit, comme le prouve Girard-Perregaux à travers la mise en œuvre très ­contemporaine de son mythique tourbillon sous trois ponts. La jeune manufacture Greubel Forsey a fait la même démarche en présentant, cette année, la montre Tourbillon 24 secondes Vision Edition Unique à 22 exemplaires. Cette pièce dont la seule aspérité visuelle se trouve être le sobre tourbillon visible à travers l’ouverture pratiquée dans le cadran rappelle que cet organe peut se suffire à lui-même. Surtout quand il est différent des autres en durée de rotation (24 secondes) et en inclinaison (25°).

Certains constructeurs, comme Richard Mille, sont conscients que l’impact du tourbillon sur les consciences est supérieur aux effets produits sur les mouvements dans lesquels ils sont inscrits. Voilà pourquoi cet inventeur de talent en est venu à donner un tour ludique à cet élément rare, au cœur de sa montre RM 19-02. Dans cette configuration, le tourbillon volant devient le cœur d’un automate ayant l’aspect d’une fleur de magnolia. En s’ouvrant toutes les 5 minutes ou à la demande grâce à un poussoir, cette fleur multiplie la magie de cet organe. La maison Cartier, sans aller jusqu’à théâtraliser le sien à l’aide d’un automate, joue subtilement avec la Rotonde Tourbillon Lové des effets d’un guillochage soleillé pour faire converger le regard sur lui. La présence du tourbillon est tellement forte qu’elle en fait oublier l’heure.

Outils de communication

Cet organe rotatif à la danse envoûtante est aussi un formidable outil de promotion pour les marques sachant en faire bon usage. Ainsi, la manufacture Vacheron Constantin, maison réputée pour son ­savoir-faire dans le domaine, se devait d’en proposer une magnifique exécution pour son 260e anniversaire. Le chronographe Harmony régulé par un tourbillon visible avec cage reprenant le logo en croix de Malte rend hommage au talent des horlogers de la plus ancienne manufacture genevoise à n’avoir jamais cessé ses activités. Dans un registre différent, car travaillé de façon plus contemporaine, le Chronographe Royal Oak Tourbillon Automatique offre à la manufacture Audemars Piguet de s’inscrire parmi les entreprises de tradition ayant su opérer une orientation plus ­contemporaine. La manufacture Jaeger-­LeCoultre, maison réputée pour avoir donné une accélération à cette «complication» en proposant le Gyrotourbillon, se penche sur les différentes itérations possibles du Sphérotourbillon, un organe volant qu’elle a mis au point il y a quelques années et qui est proposé ici en version Duomètre Moon. On notera que la cage est équipée d’un spiral cylindrique, inspiré de ceux qui se trouvaient dans les chronomètres de marine. Et de marine ­parlons-en justement, car c’est aux marins et voyageurs que Montblanc dédie son dernier garde-temps baptisé Collection Villeret Tourbillon Cylindrique Geosphères Vasco de Gama. Au cœur de cette magistrale exécution au dessin invitant au voyage, se trouve un grand tourbillon classique dont le spiral n’est pas plat comme souvent, mais cylindrique, pour dit-on accroître encore la précision de ­garde-temps dont aucun n’a pourtant fait l’objet de contrôle de chronométrie.

La concurrence au tourbillon

Les fanatiques de chronométrie savent aujourd’hui qu’un régulateur à tourbillon standard n’apporte pas grand-chose en termes de ­précision quand il est intégré dans le mouvement d’une montre-bracelet. Il en va de même pour le Carrousel, régulateur inventé par le Danois Bahne Bonniksen en 1892 et récemment remis au goût du jour par la manufacture Blancpain. On retiendra en revanche que la proposition faite par ­Zenith – qui fête cette année son 150e anniversaire – avec le régulateur baptisé «Gravity Central» offre, dans l’absolu, des perspectives plus attractives en matière de précision. En effet, ce mécanisme d’une rare complexité, mis au point il y a quelques années et présent dans la montre Academy Christophe Colomb Hurricane Grand Voyage II, a pour objet de permettre au balancier de toujours rester à l’horizontale et de garantir, en lui conservant cette position considérée comme la meilleure pour des réglages fins, une qualité de chronomètre sans avoir recours au fameux tourbillon.