Architecture classique ou espace contemporain, intérieur feutré ou déco exubérante, à chacun son nid, à chacun son style… et les objets qui vont avec. S’ils s’appliquent essentiellement à habiller le poignet, quelques horlogers s’extraient ponctuellement de leur domaine de prédilection en déclinant le temps différemment, en plus grand et sous des formes inattendues. Les pendules et pendulettes d’aujourd’hui n’ont pas grand-chose à voir avec les colossales comtoises en bois de nos grands-mères ou les petites horloges dorées qui sommeillent dans les boutiques d’antiquités. Les horlogers dépoussièrent le genre avec des sculptures cinétiques qui captent l’air du temps. En ligne de mire, les esthètes, les collectionneurs et les amateurs d’art mécanique.

Style et savoir-faire

Parmi les classiques du genre, la pendule Atmos de Jaeger-LeCoultre se réinvente avec sobriété et modernité depuis bientôt un siècle. Commercialisée par Jaeger-LeCoultre dès les années 1930, cette pendule aussi connue que la montre Reverso se distingue autant par son design épuré que par son mécanisme révolutionnaire inventé par Jean-Léon Reutter en 1928. Ce mouvement quasi perpétuel ne nécessite aucun remontage pour fonctionner. Dans des températures comprises entre 15 et 30 degrés Celsius, il suffit d’une fluctuation d’un seul degré pour assurer à la pendule une autonomie de marche de deux jours. Une invention habile réinterprétée ensuite en style Art déco ou ultramoderne. Tout en courbes et en lumière, l’édition spéciale Atmos 568 imaginée par le designer australien Marc Newson l’érige en objet de design contemporain, la fonctionnalité en prime.

Sous leurs dehors minimalistes, contemporains ou intemporels, les horloges offrent aux marques un territoire d’expression qui s’affranchit des règles imposées par la montre classique. Même en temps de crise, la maison Patek Philippe s’est toujours appliquée à cultiver les savoir-faire propres à l’horlogerie à travers des pendules de table faisant appel à divers artisanats d’art. Par leurs dimensions généreuses, les pendulettes Dôme se prêtent idéalement à la conception de décors naturalistes réalisés en émail. Motifs exotiques, fantaisies florales, oiseaux enchanteurs, ornements asiatiques ou arabesques colorées, leur esthétique souvent inspirée par les collections du Patek Philippe Museum met en valeur un éventail de créations en pièces uniques ou en séries très limitées.

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T-Rex et méduses

A l’opposé, quelques indépendants s’offrent un malin plaisir à sculpter le temps selon des formes futuristes, incongrues, exubérantes, voire un brin régressives. MB&F présente régulièrement des pendules de table en éditions limitées dont le look de joujou sophistiqué fait de l’œil aux collectionneurs qui auraient grandi trop vite. Une horloge T-Rex juchée sur des pattes modélisées à partir d’os véritables d’un Tyrannosaurus rex, une horloge robot nommée Balthazar, une pendule arachnéenne répondant au doux nom d’Arachnophobia ou, plus récemment, une sculpture en verre de Murano soufflé à la main nommée Medusa peuplent l’univers créatif du fondateur de la marque, Maximilian Büsser. Le point commun de ces créatures mécaniques? Elles ont toutes été conçues en collaboration avec L’Epée 1839, le premier fabricant d’horloges en Suisse.

Basée à Delémont, L’Epée 1839 est familière des collaborations. Il y a quelques mois, elle dévoilait, en cocréation avec la nouvelle marque The Unnamed Society, une pendulette en forme de Colt Bisley, le revolver fétiche du révolutionnaire mexicain Pancho Villa. Quelque temps après, L’Epée 1839 prenait place au volant de Time Fast, une horloge à la silhouette d’un bolide de course imaginé par l’étudiant de l’ECAL Georg Foster.

Objets de design et de mode

Cette deuxième collaboration de la petite manufacture jurassienne avec l’Ecole cantonale d’art de Lausanne rappelle à quel point les horlogers aiment flirter avec l’art et le design. Chez De Bethune, c’est le designer Jorg Hysek qui vient de cosigner l’horloge de table Dream Watch 6. «Ma mission est de donner à l’objet sa dimension artistique tout en gardant sa fonctionnalité, explique l’artiste. Qu’il s’agisse d’une pièce d’horlogerie ou d’un instrument d’écriture, l’art peut avoir une fonction et la fonction peut s’animer d’une dimension artistique. Ma quête est un va-et-vient entre ces deux perspectives.»

A ses heures, l’univers de la mode se pique aussi au jeu de la création d’horloges. Chanel présente chaque année de très élégantes pendules en éditions limitées ou en pièces uniques. En 2019, une grenouille en or tenant entre ses mâchoires une bague-montre avait créé la surprise. Cette année, une édition de dix pièces Coco Clock en obsidienne reproduit la silhouette stylisée de Mademoiselle Chanel sur son cadran auréolé de diamants. Revêtue d’un tailleur gansé serti de diamants, Coco Chanel agite doucement ses bras. Du gauche, elle indique les heures, du droit, elle montre les minutes. C’est à la fois chic et amusant. Rigoureux et précis, comme une horloge suisse.

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