Auto

Un amour de décapotable

La nouvelle petite Mazda MX-5 RF est la voiture parfaite pour partir en duo à l’aventure, y compris dans celle du mariage. A preuve les souvenirs que son essai ravive chez un journaliste, soudain tout émotif

Voilà, c’est reparti. Comme en 2016, la petite Mazda MX-5 a été élue «voiture gay» de l’année par l’association militante européenne Ledorga. Plus exactement, le titre 2017 revient à la Fiat 124 Spider. Mais celle-ci n’est qu’une MX-5 rhabillée par le constructeur italien.

J’ai toujours été froissé, moi hétéro rectiligne, jamais tenté de franchir la ligne continue au milieu de la route, par l’image gay du roadster japonais. Certes, son succès a bien été alimenté par la communauté arc-en-ciel de Californie, qui a adopté la biplace sportive dès son apparition en 1989.

Car enfin. J’avais une MX-5 lorsque j’ai rencontré ma future épouse, je l’avais toujours lorsque nous nous sommes mariés, n’abandonnant ma microvoiture qu’à la naissance de notre premier enfant.

Rustines symboliques


C’était il y a longtemps, dans une galaxie affective et professionnelle très très lointaine. A l’époque, je travaillais au Nouveau Quotidien. A un moment donné, une amante m’a laissé tomber comme un pneu usagé dans une décharge. Dans ces situations-là, je suis comme tout le monde. Je cherche des bletzs symboliques qui permettent de regonfler ma chambre à air crevée.

J’ai donc largué ma Clio verdâtre pour une MX-5 d’un vert autrement plus tonique. C’était en 1993. Ou 1994, j’ai la mémoire qui flanche en raison des kilomètres parcourus depuis. Je m’étais rendu chez Mazda Suisse, à Satigny, pour choisir un exemplaire unique en Suisse, peinture british racing green, intérieur noir. C’était encore la première génération de la MX-5, avec ses phares avant escamotables, dont le mécanisme est tombé plus d’une fois en panne. Comme d’ailleurs la fermeture à glissière de la capote, mais passons les considérations trop freudiennes.

J’ai vite remplacé le volant noir par un équivalent en bois, plus en phase avec l’esprit de la voiture. La Mazda MX-5 s’inspire des roadsters sportifs britanniques des années 1960, à commencer par la Lotus Elan dont elle évoque la silhouette et le principe de base établi par Colin Chapman, le fondateur de la marque: «Light is right» (Ce qui est léger est bien).

Love machine

Puis je suis parti à l’aventure. Autant le dire tout de suite: ma petite voiture de sport n’a joué aucun rôle dans la séduction de ma future épouse. Celle-ci se fichait et se fiche encore des automobiles sportives, goûtant peu ce qui va vite, vrombit ou part en dérapage plus ou moins bien contrôlé.

Reste que nous sommes les deux partis en balade, en voyage au bord de la Méditerranée, en Italie, ailleurs. Jamais très loin, ni très longtemps, le coffre arrière exigu limitant les possibilités d’un périple au long cours. Nous nous sommes aimés dans l’habitacle exigu, buée sur les vitres, frein à main désengagé pour éviter de se le prendre dans les côtes. Nous avons respiré, toit souple replié, les odeurs du printemps dans le Jura, de l’été dans les forêts du Jorat, de l’automne dans les vignes de Lavaux, mais pas de l’hiver: le romantisme s’accommode mal des courants d’air glaciaux.

Nous nous sommes mariés. Très loin de la Suisse, évitant ainsi la tradition des casseroles attachées au pare-chocs arrière et le voyage de noce tagué «Just married». Mais pour la Mazda, cela commençait à sentir le roussi. Notre fille est née. Après le séjour à la maternité, nous l’avons ramenée à la maison dans un Maxi-Cosi coincé sur les genoux de mon épouse. Un seul court voyage à trois, le premier et le dernier, au mépris de la législation. La MX-5 n’était plus raisonnable, ni responsable, ni pratique, impossible à concilier avec une vie de famille. Je l’ai vendue et acquis un break Peugeot 307 autrement plus spacieux. Et sérieux. Adieu les virées à deux.

La Mazda lilliputienne, gay ou pas, hétéro ou non, s’est depuis 1989 vendue à plus d’un million d’exemplaires. Un record pour un roadster biplace. Cinq générations plus tard, après s’être allongée et alourdie, la MX-5 a retrouvé ses dimensions d’origine. Son style est désormais plus sculpté qu’à son origine galbée.

Mais elle garde ses qualités: cette impression de faire corps avec la machine, d’avoir un contact direct avec la route, la précision de la direction, le changement de vitesse rapide et précis, la sensation de vitesse. Dans son storytelling-marketing en VO, Mazda appelle cela le «Jimba Ittai»: une expression japonaise qui renvoie au temps des cavaliers dans l’Archipel, lorsqu’un chasseur pouvait décocher une flèche en guidant sa monture avec les genoux. Je suis loin de pouvoir réaliser un tel exploit, d’autant plus que je n’aime que les chevaux-vapeur. Même si la pertinence de l’expression se mesure au volant d’une MX-5 de 2017. Jimba Ittai, banzaï! Ou plutôt bonsaï, vu la taille de la voiture.

Toit origami

J’ai récemment pris le volant du modèle RF, au toit rigide rétractable. Le mécanisme facilite la vie aux paresseux, aux personnes âgées, aux esthètes aussi, tant la silhouette du roadster gagne en dynamisme curviligne. La MX-5 RF peut être pourvue d’une boîte automatique, ce qui sonnera comme une hérésie auprès des passionnés du roadster. La transmission accomplit toutefois sa tâche en souplesse, surtout lorsqu’on enclenche le mode «sport» et joue des palettes au volant.

Malgré un surpoids de 40 kg, dû au toit escamotable, la MX-5 RF ne perd pas en agilité. Le lest rend même les suspensions plus souples, atténuant le caractère un brin tape-cul de l’engin. Inspiré de celui de la Porsche 911 Targa, le mécanisme-origami se loge en 13 secondes derrière les deux sièges, empiétant peu sur la capacité du coffre, de toute manière réduit à la simple expression de sa contenance de 127 litres.

Ce que l’on gagne en simplicité d’usage, on le perd en ciel au-dessus de la tête. Découverte, la RF n’offre qu’une ouverture limitée, à la manière Targa, les montants arrière et l’arceau restant en place.

Mais la découpe est suffisante pour que l’air autant que le souvenir, aussi intangible l’un que l’autre, s’engouffrent à ravir dans l’habitacle.

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