Design

Le vélo électrique passe la vitesse supérieure

Les deux-roues à batterie ont un tel succès que leurs catégories et gammes de prix se diversifient sans cesse. Y compris dans le très haut de gamme, comme l’atteste la marque Trefecta à Zoug

«Dans le domaine de la mobilité, le vélo électrique est le segment qui croît le plus rapidement», note Haiko Visser, fondateur et directeur de la marque de e-bikes Trefecta. Comme le phénomène est mondial, la tentation est grande pour les entrepreneurs de se lancer dans la conception et la fabrication de e-bikes. Pliable, urbain, campagnard, montagnard, sportif, de compétition, haut de gamme: le vélo électrique se scinde aujourd’hui en de multiples catégories et gammes de prix. Tout en haut de l’échelle, des marques tentent de convaincre des clients fortunés d’acquérir des modèles à 10 000 francs et bien plus. Beaucoup de ces petites sociétés disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues.

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Dans le créneau du luxe, le style vintage est interprété par de nombreux fabricants, en particulier en Italie. Agnelli expose des modèles inspirés des motos des années 1950 dans le très chic magasin Bon Marché, à Paris. Les batteries des vélos sont disposées dans d’anciens réservoirs d’essence fixés au cadre. Chaque pièce – unique – coûte 12 000 euros.

J’ai commencé par tester quantité de vélos électriques. Tous étaient conçus pour les routes lisses de pays plats, certainement pas pour une topographie comme celle de la Suisse

Haiko Visser, fondateur et directeur de Trefecta

En Suisse, les constructeurs se tournent plutôt vers le futur. Basé dans le canton de Zug, Trefecta entend redéfinir le vélo électrique en le tirant vers le haut. Entrepreneur néerlandais installé en Suisse depuis son enfance, Haiko Visser a mis du temps, beaucoup de moyens et de réflexion dans la conception de son deux-roues à pédales. Le site web de la marque témoigne du professionnalisme de sa petite structure, partagée entre Zoug et les Pays-Bas.

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«J’ai commencé par tester quantité de vélos électriques lorsqu’ils sont apparus sur le marché, se souvient Haiko Visser. Tous étaient conçus pour les routes lisses de pays plats, certainement pas pour une topographie accidentée comme celle de la Suisse. Le pays mettait les machines à rude épreuve, abrégeant leur autonomie et leur durée de fonctionnement. Je me suis dit qu’il fallait repartir d’une page blanche pour imaginer autre chose. Comme une nouvelle catégorie.»

Qualité aéronautique

Pour pousser son ambition de robustesse et de sophistication technique à bout, Haiko Visser est d’abord allé voir l’armée suisse et des entreprises militaires. A l’exemple de la société Mowag, à Kreuzligen, spécialisée dans les véhicules blindés. L’idée est ainsi née d’un vélo pourvu d’une sorte d’exosquelette qui protège les éléments mécaniques et électroniques de l’engin. Puis le fondateur de Trefecta, poursuivant le développement, a pris contact avec la société aéronautique ADSE à Bâle, ainsi que le constructeur VDL en Hollande, où est aujourd’hui fabriqué le vélo. Il a aussi constitué une équipe d’anciens ingénieurs aéronautiques avec Porsche et un champion de VTT. Le design a été confié au bureau allemand IDberlin.

«Trefecta» joue sur les mots «trois» et «perfection», les trois valeurs maison étant le design, la puissance et la fonctionnalité. Le vélo, disponible en versions tout terrain et route, est en aluminium de qualité aéronautique. «Rien que le cadre, moulé par injection, vaut 10 000 euros», remarque Haiko Visser. Les roues sont en fibre de carbone, les suspensions se règlent en dureté depuis le guidon et l’électronique de bord répartit la puissance du moteur de 4 kW (maximum) en fonction de la vigueur des coups de pédale.

Homologué «Speed Pedelec» (bridé à 45 km/h) ou en version libre (70 km/h), le vélo a une autonomie comprise entre 55 et plus de 100 km, selon ses configurations. Il pèse 37 kilos. Trefecta a si confiance en la solidité de ses composants que le vélo est garanti 100 000 km, changements de pneumatiques ou de plaquettes de freins mis à part. «Notre vélo vaut certes 37 000 euros mais si vous prenez en compte qu’il est capable de parcourir 100 000 km sans ennui, il est l’un des moins chers qui soient!» sourit Haiko Visser.

Militaires et policiers intéressés

La marque a effectué ses tests préalables sur les chemins montagneux du Wildspitz à Zoug. Puis elle a confié sa machine caparaçonnée aux forces spéciales de l’armée suisse au Monte Ceneri, à l’OTAN, à l’US Army, ainsi qu’aux troupes néerlandaises en Afghanistan. Là, des tests ont été menés pour des missions de reconnaissance dans la montagne, avec des soldats lourdement équipés.

Si Trefecta vise également les marchés militaires et de la police, sa cible principale reste civile, tendance haut revenu. Son vélo électrique s’adresse pour l’instant à des propriétaires de yachts, des financiers, des «adoptants précoces» de nouvelles technologies onéreuses. «Depuis un an et demi, nous avons vendu 75 exemplaires du vélo», concède Haiko Visser. Mais Trefecta s’apprête à lancer son modèle RDR, une version meilleur marché du deux-roues, aux alentours de 10 000 euros. Avec un objectif de production de 20 000 à 30 000 unités par année.

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«Une automobile ne pollue jamais autant que sur de courts trajets pendulaires, conclut Haiko Visser. D’un point de vue environnemental, elle ne présente aucun avantage. En revanche, toujours pour cet usage quotidien, le vélo électrique est l’un des plus efficaces. De plus en plus d’usagers s’en rendent compte.»

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