Lorsque, pour la première fois, on observe les mouvements de son créateur, Mike Fitch, l’animal flow semble s’apparenter à un croisement entre le yoga et le break dance. Plus on analyse ses mouvements, plus on a l’impression de voir par moments un art martial ou de la capoeira. Le coach sportif new-yorkais a effectivement puisé dans plusieurs disciplines pour imiter les déplacements de certaines espèces du règne animal. La succession de figures de base à réaliser en connexion avec le sol, pieds nus et sans matériel, commence d’abord en jouant les félins, puis avec la marche du crabe toujours à quatre pattes. Ensuite, accroupi, on voyage entre appui sur les mains et sur les jambes pour les sauts du singe; enfin, en gardant l’appui sur les mains, en levant les jambes à l’instar d’un scorpion.

Le travail des muscles se fait en profondeur avec ces mouvements en conscience, qui sont d’abord décortiqués lentement avant de rechercher, chacun à son propre rythme, une certaine fluidité, d’où la dimension dansante et sensuelle. Les pratiquants témoignent aussi un agréable effet de lâcher prise. C’est aussi l’effet flow. Sans effort, en suivant une cadence donnée, on peut rester dans sa bulle, concentré sur son corps, sur ses limites et sur une harmonie dans la coordination des mouvements. Proprioception, voici le terme technique qui se réfère à la perception du placement corporel dans l’espace, une faculté qui permet notamment d’éviter les risques de blessures mais que l’on a tendance à perdre en vieillissant si l’on ne l’entraîne pas.

Se dépenser avec grâce

Le travail corporel proposé par l’animal flow est complet, ludique et plutôt exigeant, car il requiert une bonne condition sportive et sollicite beaucoup les poignets, les chevilles et toutes les articulations. S’il faut suivre une formation spécifique pour donner des cours d’animal flow, dont les droits sont protégés par une marque déposée, de nombreuses variantes sont également proposées dans les centres de fitness. Jean-Marc Heim, un de rares enseignants de Suisse romande, donne également des cours d’animal move. «Je viens du milieu de la danse, donc j’aime ouvrir un peu le lexique de l’animal flow, qui est très précis et très fitness. Ainsi, mes élèves peuvent progresser avec des exercices toujours variés et plus doux, adaptés à leur niveau. Pour les débutants, je propose de commencer avec des glissades au sol, pour travailler l’ondulation latérale, ainsi que des transitions jouant avec la courbure du dos.» La progression du cours monte en intensité jusqu’à arriver aux positions renversées, qui sont les plus compliquées à réaliser, en particulier pour les femmes qui ont moins l’habitude de muscler les bras.

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L’ancien danseur précise que ces disciplines imposent beaucoup de contrôle isométrique, faisant souvent travailler les muscles en opposition qui se contractent, sans se rétrécir, ni s’allonger. C’est le principe du gainage statique. «L’argument principal du succès de l’animal flow reste celui du full body training, c’est-à-dire d’impliquer la totalité du corps. Avec une telle répartition de la force sur l’ensemble de la musculature, les effets positifs s’observent très rapidement, notamment au niveau de la posture. Et ceux qui s’y adonnent sont séduits par l’originalité de la démarche, qui allie un côté divertissant à une pratique relativement exigeante.»

Energie primale

En pointant le bout du nez chez nous, ces disciplines manifestent une attirance sportive favorisant l’exploration motrice sans avoir recours aux machines. Le Franco-Américain Erwan Le Corre, qui, depuis dix ans, promeut des mouvements disparates et réalisés sans aucun équipement, illustre bien cette tendance. Ramper, nager, sauter, glisser: le vocabulaire naturel du corps est valorisé par sa méthode baptisée MovNat (Natural Movement Fitness), version contemporaine d’une ancienne méthode d’entraînement, l’hébertisme, du nom de son inventeur Georges Hébert, officier de la marine militaire française.

Renouer avec le mouvement naturel est également le credo du coach israélien Ido Portal, célèbre pour avoir travaillé avec des sportifs d’élite tels que le nageur américain Anthony Ervin ou le champion irlandais en arts martiaux mixtes Conor McGregor. En créant le movement culture, Portal a simplement plongé dans la diversité des mouvements du corps humain, empruntant à la capoeira, à l’acrobatie ou même à la danse. Aucune discipline n’est exclue dans son travail corporel, alors que la recherche de la performance a fait évoluer la préparation sportive vers des gestes très ciblés et répétitifs. Quand il explique sa variante de squat en position accroupie, il nous rappelle les bienfaits de cette posture naturelle qui, pour les sociétés occidentalisées, est devenue au premier abord inconfortable, alors que l’adopter quelques minutes par jour permet d’assouplir son dos. Ces exemples témoignent un changement de paradigme dans le monde du sport, qui prône une approche holistique du mouvement. Mais ils témoignent aussi, comme dans de nombreux domaines de notre existence, un appel impérieux à l’essentiel, un désencombrement jouissif.

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