Bien-être

Un vrai coup de jeûne dans le Vercors

Rajeunir et redynamiser son corps et son esprit en arrêtant de s’alimenter pendant une semaine, c’est vraiment possible? On a essayé, et oui, c’est une expérience hors du commun

Comment l’humanité a-t-elle pu en arriver là? Elle a passé des milliers d’années à se battre pour ne pas crever de faim, et on ne trouve rien de plus tendance en ce début de millénaire que les cures de jeûne pour se refaire une santé. Payer pour ne plus manger, ça peut paraître totalement absurde au premier abord, même si c’est bien évidemment tout sauf un hasard dans un monde d’excès. Reste qu’au-delà du phénomène marketing, on craignait le pire avant de s’y coller: la fatigue, la sensation de faim, les carences et une efficacité douteuse. On s’est lancé, et on n’a pas regretté.

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Hormones euphorisantes

Le tableau manque a priori un peu de couleur. Six jours de privations avec des menus spartiates: des jus de fruits dilués le matin (un cinquième de jus, quatre cinquièmes d'eau), des tisanes au cours de la journée, et un bol de bouillon de légumes le soir. Répondons tout de suite à la question que les non-initiés peuvent se poser: non, on n’a pas eu faim une seule seconde. Pourquoi un tel miracle? D’une certaine façon, le jeûne commence plusieurs semaines plus tôt. On y pense sans arrêt, parce qu’on le redoute, et le cerveau est donc prêt à encaisser.

Et la descente alimentaire lancée quelques jours auparavant aide beaucoup: on supprime progressivement café, alcool, féculents, on se contente de fruits et légumes pour prévenir les crises curatives et les maux de tête. Et puis il se passe des choses dans le ventre. «C’est le processus du jeûne: le corps produit des hormones euphorisantes, et la dégradation des graisses en sucres génère des corps cétoniques, des vraies friandises pour le cerveau. C’est pour ça qu’un jeûne bien vécu se vit sans frustration.» Ce n’est pas nous qui décidons de ne plus avoir faim, mais le corps qui s’adapte. C’est l’intelligence du vivant qui est à l’œuvre.

Limiter les incitations

C’est Thomas Uhl qui nous explique tout ça, la quarantaine en approche, une beauté solaire et la bienveillance à fleur de peau. C’est la naturopathie qui a su le guérir de ses infections pulmonaires chroniques à la post-adolescence, alors que la médecine classique se prenait régulièrement des murs sur son cas. Il a décidé de suivre cette voie à son tour, d’expérimenter le jeûne pour voir, et en a vite évalué les bienfaits. Il a, depuis, fondé le centre de La Pensée Sauvage à Plan-de-Baix, dans la Drôme, au pied du Vercors. C’est là-bas qu’on avait décidé de se tester, pour mettre toutes les chances de son côté. On a bien fait: c’est un havre de paix dans un village loin de tout, avec vue panoramique sur la vallée. On a ainsi évité le plus grand des dangers: «l’environnement incitatif», à savoir le frigo plein de la cuisine, ou les bars et restaurants près de chez soi.

Esprit de groupe

On n’était pas seul, mais accompagné d’une petite vingtaine de curistes: des récidivistes très sereins, des curieux, des angoissés de la première fois. Et le nombre, c’est la clé de la réussite. La dynamique de groupe est réelle, grâce aux nombreuses activités en commun: le réveil musculaire, les randonnées de dix à quinze kilomètres dans des décors sublimes, le bouillon du soir. Une routine indispensable: «Il ne faut pas vivre dans l’isolement mais partager le passage, ça le rend plus facile à vivre. Il y a de l’entraide, de la solidarité. Parce que si le groupe n’était pas là, est-ce qu’on sortirait de son lit pour le réveil musculaire et la rando? Pas sûr. Ce rituel nous amène à nous surpasser. Le groupe nous attend, donc on le fait», ajoute Thomas Uhl.

On n’a pas faim, vraiment, même si l’attente est démesurée autour du bouillon du soir, un simple bol de jus de légumes!

