Souvenirs

Le trip qui a changé leur vie

On dit qu’ils forment la jeunesse. Mais les voyages peuvent aussi vous marquer durablement. Paroles de globe-trotteuses

Le Mali au sommet

Par Géraldine Fasnacht, sportive

Mes parents m'ont toujours poussée à voyager. Le voyage, pour moi, ne se résume pas à faire du tourisme dans des villes et à loger dans des hôtels. C'est avant tout une rencontre avec des gens dont le mode de vie est parfois diamétralement opposé au nôtre. Le Mali est, de ce point de vue, l'un des pays qui a laissé une forte empreinte sur moi.

J'y suis allée en 2005 parce qu'il y a, près de la frontière avec le Burkina Faso, au nord, de magnifiques falaises d'où on peut sauter. Le base jump (saut à partir d'un point fixe) et le vol en wingsuit sont deux de mes passions. Dès notre arrivée dans le village de Daari, avec une petite équipe, les habitants nous ont raconté une histoire fabuleuse. Privés d'eau et menacés de mort, ils ont connu le salut grâce à une femme, Fatima,
qui, à mains nues, a escaladé cette énorme falaise de 600 mètres qui surplombe le village pour gagner une source. Et c'est en volant du haut de cette montagne qu'elle a rapporté l'eau! La légende nous a enchantés.

Corvée d'eau

Nos hôtes se sont d'ailleurs beaucoup démenés pour que nous ne manquions pas d'eau. Comme ailleurs en Afrique, cette corvée revient aux femmes. Le trajet aller-retour vers la source la plus proche leur prenait une journée.

Avant de grimper sur «La Main de Fatima», il a fallu obtenir l'autorisation du chef du village. Il m'a dit: «Tu n'es pas bien avec nous? La montagne est belle vue d'ici!» Je lui ai répondu que c'était pour admirer son village de là-haut que je voulais y aller. C'était gagné! On a dormi deux fois au sommet et ce fut comme un rêve éveillé: on pouvait presque toucher du doigt les étoiles. Et quand j'ai atterri après le vol en wingsuit, les enfants ont
accouru pour danser autour de moi. C'était inoubliable.

Une trace dans le désert

En partageant le quotidien de ces gens, je me suis rendue compte à quel point j’avais de la chance de vivre en Suisse. Malgré nos différences, la montagne et les valeurs de la nature nous ont réunis. Chacun de nous a reçu quelque chose de l'autre. En témoignage de notre reconnaissance, le film qu'on a tourné à Daari («La Main de Fatima») a permis d'y installer un puits. Une trace durable, je l'espère, dans ce désert.»

Pour suivre les dernières aventures de Géraldine Fasnacht et voir son dernier film «4634 PERCEPTION»: www.4634bytagheuer.com


Saveurs nippones

Par Caroline Frey, œnologue. Domaines Paul Jaboulet Aîné, Château La Lagune

Mon métier m’a amené à beaucoup voyager pour présenter mes vins aux quatre coins du monde. C’est donc par l’art culinaire que j’ai découvert la plupart des pays que j’ai visités. Riche d’histoire, de patrimoine, de rencontres, de convivialité la gastronomie est un véritable miroir de l’identité culturelle d’une société. Mes souvenirs sont nombreux et l’Asie y trouve une place privilégiée.

C’est sans doute le Japon, mélange de tradition et de modernité, qui m’a le plus marquée. Dès l’arrivée à l’aéroport, au-delà du dépaysement, le pays semble presque impénétrable. La barrière de la langue n’y est pas pour rien, mais on a également le sentiment de ne pouvoir être que le spectateur d’une effervescence calme, organisée et d’une incroyable énergie. L’histoire du pays a laissé une empreinte forte dans la cuisine et les arts de la table. De nombreux rites y sont encore aujourd'hui associés et la transmission des savoirs faire, comme l’art de la coupe, est devoir et une fierté. La précision et le raffinement des chefs apportent par ailleurs un esthétisme remarquable à leurs assiettes.

Grand maître sushi

On perçoit dans la cuisine nippone un grand respect des produits, de la modestie voire même de la tempérance. J’ai rencontré beaucoup de chefs passionnants au cours de mon séjour, je garde cependant un souvenir particulièrement marquant de ma visite au marché aux poissons de Tsukiji et de ma rencontre avec un grand maître sushi. Lorsque l'on sait qu’il faut dix ans d’enseignement pour devenir un expert en la matière, on comprend pourquoi les sushis sont incomparables avec ceux que l’on trouve dans nos régions.

En dehors de mes voyages professionnels je suis plutôt casanière. Passionnée de montagne été comme hiver, je trouve de magnifiques terrains de jeux sans avoir à prendre l’avion. A quelques de heures de voiture, par exemple, le Valais, la Vallée d’Aoste ou les Dolomites. Mais pour retourner au Japon je referais volontiers les 12 heures de vol afin d’aller apprivoiser un peu plus ce fascinant pays. Kyoto, l’île d’Okinawa et pourquoi pas l’Ultra Trail du Mont Fuji!


Deux musées dans la nature

Par Tatyana Franck, directrice du Musée de l’Elysée, à Lausanne

«Le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir», écrivait Gilbert Keith Chesterton. Voilà ce qui fait sans doute qu’un voyage peut contribuer à changer votre vie… La mienne a été marquée par
un voyage au Japon. J’y allais alors pour visiter deux musées qui partagent le point commun d’être en communion avec la nature. Je n’étais pas encore directrice d’une institution, mais le sujet me tenait déjà à cœur.

Près de Kyoto, le Miho Museum est le fruit de l’imagination d’un architecte de génie, Ieoh Ming Pei, auteur de la pyramide du Louvre. Pour lui, le Miho reste son projet le plus exigeant. Niché dans des montagnes boisées avec des pins à perte de vue, le musée abrite une magnifique collection d’antiquités provenant du monde entier. Pei s’est inspiré d’un conte chinois du IVe siècle, Le Printemps de la fleur de pêcher, dans lequel un pêcheur accède à Shangri-La, paradis caché derrière une grotte.

chef-d’œuvre enterré

A Shiga, le visiteur est accueilli par de jeunes hôtesses en gants blancs qui le guident à bord de véhicules électriques à travers un long tunnel creusé au cœur de la montagne. Les objets qui sont exposés là doivent répondre à deux critères: qu’ils soient les représentants des plus hautes expressions de leur culture et qu’ils transmettent un contenu spirituel. Cette particularité fait du Miho un musée exceptionnel.

Autre lieu, autre ambiance. A Naoshima se trouve un centre culturel conçu au cœur de la mer Intérieure du Japon par un autre bâtisseur de talent, Tadao Ando. Ici, sur cette petite île de pêcheurs autrefois abandonnée, on n’expose pas des vestiges antiques mais de l’art contemporain. «Créer un endroit où l’art, l’architecture et l’environnement naturel peuvent dialoguer entre eux, à l’écart de la vie quotidienne», explique l’architecte au sujet de son musée, chef-d’œuvre enterré, où la lumière naturelle qui entre par des fenêtres à tabatière baigne les salles d’une atmosphère hors du temps.»


Le dossier voyage du nouveau magazine du Temps, T

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