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Sous les tours de Lancy, GT40 à vendre

En 1964, le fondateur de l’écurie Filipinetti ouvre une concession de «muscle cars» Ford à Genève. Retour sur cette saga, avec Claude Sage

Numéro 1042 tatoué sur le châssis. Les grandes heures de la Scuderia Filipinetti resurgissent de l’atelier genevois Burgol, alors que deux mécanos poussent une GT40, cet intercepteur rouge construit en 1965. Il rappelle également un épisode oublié de l’engouement helvétique pour les V8 américains des années 60.

«L’histoire de Performance Cars a commencé à Berne, dans les bureaux de la Revue Automobile, à l’automne 1964», se souvient Claude Sage. Alors jeune journaliste, celui qui présidera le Salon de l’auto jusqu’en 2005 vient de courir quelques mois plus tôt au Mans pour Georges Filipinetti. Il suggère son nom quand son rédacteur en chef, Robert Braunschweig, fait savoir que Ford cherche des distributeurs en Europe pour ses GT40, Cobra, Mustang Shelby 350 GT et autres Cortina Lotus.

Un Grand Prix sur route

Un rendez-vous est organisé à Saint-Prex, dans la propriété de Filipinetti, en présence de John Hirsch, patron de Ford en Suisse, d’un représentant de la maison mère mais également de John Wyer. Ancien patron de la compétition d’Aston Martin, ce dernier est responsable des Ford Advanced Vehicles à Slough, l’atelier qui produit les GT40 en Europe. John Hirsch fait alors savoir que les propositions de l’homme d’affaires genevois sont acceptées. «Filipinetti se tourne vers moi et me demande si l’aventure me tente», relate Claude Sage.

Ce dernier s’installe au Petit-Lancy (GE), dans l’une des tours de la Vendée inaugurées quelques mois auparavant. La concession Performance Cars est établie au pied de ces immeubles avant-gardistes, œuvre de l’architecte Jean-Marc Lamunière. Les premières voitures sont importées et présentées par Claude Sage au Salon de Genève de mars 1965.

Un visiteur de marque, le premier champion du monde de Formule 1, Nino Farina, arrive sur le stand, accompagné du fils de Georges Filipinetti, Jean-Pierre. Il souhaite acquérir une Mustang Shelby 350 GT. Un monstre. Les trois hommes partent faire un essai sur la route de Chancy.

«Je confie le volant à Nino Farina et là commence la démonstration, un véritable grand prix; au retour, Jean-Pierre et moi parviendrons cependant à le convaincre de porter son choix sur une Ford Cortina Lotus de 125 chevaux», se souvient l’ancien responsable de Performance Cars.

«Affaire conclue, mais bien triste affaire», ajoute-t-il. Un an plus tard, Nino Farina trouvera la mort au volant de cette voiture près de Chambéry, en se rendant à Reims, au Grand Prix de France. «Jean-Pierre et moi avons quitté Genève en pleine nuit pour aller relever son corps dans le local des pompiers du village voisin», se souvient tristement Claude Sage. Les débuts de la concession sont difficiles. En 1965, les GT40 ne se sont pas encore illustrées. Quant aux Cobra, aujourd’hui objet d’un véritable culte de la part des collectionneurs, elles attirent peu. «Cela restait une AC britannique d’après-guerre munie d’un gros V8. Le châssis tubulaire datait», explique l’ancien associé de Georges Filipinetti.

Sommaires, voire primitives

Concoctées par le sorcier texan Shelby, les versions stéroïdées des Mustang sont de leur côté «considérées comme sommaires, voire primitives», ajoute Claude Sage. Moteur brutal, tenue de route perfectible; ces coupés ne font pas le poids face aux italiennes racées. «Hormis en termes de tarif», sourit Claude Sage. «Seules les Cortina Lotus (une sorte de Focus RS d’avant l’heure, ndlr) se vendaient bien», ajoute ce dernier. La razzia de Ford – et de Shelby – sur les 24 Heures du Mans à partir de 1966 permet de voir les ventes de GT40 augmenter.

Mais «personne ou presque» ne veut des Cobra ou des Mustang Shelby. Ne parvenant pas à vivre de ces modèles exotiques, la société rachète le Garage City sur la rue de la Servette et cherche des marques. Ce sera d’abord l’allemand NSU – rapidement marié à Audi – puis Rover et, par la suite, Volvo. Georges Filipinetti disparaît en 1973. La concession dirigée par Claude Sage change d’échelle et commencera à importer une marque inconnue – Honda.

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