Chronique horlogère

Une pépite chez Zenith

Dépendante de son calibre de légende, le El Primero, la marque locloise propose désormais sa déclinaison du XXIe siècle destinée à relancer l’entreprise

Beaucoup ont d’abord cru qu’il s’agissait d’une faute de frappe. Lors de la dernière foire de Bâle, Zenith avait invité les journalistes sur son stand à… 17h21. Loin d’être une coquille sur le carton d’invitation, il s’agissait en fait d’un clin d’œil à la El Primero 21 sortie cette année et présentée comme l’un des moteurs de la relance de la marque locloise aujourd’hui à la peine.

La El Primero 21 doit devenir «une nouvelle colonne vertébrale» pour Zenith. C’est Jean-Claude Biver qui le dit. Lors d’une conférence de presse le mois dernier, le patron du pôle horloger de LVMH n’économisait aucune louange pour ce nouveau modèle. Et ne s’en cachait pas: à terme, il est appelé à remplacer son ancêtre, le El Primero de 1969, même si ce dernier sera toujours au catalogue.

Il était temps! Il faut dire qu’avec les années, Zenith s’était petit à petit laissé «emprisonner» dans la logique El Primero, comme le souligne l’auteur de l’ouvrage Zenith; la saga d’une manufacture horlogère étoilée (Ed. Albin Michel), Joël Duval. Lancé en 1969, ce calibre devenu légende était à l’origine le premier chronographe mécanique à remontage mécanique, d’où son nom.

Coussin de paresse

On rappelle volontiers que sa fiabilité était telle que Rolex l’avait choisi (avec quelques modifications) pour équiper une série de ses chronographes Daytona. La petite histoire raconte même que certains commerciaux utilisaient à l’époque ce partage industriel avec Rolex comme argument de vente à l’heure de convaincre leurs clients d’acheter une Zenith.

Et puis avec les années, la grande manufacture locloise s’est assoupie sur ce coussin de paresse. Au fil des changements de propriétaires (la holding Mondia-Zenith-Movado, le fabricant de machines-outils Dixi puis le groupe de luxe LVMH) et de patrons (Thierry Nataf, Jean-Frédéric Dufour, Aldo Magada…), Zenith a cru bon de miser presque exclusivement sur ce calibre en le déclinant à toutes les sauces. Un exemple relevé par Joël Duval: le calibre Zéro G a été commercialisé sous le nom d’El Primero alors qu’ils n’ont que quelques composants en commun.

Précise et ludique

Après avoir remis TAG Heuer sur les rails, Jean-Claude Biver a quitté La Chaux-de-Fonds pour Le Locle. Son but: faire entrer Zenith de plain-pied dans le XXIe siècle. En moins d’une année, ses équipes ont imaginé, développé et produit cette nouvelle El Primero baptisée, logiquement, 21. Déclinée en trois versions, il s’agit d’une montre aussi précise que ludique puisque son aiguille centrale peut réaliser un tour de cadran en une seconde (indiquant donc jusqu’aux centièmes).

A lire: Jean-Claude Biver: «Je ne suis pas comme un médecin qui traiterait tout le monde de la même manière» (23.03.2017)

Autre particularité: elle possède deux échappements – l’un pour le mouvement de la montre (5 hertz), l’autre pour le chronographe (50 hertz) – et des balanciers spiraux en nanotubes de carbone, ce qui les rend insensibles aux changements de température et aux ondes magnétiques. «Il s’agit d’un projet sur le très long terme et nous imaginons déjà des variations comme un double tourbillon», prévient Jean-Claude Biver.

«Nous», c’est donc Jean-Claude Biver mais également le nouveau patron de Zenith Julien Tornare. Officiellement intronisé en mai, le successeur d’Aldo Magada admettait lors de sa première conférence de presse que la marque manquait aujourd’hui de désidérabilité. Et pointait l’un de ses principaux défis: ne pas répéter les erreurs du passé.

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