HORLOGERIE

La vague «néo-vintage» continue de déferler sur les collections des horlogers

Dépoussiérant leurs archives, les marques horlogères distillent subtilement des codes esthétiques d’un autre temps

L’épopée fantastique de la conquête du ciel, les fables de l’exploration sous-marine, les premiers vols dans l’espace… Les maisons de haute horlogerie ont, pour la plupart, accompagné les grandes heures de l’histoire. Des épisodes plus ou moins glorieux où la montre outil était mise en valeur et dont les horlogers se drapent aujourd’hui avec fierté. Il y a trois ans, on avait assisté à une importante entrée en scène du style vintage dans les collections des marques. A grand renfort de codes esthétiques et d’anecdotes historiques, le néo-rétro a toujours le vent en poupe.

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«Pendant toute une période, les montres vintage des années 1950 à 70 n’intéressaient que quelques initiés, analyse l’historien de la Fondation de la haute horlogerie, Grégory Gardinetti. Les prix étaient alors abordables pour des pièces qui avaient pourtant fait leurs preuves. Les collectionneurs d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier: quand ils achètent une montre, c’est pour pouvoir la porter. Les montres vintage sont devenues plus recherchées et donc beaucoup plus onéreuses que les montres neuves. C’est à ce moment-là que le «néo-vintage» est apparu.» En quelques années, les collections emblématiques de certaines marques sont réapparues, certains modèles historiques ont été revisités et, d’une manière plus générale, un véritable engouement pour les designs truffés de références au passé a vu le jour.

Une question de crédibilité

«Aujourd’hui, la montre mécanique n’a pas d’utilité intrinsèque comme à l’époque des montres outils. Elle est essentiellement un vecteur de communication, un objet identitaire, l’expression d’un style, explique l’expert en horlogerie Gianfranco Ritschel. Pendant longtemps, les marques ne se sont pas intéressées aux montres anciennes. Certaines n’assuraient même pas le service après-vente. Aujourd’hui, elles ont compris que ces modèles sont un gage de crédibilité. En cela, l’histoire de la montre devient presque plus importante que l’objet lui-même.»

Pour dessiner les contours de sa ligne Premier lancée en 2018 et complétée cette année par de multiples références au look rétro, Breitling n’est pas partie d’une page blanche, mais de sa production manufacturée dans les années 1940. La marque s’appuie également sur son patrimoine pour présenter au salon Baselworld une réédition d’un modèle Navitimer de 1959. «L’année dernière, nous avons constaté que de nombreuses personnes étaient passionnées par l’héritage de Breitling et s’intéressaient à la fois à nos nouveaux produits, à notre patrimoine et à nos premiers garde-temps, explique Georges Kern, CEO de la marque. La Navitimer Ref. 806 1959 Re-Edition offrira aux nouveaux comme aux anciens fans de Breitling la possibilité de profiter de la réédition d’une montre issue de notre passé légendaire.»

Le retour des icônes

Dans un autre registre esthétique, la démarche entreprise par Cartier n’est pas si différente. En l’espace de trois ans, la marque a réussi le coup de maître de recentrer son offre horlogère sur les lignes emblématiques qui ont fait son succès au siècle dernier. La montre Panthère, icône eighties par excellence, s’impose comme un nouveau must décliné en une multitude de références. La Santos, née en 1904 pour accompagner le pionnier de l’aviation Alberto Santos-Dumont dans ses péripéties aéronautiques, a également fait peau neuve l’année dernière au gré d’une collection intégralement revisitée, complétée en 2019 par une pièce hommage au modèle historique. Quant à la collection Baignoire relancée en janvier à Genève, elle s’inspire d’un modèle culte de 1958 transformé en un ovale étiré par les ateliers de Cartier à Londres dans le courant des années 1960.

«On constate un attrait indéniable pour l’esthétique rétro distillée par petites touches dans des montres contemporaines, observe Gianfranco Ritschel. Notamment les cadrans fumés ou délavés, plus clairs au centre, plus foncés à l’extérieur, les cadrans couleur champagne, les glaces saphir glassbox, les chronos typés pilote, les aiguilles plus travaillées, avec des volumes et des courbes… Mais aussi un fort retour de l’or jaune et des diamètres qui rétrécissent.» Produite dans les années 1960, abandonnée en 1985, l’Autavia de TAG Heuer fait son retour en piste avec toute la panoplie de la parfaite montre «néo-vintage». Un diamètre de 42 mm, un boîtier rond et des attaches biseautées rappelant les tout premiers modèles conçus pour les pilotes, une couronne XXL, des cadrans fumés ponctués de larges chiffres luminescents évoquent les premiers compteurs de bord des voitures de course et des avions. Sans oublier des bracelets NATO ou en cuir de veau marron pour parfaire le look.

Baroudeur ou dandy

Même parti pris pour Zenith, qui garde un œil dans le rétro avec la Pilot Type 20 Adventure parée de son boîtier en bronze, de son cadran vert survolé d’aiguilles modèle cathédrale et de son bracelet camouflage. Chez Tudor, le «néo-vintage» occupe cette année une place de premier choix. Outre les boîtiers bicolores de la célèbre Black Bay combinant l’acier et l’or jaune ou les chronos montés sur manchettes de cuir, la marque revisite un prototype développé dans les années 1960 pour la marine américaine. A mi-chemin entre une montre de plongée et une montre de navigation, le nouveau modèle Black Bay P01 s’inspire de la forme typique de ce garde-temps et de son système de blocage et de démontage de la lunette permettant de faciliter l’entretien de la montre.

Si l’univers des montres outils reste une source d’inspiration quasi inépuisable, quelques marques préfèrent pourtant miser sur des lignes épurées en vogue au siècle dernier. La nouvelle collection Heritage de Montblanc en fait une belle démonstration à travers une ligne complète inspirée des montres classiques Minerva des années 1940 et 1950. Avec leurs cadrans bombés couleur saumon, caramel fumé ou blanc argenté, leurs boîtiers aux dimensions raisonnables comprises entre 39 et 42 mm, les modèles Heritage cultivent une sophistication vintage qui n’est pas sans rappeler l’univers sixties des Mad Men. «D’un point de vue général, on assiste à un retour de la sobriété en horlogerie, conclut Gianfranco Ritschel. N’oublions pas que l’homme élégant des années 1950, 60, 70 portait une montre plate, en or jaune, qui disparaissait sous la chemise. Autrement dit, la classe au poignet.»

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