J’ai longtemps pensé que boire un verre de vin en écoutant de la musique était un plaisir simple, digne d’une nouvelle de Philippe Delerm. Lourde erreur: c’est une activité à risque, avec une probabilité non négligeable de se faire manipuler. Selon une étude très sérieuse du professeur Adrian North publiée il y a deux ans dans le British Journal of Psychology, le rythme et la mélodie influencent directement notre perception du vin. Au point d’inciter le buveur innocent à le créditer de défauts ou qualités qu’il ne possède pas.

Les cobayes qui ont écouté Carmina Burana de Carl Orff, morceau défini comme «lourd et puissant», ont été nombreux à utiliser ces qualificatifs pour décrire des vins différents. Constat similaire avec les crus testés sur La Valse des fleurs de Tchaïkovski, perçus comme «subtils et raffinés». Le groupe test qui a dégusté dans le silence est arrivé à des résultats beaucoup plus contrastés.

A la lecture de cette étude, on peut s’interroger: un vin manquant de vivacité peut-il être sauvé par le rythmé rafraîchissant d’un morceau électro? Ou à l’inverse, un divin nectar peut-il se transformer en piquette à l’écoute du dernier album de Céline Dion – un exemple pris au hasard?

Bien sûr, les choses ne sont pas si simples. Comme le reconnaît Adrian North, la perception du goût est influencée par de multiples autres facteurs, comme la température, l’éclairage ambiant ou la grimace du dégustateur installé en face de vous.

Au-delà du goût du vin, l’expérience du professeur North pose une question intéressante: existe-t-il des accords vin et musique particulièrement réussis, susceptibles de susciter une large adhésion? Ylan Schwartz, auteur de l’ouvrage Le Vin et sa musique, en est persuadé. Il propose quelques «classiques»: le cabernet sauvignon et le violon, le merlot et le violoncelle, le sauvignon blanc et la flûte.

De mon point de vue, il s’agit d’une construction purement émotionnelle, donc très personnel. J’ai fait l’expérience en écoutant «Stairway to Heaven», de Led Zeppelin, en dégustant un plant robert vaudois. Le cépage, proche cousin du gamay, et le chanteur du mythique groupe britannique, Robert Plant, portent le même nom. Pour un fan comme moi, impossible de résister: le vin et le morceau sont forcément en phase, à la fois sensuels et harmonieux, sauvages et épicés. Bref, le mariage idéal. Même si ce n’est pas forcément le vôtre.