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milan-Paris

Comme un parfum de Seventies

Que reste-t-il des années 70? Beaucoup de choses, si l’on en croit les collections du printemps-été

Il émane des collections du printemps-été cette nostalgie qui nous prend lorsque l’on feuillette un album de photos. Souvenirs heureux d’une période de tous les possibles, qui demeure comme le symbole d’une libération – celle des mœurs comme celle des codes sociaux –, qui fit évoluer les critères encore frileux d’un après-guerre sur lesquels seuls quelques grands couturiers avaient droit de régner.

C’est ce style composite, utilisé comme socle de déclinaisons libres, qui a inspiré les créateurs cette année, ceux qui l’ont connue et tous les autres.

En rupture avec les années qui l’ont précédé, le look seventies n’a pas commencé le 1er janvier 1970, il s’est caractérisé par une profusion d’idées, une superposition de styles qui se sont bousculés à la fin des années 60, porteuses en elles-mêmes de grands bouleversements.

Une tendance joyeuse et permissive à l’expression unisexe, des motifs façon décoration d’intérieur, mélanges de fleurs, de carrés, de trapèzes ou de losanges. Le court, le long, robe ou pantalon, rien n’exclut rien.

Si les hommes ne portaient pas encore la jupe, ils ne dédaignaient pas les cheveux longs, les chemises larges à fleurs et les smokings brillants. Excès, sans doute. Expériences ou plutôt expérimentations. L’atmosphère se veut permissive autorisant l’utilisation de nouveaux matériaux «cheap»: le vinyle et la paillette acquièrent droit de cité avec une désinvolture sans équivoque. Ce sont des années encore plus folles que celles chantées par Serge Gainsbourg.

Jacqueline Kennedy, devenue Jackie O durant les années 70, et Talitha Getty n’ont en commun que la forme trapèze de leur robe de mariée (du second mariage pour celle qui fut Première Dame des Etats-Unis dix ans plus tôt). Elle est en dentelles et georgette pour la première, bordée de vison blanc pour la seconde, mais mini pour toutes les deux, et se portent avec d’énormes lunettes. Jackie O avec son style trench, pantalon fluide et évasé, pull moulant, foulard à peine noué sur le menton est la version élégante et sobre de ce look qui se veut allègrement déconcertant. Talitha Getty, Marianne Faithfull, Jane Birkin en sont une autre version, plus militante: liberté, beauté, extravagance, de vraies «bad girls» en mini à fleurs, de préférence voyantes; en saris aux couleurs vives, portés de manière vaporeuse; en robes géométriques aux motifs eux-mêmes géométriques.

Cette diversité d’expression est la volonté, implicite ou non, d’assumer une allure non corsetée dans un monde moralement changeant, mais réel, dont l’apparence n’est plus le fruit du seul diktat d’un grand créateur. Est-ce dérangeant? Non, car les extrêmes s’attirent. La féminité troublante d’un smoking porté à même la peau, la froideur tranchante d’une coupe géométrique dans un plastique vernis, le vaporeux intemporel d’une robe longue aux lignes qui ne suivent pas le corps de la femme se lisent sur la page d’un même album, suggèrent la même atmosphère: séduction je suis, séduction je demeure, mais à ma manière.

Ce refrain est enivrant. Surtout quand il est partagé dans un hédonisme unisexe d’enfants gâtés trop pressés de faire la fête jusqu’à, pour certains, s’en brûler les ailes comme des phalènes s’approchant trop de la lumière.

Dans ces bacchanales réinventées, un couturier, Yves Saint Laurent, donnait le ton en posant nu pour le photographe Jeanloup Sieff, jeune éphèbe aux cheveux mi-longs, tandis que Loulou de la Falaise, muse parmi ses muses, son mari Thadée Klossowski et son frère Stanislas promenaient nonchalamment ses créations au Sept, chez Castel ou au Palace. Cette période, de vestes cintrées aux revers larges, de sahariennes portées comme minirobes, ou en veste pour les hommes, de costumes sombres à larges rayures, plus proches d’Al Capone que d’un haut fonctionnaire international, continue d’inspirer nombre de créateurs.

Bien qu’il ne fût pas le premier à faire entrer le jean comme tissu à part entière dans ses collections, à son grand regret, Yves Saint Laurent en fut un fervent défenseur en lui donnant ses lettres de noblesse pour des costumes masculins très décalés, avec ce qui a été le point d’orgue des seventies: les pattes d’éléphant.

Cette association de mots «patte d’eph» si peu élégante dans la nature a donné naissance à des pantalons de soie ou autres matières vaporeuses merveilleuses pour les femmes. La silhouette masculine, en revanche, n’y a pas gagné grand-chose, ne pouvant compter sur les talons hauts pour en alléger la ligne. Certains ont su pourtant leur conférer une parcelle de gloire comme Mick Jagger, dans son style indescriptible d’homme ténébreux illuminé, qui, selon des critères hors de tous canons esthétiques, pouvait le porter avec un revers et dans des matières et des couleurs toutes aussi insolites qu’aléatoires. Et pour un soir de gala, il pouvait l’accompagner de chaussures de tennis au destin sportif improbable.

Pendant les années 70, la sobriété n’est pas de mise. Des femmes aux cheveux de sylphide, étalés sur de frêles épaules, des hommes aux cheveux plus longs que le sage carré d’une écolière osent la juxtaposition de mélanges ethniques parfois proches de l’état minéral, ou à l’inverse aux couleurs souvent antagonistes, d’inspiration indienne. Il y avait quelque chose d’invraisemblable dans cette époque de grand chambardement qui vit émerger la mode rétro-futuriste de Courrèges, chantre de la minijupe et des bottes en PVC.

Il ressort des collections printemps-été 2015 comme une impression de déjà-vu non pas dans son ensemble, mais image par image, une atmosphère qui se respire, une sorte de nulle part qui nous appartient. On repense à tout cela en regardant passer sur les podiums telle veste de smoking bleu moiré col châle noir près du corps, un jean slim, des boots vernis, une robe trapèze en vinyle, une saharienne de daim, ou une robe de mousseline fleurie. Et cette sensation n’épargne personne: ni ceux qui se souviennent de ces années 70 là, ni les autres, qui regrettent de ne pas les avoir vécues.

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