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La trottinette, nouvelle petite reine à deux roues

La trottinette, nouveau cancer du monde urbain ou avenir du déplacement en ville? Sport extrême ou joujou insignifiant? Enquête sur un engin dessiné pour durer

Quelques pas sur les trottoirs de Paris, parmi les plus étroits du monde, au milieu des piétons les moins enclins à se montrer courtois. Un tableau déjà bien stressant, aggravé par cette nouvelle tendance: on est dépassé par des trottinettes aussi rapides que silencieuses, ou agressé par des slalomeurs qui arrivent droit devant. On a clairement envie de se faire justice sur-le-champ. Pas tellement qu’on en veuille aux ados déchaînés, on est encore assez jeune pour se rappeler le temps où on faisait n’importe quoi sans en avoir conscience. C’est plutôt les mères de famille et les quadras irresponsables qu’on a envie de punir.

On se dit que la trottinette est un instrument hautement anxiogène, et on essaie de se convaincre que l’humanité finira un jour par se rappeler que la marche reste un mode de déplacement aussi primitif qu’efficace. Mais finalement, une fois le calme revenu entre nos oreilles, cette question qui interpelle: ce truc est-il aussi stupide qu’il en a l’air ou a-t-il quand même des vertus?

Le prix de la sueur

On en parle avec Mathieu Vilminot, 19 ans, freestyler depuis le début de la décennie, cool comme un rider et Suisse, donc très décontracté. Un peu comme les golfeurs se font parfois accuser de pratiquer une activité pour grassouillets vieillissants, il a entendu pas mal de gens remettre en cause le côté sportif de sa discipline: «Les skateurs, déjà, qui nous prenaient de haut avant de changer d’avis quand ils voyaient ce qu’on était capables de faire. Et puis les personnes lambda, oui, c’est encore le cas aujourd’hui. Quand je dis que je pars m’entraîner trois heures au skatepark, certains me disent: «Ouais, c’est ça, tu vas te la couler douce tout l’après-midi!» Alors que tu es en sueur après vingt minutes et lessivé en fin de journée.»

On peut donc faire des figures en trottinette. Et si un sport se mesure parfois en termes de risques de blessure, alors la «trotti» postule au titre davantage que les échecs ou le golf, justement: «Les coudes et les genoux qui se font râper, par exemple. Plus jeune, je me suis même cassé la mâchoire. Tu peux vite prendre cher si tu n’arrives pas à éviter le choc», ajoute Mathieu.

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Enthousiasme électrique

Et dans la vie de tous les jours? Mathieu pratique au quotidien dans ses déplacements, évidemment, et sourit quand on lui raconte nos émois de quinqua effrayé du bitume: «Je garde toujours une marge d’erreur, mais parfois, ça passe juste, c’est vrai. Mais je n’ai jamais percuté quelqu’un. Si je passe un peu trop vite, j’entends un «oh!» de protestation et je fais un geste d’excuse. Parfois, je mets un petit coup de frein un peu bruyant histoire de prévenir. Mais on n’y pense pas toujours, surtout avec le casque sur les oreilles.» Il évoque également les modèles électriques, avec un enthousiasme décuplé. Ceux qui apportent une simple assistance, comme sur les vélos, et ceux avec une gâchette d’accélération «qui donnent l’impression de conduire une moto. Vous devriez appeler Simon Roduit sur le sujet, d’ailleurs.»

Simon, 25 ans, une barbe de Viking proche de la perfection et un verbe aussi aérien que les figures qu’il avait lui aussi l’habitude d’enchaîner il n’y a pas si longtemps. Il a travaillé pour la mythique marque Micro, à la fois leader et novatrice sur le marché mondial, et explique la popularité de l’instrument par son accessibilité. «Il n’y a pas vraiment d’apprentissage nécessaire, tout le monde sait s’en servir naturellement. En revanche, pour le freestyle, c’est l’inverse du skateboard: très facile au début, mais ensuite plus compliqué pour aller chercher les figures qui amènent au très haut niveau.» Il n’a pas oublié ses débuts comme vendeur, quand on se moquait gentiment de lui lorsqu’il disait faire dans la trottinette; ni les bouches qui, ensuite, se fermaient quand il montrait les vidéos de ses exploits. Il a depuis arrêté les contests mais n’a pas renoncé à son premier amour.

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Education nécessaire

Avec Mathieu Vilminot, ils ont monté l’association Sion Ride. Leurs objectifs sont multiples: changer l’image de la trottinette («ce n’est pas juste pour les gamins qui veulent s’amuser ou les hommes d’affaires pressés»), faire le lien entre les collectivités et les pratiquants pour s’assurer que les skateparks ne sont pas conçus en dépit du bon sens, gérer l’entretien, donner des cours avec les écoles primaires… Un volet pédagogique essentiel, parce que le monde est en train de changer: «Au début des années 2000, on ne savait pas où classer les trottinettes, parce qu’elles n’étaient pas adaptées aux routes ni aux trottoirs. Et là, ça recommence avec le boom des modèles électriques. On a un peu le cul entre deux chaises, on ne sait pas où les faire circuler», selon Simon.

Un vide juridique logique, quelque part, puisque l’innovation précède toujours la législation. Lui aussi reconnaît dans un grand sourire qu’il y a quelque chose de grisant dans la trottinette électrique. «On est tous restés de grands enfants, hein, la première fois qu’on en a une entre les mains, on a envie de faire le con avec: des dérapages, des freinages tardifs… Il y a une phase d’éducation nécessaire, c’est inévitable.»

Les piétons français, toujours prompts à se plaindre plus vite que tout le monde, mettront peut-être un peu de temps avant de s’y faire. «Maintenant, c’est à nous de porter un casque avec tous ces vélos et ces trottinettes sur les trottoirs», se plaignait l’un d’eux récemment. C’est trop tard, de toute façon: on imagine davantage un hyper-développement qu’un tassement du business. Et puis les centres-villes du futur devraient tous se décliner sans voiture, avec leurs zones à 30 km/h. Il y aura de la place pour les vélos, les piétons et les trottinettes électriques, bien sûr. La cohabitation sera indispensable.


Trois modèles à l'essai

E-Twow S2 Booster Plus V Swiss Edition

Vitesse: 20 km/h. Autonomie: 35 km. Prix indicatif: 1349 francs

Son poids de 10,9 kilos et son moteur de 500 W en font la trottinette électrique la plus légère et la plus puissante du marché. Elle est équipée de pneus durs et d’amortisseurs avant et arrière.

Inokim Light 2 Super

Vitesse: 20 km/h. Autonomie: 30 km. Prix indicatif: 1179 francs

Trottinette électrique avec pneus gonflables antidérapants et anti-crevaison. Poussée par un moteur de 350 W, l’Inokim Light 2 est également équipée d’un double système de freinage à tambour, arrière et avant, pour davantage de sécurité.

 

Micro-MX Crossneck 2.0 Gold

Prix indicatif: 219 francs

Une trottinette de compétition toute légère avec ses petites roues. Idéale pour ceux qui rêvent de briller en freestyle dans les skateparks.

 

Micro Kickboard Monster

Prix indicatif: 279 francs

Le modèle à trois roues n’est pas exclusivement réservé aux enfants. Son hyper-stabilité convient aussi aux adultes qui retrouvent aussi avec ce type de modèle des sensations proches du skateboard.

 

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