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Une place en first équivaut à quatre en économie.
© Swiss

Luxe

«Un jour, je voyagerai en First...»: nous avons testé l’avion dans les (5) étoiles

Un îlot pour quelques passagers privilégiés, loin des vicissitudes du surbooking et des jambes comprimées. Notre dévouée journaliste a accepté de passer derrière le rideau de la première classe, «made in Swiss»

L’un de mes passe-temps favoris, durant un trajet appelé à durer, est de broder la vie des passagers qui m’entourent. Un livre, la manière de nouer un foulard, une conversation téléphonique sont autant d’indices pour mettre sur la piste d’une bribe de biographie. Fin septembre, je me suis énormément réjouie à l’idée de passer une dizaine d’heures dans la première classe d’un Zurich-Bangkok, invitée par Swiss. Allais-je côtoyer une star aux lunettes fumées, un riche héritier, un businessman jetlagué?

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Déception; isolés dans leur cocon-cabine, les voyageurs se laissent à peine entrevoir. Tout juste puis-je deviner s’ils sont hommes ou femmes, jeunes ou vieux à la masse (ou non) de cheveux émergeant au-dessus des parois boisées. «Autrefois, les gens aimaient boire un verre, fumer et discuter durant les vols. Désormais, alors que la vie est devenue plus stressante à l’extérieur, ils aspirent surtout à se reposer ou dormir, y compris lors des trajets de jour», relève Mireille Aerne-Haag, hôtesse de l’air de longue date chez Swiss. De fait, mon voisin revient s’asseoir, en chaussons et pyjama Zimmerli, alors que le Boeing n’a pas encore rallié la piste de décollage. Bienvenue dans le monde de la first class, l’avion version couture.

Le décor d’abord. Tout en sobriété, mariant le blanc de l’habitacle avec un bois clair et des sièges de tissu gris foncé, il offre à chaque passager un large fauteuil doublé d’un ottoman suffisamment confortable pour accueillir un invité. L’espace, déjà intime, peut se fermer complètement grâce à une cloison servant aussi de penderie. «C’est la principale innovation dans les Boeing 777. J’y ai songé en observant l’armoire coulissante de ma cuisine!» note Paul Estoppey, responsable de l’aménagement des cabines chez Swiss.

L'amour du design... et des défis

Chaque avion est l’occasion de nouveaux aménagements. Principal défi pour les designers aéronautiques, les matériaux doivent résister aux changements de pression et aux crash-tests. L’utilisation de bois, par exemple, est extrêmement limitée. Mais le luxe réside avant tout dans l’espace: une place en first équivaut à quatre en économie et les huit passagers se partagent deux grands cabinets de toilette. Et dans les détails, comme ce matelas et ce duvet de plumes apportés par l’hôtesse au moment du coucher.

 

Autre composante essentielle à mon bonheur, la qualité du service. Deux membres de l’équipage veillent sur le bien-être de quatre passagers chacun. «Je les traite comme des invités qui se trouveraient dans mon salon, je fais le maximum pour qu’ils se sentent bien», note «mon» hôtesse, boîte de pralinés à la main et rouge aux lèvres. Servir en première représente souvent le couronnement d’une carrière pour ce personnel spécialement formé au service et à la gastronomie, la seconde possibilité étant de devenir chef(fe) de cabine.

Ceviche de crevettes et médaillon de chevreuil

Au menu ce soir, après quelques mises en bouche, un chariot d’entrées composé d’un ceviche de crevettes, d’une purée d’artichaut ou du traditionnel saumon Balik. Puis un médaillon de chevreuil spätzli revisité par le chef Christian Kuchler, 18 au Gault-Millau, une étoile Michelin. Chaque trimestre, un chef étoilé ou doté d’un 15 minimum dans le guide susmentionné crée des plats pour Swiss. Deux excellents vins thurgoviens accompagnent le menu, outre les incontournables français et italiens.

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Benedict Fanconi, membre de l’équipe chargée du développement de la restauration à bord, revendique l’excellence d’un restaurant gastronomique, avec des contraintes spécifiques: «Les plats doivent être spécialement épicés, car le manque d’oxygène rend les aliments plus fades. Pourquoi croyez-vous que tout le monde choisit le jus de tomates en avion, outre un effet d’imitation? Il nous faut aussi éviter les aliments panés, car l’effet croustillant ne tient pas. Et puis limiter les petites herbes et décorations très fines pour l’équipage qui dresse les assiettes.» Fromages thurgoviens. Bircher muesli sauce contemporaine pour le dessert. «Il faut absolument goûter ce Sauterne, il est divin», propose l’hôtesse. Impression étrange de dîner dans un palace pantoufles aux pieds.

