Elle s’appelle Fleur d’Orient et porte en elle des messages cachés. Quand on regarde cette pendule de manière frontale, on note son absolue symétrie qui évoque un mandala. Elle repose sur un énorme bloc de ­labradorite. Si l’on s’intéresse à la lithothérapie et aux propriétés des pierres, on saura que cette gemme est appréciée pour ses vertus protectrices.

«Je l’ai commencée en 95, je l’ai présentée inachevée le 29 mai 96, je l’ai terminée fin 96 et je l’ai vendue en 97, explique Michel Parmigiani au sujet de sa Fleur d’Orient. J’ai demandé au propriétaire si on pouvait la présenter au SIHH.» Ce dernier a dit oui. Raison pour laquelle les visiteurs ont pu l’admirer une semaine durant.

Ce garde-temps est une extraordinaire démonstration de savoir-faire horloger et joaillier. «Pour le lancement de ma marque, il fallait que je fasse quelque chose de puissant, explique le maître horloger. Je voulais créer un mouvement complexe: une grande sonnerie que l’on peut commuter en petite sonnerie, ou en répétition minutes en pressant sur le petit poussoir sous la fleur à 6h. De l’autre côté, vous découvrez un calendrier perpétuel instantané amorti, et à 6h un diamant qui circule horizontalement indique la réserve de marche de 8 jours. Dans le guichet en forme de palmier, vous pouvez voir l’échappement à détente, qui bat à 14 400 alternances par heure. L’aiguille des secondes bat la demi-seconde.» Voilà pour la prouesse horlogère.

Mais l’objet offre d’autres niveaux de lecture. La représentation de la fleur tout d’abord. On pourrait croire à une sorte de lotus stylisé, or chaque pétale est la représentation de l’arbre du voyageur. «Je l’ai découvert lors d’un voyage en Malaisie en forêt tropicale, du côté de l’Indochine. Sa géométrie m’a marqué. Et comme je suis un adepte des algorithmes de Fibonacci liés au nombre d’or, et que je suis toujours en quête de proportionnalité et d’harmonie, je me suis dit, en voyant ces arbres, qu’un jour je les interpréterais.» Ce qu’il a fait. L’ensemble de ces pétales réunis côte à côte forme une fleur imaginaire. La structure de métal qui les soutient, comme une toile d’araignée, pèse 4 kg d’or, sans les pierres.

En tournant autour de l’objet et en le regardant côté pile, on découvre que le mouvement est gravé de motifs reprenant les palmes de l’arbre du voyageur. Mais stylisées de telle manière que l’on dirait les arches d’une église gothique. «C’est voulu, confie Michel Parmigiani, c’est un objet qui élève. Pour réaliser cette pièce, j’ai travaillé essentiellement avec les algorithmes du nombre d’or. Et quand on parle de nombre d’or, on parle de «divina proporzione», de proportion divine».

Il y a quelque chose de mystique dans cette pendule. On pourrait disserter sur le pouvoir des pierres choisies: l’améthyste et la jadéite, la spectrolite, les émeraudes, les diamants. Mais la dimension protectrice de l’objet se niche ailleurs, dans les symboles choisis: l’arbre du voyageur, dans les pays d’Afrique, c’est l’arbre qui sauve de la soif: l’arbre sauveur.

«Pour arriver à ce résultat, j’ai travaillé avec différents artisans: celui qui a fabriqué la structure, le lapidaire qui a sculpté les pierres, le joaillier. Une équipe de 20 personnes a passé 23 000 heures dessus pendant plus d’une année. Et beaucoup ont souffert. Moi, le premier.» Le résultat est une sorte de Graal pour Michel Parmigiani, une transformation de la souffrance en lumière.