◗ C’est un grand type qui prend tout à la cool, mais n’oublie pas que son business fait vivre une centaine de personnes. Depuis 2010, Piet Hein Eek règne sur 10 000 mètres carrés un peu paumés dans la banlieue d’Eindhoven. Son royaume? Une ancienne usine Philips reconvertie en atelier géant qui accueille sous un (presque) même toit une unité de fabrication, un magasin (où Piet vend sa production et celle de designers amis), une aire de stockage, une galerie d’art et un gigantesque restaurant ouvert à tous et où l’intégralité du mobilier – signé par le maître des lieux – est à vendre.

Piet Hein Eek, c’est la dernière success story du design hollandais. Un designer qui voulait monter sa marque de meubles et que tout le monde a pris pour un cinglé. 20 ans plus tard, il jubile. Diplômé de la Eindhoven Academy (d’où sont sortis Jurgen Bey, Marteen Bass, Marcel Wanders, bref toute la génération du design hollandais de la fin des années 1990), il est le chantre du «scrapwood», ce style qui consiste à assembler des chutes de bois de textures et de couleurs différentes. Ce qui donne un mobilier massif aux allures de gros puzzle rustique. Ce qui donne surtout des pièces à chaque fois uniques, le motif carrelé ne se répétant jamais, c’est statistique. Et lui assure depuis de faire tourner sa boutique. Au Salon du meuble de Milan cette année, il présentait ses nouveautés: des montures de lunettes en acier doré et des montres. Histoire de lester son catalogue avec des produits déco dérivés. Celui qui revendique le designer-entrepreneur anglais Tom Dixon comme son modèle, signait la semaine dernière une collaboration avec Ikea.
Le hollandais indépendant qui s’allie avec la multinationale suédoise du mobilier en kit? «C’est le genre de collaboration qui va dans le sens contraire de ce que je fais normalement», admet le designer au webzine Dezeen. Je fais de la petite quantité, eux de la production de masse, mais nos approches en termes d’efficacité et de qualité sont similaires.» Pour voir à quoi ressemblera cette collection en édition limitée baptisée Jassa, il faudra cependant attendre mars 2017. On sait que le designer est allé en Indonésie pour visiter des ateliers qui travaillent les fibres naturelles et l’impression batik de manière artisanale. «Ce sera de la production à grande échelle, mais 100% fait main» par emmanuel grandjean