Il est Grec, hôtelier, peintre et photographe issu des Beaux-Arts. Elle est Vaudoise, photographe et ancienne assistante de direction. Ils ont vécu à Paris, à Rome ou à Maastricht. Aujourd’hui, ils ont choisi de construire un hôtel en paille à Nax. Dans une région du Valais qui a refusé, il y a deux ans, de devenir le parc naturel du val d’Hérens, et où le choix du durable, du tourisme doux et de l’écologie n’allait pas de soi pour tout le monde. Louis et Lisa Papadopoulos ont d’ailleurs dû aller chercher leur architecte dans les Grisons, leurs entreprises en Suisse alémanique ou en Autriche, faute de trouver des sociétés valaisannes ayant envie de se lancer dans ce projet exigeant.

En ce lundi de reprise, le calme est revenu dans leur petit hôtel de huit chambres. Un couple d’agriculteurs vaudois vient d’arriver pour trois nuits. «Nous venons toujours à Nax, mais le seul hôtel du village était plein, alors j’ai réservé ici en pensant que le projet allait nous plaire», expliquent-ils. Dans la salle à manger où Louis Papadopoulos leur sert un verre de bienvenue, des murs vitrés permettent de voir l’isolation en paille de 80 cm d’épaisseur. Un gigantesque four à pain trône à côté du bar. «C’est là que nous cuisons le pain et les pizzas, mais nous en récupérons aussi la chaleur pour chauffer l’eau sanitaire, ainsi que l’eau qui sert au chauffage au sol lorsque les tubes solaires des balcons ne suffisent pas», explique Louis Papadopoulos.

A l’origine du projet, pas de grands principes écologiques, mais des réflexions financières. «Nous l’avons élaboré en pleine crise du pétrole, et pour être certains qu’il soit viable sur le long terme, nous devions nous assurer de maîtriser les coûts énergétiques de l’hôtel», précise-t-il. La question écologique est donc un effet secondaire des réflexions économiques du couple, mais leur hôtel consomme trois fois moins d’énergie qu’un bâtiment labellisé Minergie-P. «La paille permet de réaliser une isolation beaucoup plus importante que les matériaux traditionnels, et apporte un climat d’habitation sain et agréable.»

Opérationnel depuis dix-huit mois, le Maya Boutique Hôtel est ouvert à l’année et connaît peu la morte-saison. «Les clients, essentiellement des couples citadins, viennent d’abord pour le concept», explique Lisa Papadopoulos. Avec un taux de remplissage moyen de 50%, en constante progression, l’affaire semble fonctionner. «Même si ce que nous voulions faire était inconnu pour les administrations cantonale et communales, nous avons été bien accueillis et attentivement écoutés», estiment-ils. «Depuis qu’ils ont ouvert, nous constatons une augmentation très nette des nuitées dans la région. Ce projet est un ambassadeur extraordinaire pour nous, parce qu’il attire des gens de partout et que l’accueil y est très chaleureux», se félicite Bernard Bruttin, président de la commune de Mont-Noble dont Nax fait partie.

Un peu plus loin à l’intérieur du val d’Hérens, Saint-Martin n’a pas eu le choix. Après avoir manqué le virage du ski puis essayé sans succès de le rattraper, la commune a décidé, dans les années 1990, de mettre en avant sa nature et son architecture traditionnelle. Saint-Martin est composée de neuf hameaux répartis entre 900 et 3000 mètres d’altitude sur la rive droite de la Borgne.

«La commune était confrontée au problème de l’émigration de sa population et au déclin de son agriculture», explique Louis Moix, président de Saint-Martin. Vingt-trois ans après ce virage décisif, la commune a été plusieurs fois primée par des organisations cantonales et internationales pour sa gestion de l’eau, de la biodiversité et de l’énergie. En turbinant son surplus d’eau potable, la commune produit, par exemple, les trois-quarts de l’énergie qu’elle consomme.

Son modèle de développement touristique est structuré autour du sentier Maurice-Zermatten, qui part des pieds de la commune jusqu’à ses cimes. Tout au long du chemin, Saint-Martin a redonné vie à des hameaux, des mayens ou encore des alpages. Fer de lance du projet, le petit village d’Ossona, lové sur un plateau idyllique à quelques pas de la Borgne. Abandonné dans les années 1960, il a été racheté par la commune en 2004. Il abrite aujourd’hui des gîtes et une ferme. «Il s’agissait d’un projet pilote soutenu par le canton et la Confédération», explique Louis Moix. «Il a intéressé de nombreuses personnes, parce qu’il consistait à trouver une manière de ressusciter un village abandonné. Cela a également permis à Saint-Martin de se faire une réputation.»

La clientèle vient de partout, le plus souvent pour une visite d’une journée, parce que la commune a encore peu de lits à offrir. Elle aime la tranquillité du lieu, la nature et l’absence des foules que l’on connaît dans les stations. «Il y a pas mal de Genevois et de Vaudois qui rénovent des chalets ici», ajoute Louis Moix.

Le site d’Ossona fait 1600 nuitées pendant la belle saison mais ferme ses portes en hiver. La construction d’une cabane d’altitude, la cabane des Becs de Bosson, attire des randonneurs depuis le val d’Anniviers. Pendant les débats sur la création du parc naturel, certains critiquaient le tourisme durable pour son manque de rentabilité. «C’est certain que notre modèle ne génère pas l’argent du tourisme de masse, mais pour une commune comme Saint-Martin, c’est une solution qui permet de maintenir quelques emplois», argumente Louis Moix.

La ferme d’Ossona livre son lait à la laiterie de Saint-Martin, «très réputée pour son fromage et souvent en rupture de stock», précise-t-il. L’alpage de Loveignoz est exploité tout l’été et propose de la vente directe. Reste le projet de rénovation du hameau de Baule, suspendu en attendant de connaître le contenu exact de la Lex Weber.

Saint-Martin fait des émules dans la vallée, malgré le refus du parc naturel. Les projets de sentiers pédestres se multiplient pour relier les différents hébergements. Hérémence, sur la rive gauche de la Borgne, a un projet dans un alpage. Un musicien espère construire des cabanes dans les arbres dans la région de Mont-Noble. «Plus nous serons nombreux à proposer des projets innovants, et plus la région sera dynamique», se réjouit Louis Papadopoulos.

L’établissement consomme trois fois moins d’énergie qu’un bâtiment labellisé Minergie-P