On insiste pour les réfractaires à la vie en communauté: les autres sont d’une aide précieuse, ne serait-ce que par leur simple présence. L’ambiance est légère, tels des galériens de la faim contents de l’être et qui font semblant de se plaindre, tout sourire. Même si la seule évocation de pizzas ou de la notion de casse-croûte nous plonge dans un tourbillon émotionnel. Mais rien de bien sérieux, ça relève plus du fantasme alimentaire que de la réalité. Parce qu’on n’a pas faim, vraiment, même si l’attente est démesurée autour du bouillon du soir, un simple bol de jus de légumes. On ne voit pas le temps passer, on n’a pas besoin de livres ou de DVD, en tout cas très peu. Personne n’a flanché cette semaine-là, en zappant les randos ou en demandant à passer en «simple» détox avec trois petits repas quotidiens. Quelques vertiges ou sensations désagréables pour certains le deuxième ou le troisième jour, oui, ou le ventre qui appelle doucement en milieu de séjour, mais rien d’insurmontable.

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Un corps réinitialisé

Les résultats sont forcément spectaculaires. Une vraie perte de poids, comme une évidence, et des courbes disparues depuis trop longtemps qu’on redécouvre un peu partout. Le visage transfiguré, aussi, et une peau à la douceur inédite. Mais l’essentiel est ailleurs. Les intestins ont été mis au repos, l’organisme est réinitialisé et promet six mois de bien-être, minimum. Sans surprise: «On souffre de trop-plein, que ce soit en stress, en nourriture ou en sédentarité. Si on avait tous une alimentation saine, le jeûne ne serait pas nécessaire. Mais ce n’est le cas pour presque personne: on mange trop, trop vite et dans l’émotionnel. L’organisme est surexploité et sursollicité. Il faut lui donner des vacances. Le regain d’énergie est ensuite obligatoire, car le corps se régénère», assure Thomas Uhl.

Certains, cette semaine-là, ont juré de la disparition quasi immédiate de douleurs chroniques qui les empoisonnaient depuis une éternité. Ils ont donc décidé de poursuivre le jeûne une semaine supplémentaire en rentrant chez eux. Et aussi dingue que cela puisse paraître, on n’a pas eu envie de se jeter sur la nourriture solide une fois à la maison, mais plutôt de garder le rythme. Une vertu nécessaire, puisque la reprise alimentaire doit se faire sur le même principe que la descente, avec réintroduction progressive des aliments. Mais c’est tellement facile, après avoir passé une semaine à mâcher du vide.

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Plus sage

C’est tout? Non, il existe un autre essentiel, ailleurs lui aussi, sans doute plus important encore: le reste de notre vie. On connaît depuis longtemps ce qu’il faut manger ou pas, les quantités, les pièges à éviter. Mais là, on a très envie d’arrêter de faire n’importe quoi. Après une telle semaine, on se sent de toute façon armé pour affronter n’importe quelle contrainte. Notamment toutes les petites privations futures qui vont permettre d’entretenir la machine: les monodiètes, les détox à domicile ou le jeûne nocturne avec seize heures entre le dernier repas du jour et le premier du matin suivant. Tout en gardant en réserve des plages récréatives de plaisirs et d’excès, pour détendre l’esprit comme l’organisme. Ce qui semblait impossible ou compliqué devient du coup enfantin. Thomas Uhl, lui, l’a compris voilà plus de vingt ans. «On dépasse nos croyances limitatives, on sait qu’on peut le faire et on a confiance dans les capacités de notre corps pour y arriver. On transforme le «il faut» en «j’ai envie».


Pratique

Le centre: La Pensée Sauvage, au Dmaine de la Pierre Blanche, à Plan-de-Baix (26400), à 40 kilomètres au sud-est de Valence, lapenseesauvage.com

Tarifs: de  1400 à 1600 € la semaine, du samedi 14h au vendredi 14h.

Le livre: Thomas Uhl, «Et si je mettais mes intestins au repos?», 2016, Ed. Pocket, 224 p.

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