Le même niveau de service et de gastronomie se retrouve dans les lounges aménagés pour les clients dans les aéroports. Celle du terminal E à Zurich abrite notamment un bar à 200 whiskys, 2000 prises électriques, des chambres privatives, des jumelles sur la terrasse – régulièrement subtilisées – pour mieux admirer les Alpes, etc.

«Retrouver la même atmosphère qu’à la maison»

Mais les équipages le jurent, ces passagers privilégiés n’ont pas de demandes déraisonnables. «Lorsque j’ai démarré il y a 35 ans chez Swissair, on distribuait des cigares, des Playboy et du caviar à la louche. Aujourd’hui, c’est beaucoup moins ostentatoire», remarque un ancien pilote.

«La plupart des passagers sont des hommes d’affaires, qui souhaitent retrouver la même atmosphère à bord qu’à la maison; ils ont leurs repères et leurs habitudes. Cela passe par un service irréprochable et personnalisé, mais l’on est dans l’intime plus que l’extravagant», confirme Mireille Aerne-Haag. Mes voisins dorment ou regardent un film, personne ne semble avoir abusé du champagne servi à bord. Lorsque je pars me promener dans l’habitacle, la classe business me frappe par l’alignement de ses nombreux passagers (une soixantaine) tandis que l’économique fait presque l’effet d’une bétaillère.

Ce côté paquebot discriminant n’a pas toujours existé. «De fait, les premiers avions commerciaux étaient mono-classes. C’est lorsque les progrès techniques ont permis d’en construire de beaucoup plus grands que les classes intermédiaires ont fait leur apparition», rappelle Simon-Pierre Souillot, historien chez Air France. Dans les années 1950, les avions sont inconfortables au possible, mais la porcelaine est de mise et durant les escales, quelques privilégiés dînent à la table du commandant de bord.

Chez Swissair, ce dernier écrit à la main un message de bienvenue à chacun des passagers de première. «En 1954, le Parisien spécial qui relie Paris à New York offre tant d’espace aux voyageurs qu’un deuxième Constellation doit suivre avec les bagages», poursuit l’archiviste. La décennie suivante mise sur la rapidité davantage que sur le confort; il s’agit de faire la nique aux paquebots. L’arrivée du 747, à la fin des années 1980, assied la démocratisation du transport aérien. L’accent est désormais porté sur les loisirs, avec l’apparition du cinéma à bord. Must: mon écran fait 32 pouces.

Au delà de la First, la «Residence»

Aujourd’hui? Si les compagnies occidentales tablent sur le service et les partenariats avec des grands noms de la mode, de la gastronomie ou du design, un art de vivre glorifiant les valeurs nationales, leurs rivales asiatiques ou arabes jouent la surenchère en termes d’équipements. Certaines ont réintroduit le bar-salon vaincu par la crise pétrolière des années 1970. Avec l’A380, Singapore Airlines offre des «suites» à portes coulissantes et lits doubles, tandis qu’Emirates propose une douche. Ethiad, elle, a lancé une classe au-delà de la première: la «Residence», un trois-pièces sans cuisine mais avec majordome.

«La question se pose de savoir si du point de vue économique et écologique certaines nouveautés sont raisonnables. Nous ne suivons pas les yeux baissés et préférons miser sur un service de très haute qualité. L’hospitalité est dans notre ADN. C’est plus important pour nos clients qu’une douche ou une bouteille de vin toujours plus chère», argue Markus Binkert, directeur commercial de Swiss.

«L’économique d’aujourd’hui est la business d’il y a quinze ans»

Mais tandis que certains investissent dans la first, d’autres songent à la supprimer ou à réduire le nombre de sièges. «Dans l’histoire de l’aviation, le confort des différentes classes s’est sans cesse amélioré. La business actuelle est la first d’il y a quinze ans et l’économique d’aujourd’hui correspond à la business d’alors. Il sera difficile d’aller toujours plus haut. Néanmoins nous voyons que la demande pour une première classe est toujours là», défend Markus Binkert.

Pour le dirigeant, l’existence de la first tient à une question d’image davantage qu’à des revenus – mon Zurich-Bankgok est vendu 7000 francs environ. Swiss, la seule à proposer la first sur tous ses long-courriers, n’envisage aucunement d’y renoncer. Je reprendrais bien un verre de Sauterne.

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