Pour leurs adeptes, c’est souvent à la gare que tout se joue. C’est là qu’ils donnent l’impression d’entrer en scène. A peine descendus de leur monture, ils la réduisent en deux temps trois secondes à la taille d’un sac à main. Chevaliers des temps modernes, oui. Mais avec bagage accompagné. Ensuite, cravate flottant dans le vent ou bonnet de laine sud-américain palpitant sur les oreilles, ils sautent dans le train, puis rangent leur fidèle destrier à côté du laptop du voisin… Bref: hier un peu risibles, les vélos pliables sont devenus beaux, design, modernes, désirables et surtout performants. Du coup, leurs usagers sont de plus en plus nombreux en Suisse romande – sans que l’on puisse parler, encore, d’un boom comparable à celui du vélo électrique.

Mobilité combinée

Plier un vélo, quelle drôle d’idée. On y avait d’abord pensé sur les voiliers où, contraints par le manque de place, les plaisanciers avaient dû faire preuve d’inventivité. Puis en vacances quand le temps est assez long pour revoir ses bases de mécanique et assembler les bicyclettes familiales démontées au fond du galetas. Aujourd’hui, plus rien à voir avec ces débuts de dilettantes. A la fois léger et robuste, le vélo se plie en quelques gestes (moins de 15 secondes pour le Brompton, un des modèles les plus contorsionnistes).

Certains aficionados ne s’en séparent presque plus. Blaise Brech­bühl, par exemple. Son vélo, il l’a acquis en partie sur un coup de cœur. Urbaniste à Genève, vivant à Lausanne, il a choisi de faire ses trajets en train. Pour lui, le vélo pliable est apparu comme une évidence, le maillon manquant dans la chaîne de ses déplacements. Le design triangulaire de son Strida (voir grande photo) ne cesse de le surprendre: «C’est simplement un triangle où tout est pensé jusqu’au bout.» Rabattre, aimanter, glisser, déplier et ça roule. Facile. L’urbaniste précise toutefois: «Ce vélo est parfait pour mes trajets quotidiens, mais je ne le prendrais pas si je devais faire un grand tour.»

Car choisir son vélo pliable reste affaire de compromis. C’est l’avis de Jonas Römer, propriétaire et créateur, à Bienne, de «Faltbar», un des premiers magasins spécialisés dans les vélos pliables: «Le pliable polyvalent, rigide et bon marché n’existe pas. Le choix doit se faire en fonction de ses besoins principaux et de ses propres goûts.»

Du Brompton très british au sportif Dahon, en passant par le pratique BikeFriday ou par l’A-bike simplifié à l’extrême (une trottinette à pédales? un déambulateur?), le choix est vaste. Portable ou muni de petites roues pour le pousser: chaque marque présente un système de pliage différent ou une spécificité qui le distingue.

Gadget? Blaise Brechbühl préfère parler d’«efficacité». Vrai que ce bicycle colle à notre époque du tout rapide et du très miniaturisé, et qu’il donne ses lettres de noblesse à la «mobilité combinée», terme d’usage pour qualifier un trajet où l’on mixe bus, train, voiture ou vélo.

Gianni Di Salvo est importateur de la marque Strida en Suisse. «Nous avons vendu 150 pièces en 2007. Cette année, on en est à plus de 300. Je reçois souvent des appels de clients enthousiasmés par le temps gagné dans les trajets. C’est un véhicule qui attire l’œil, qui fait parler, la publicité se fait presque toute seule.»

Offrir un pliable à Noël? Pourquoi pas? Mais se renseigner sur les spécificités (poids, mais aussi possibilités de réglage selon la taille de l’utilisateur, etc.). Et éviter les modèles les moins chers. «A 200 francs, il y a des chances que ce soit un vélo made in China dont la qualité laisse à désirer», objecte Jonas Römer. «Certains engins coûtent jusqu’à 6000 francs, mais pour des prix raisonnables, il est tout à fait possible de se procurer un excellent vélo pliable.»

Des clubs de pliables se sont même formés. A Genève, la Swiss Folding Society met sur roues des sorties. Programme: démontage, bus, escaliers, trains, ascenseurs, montage et pédalage. Une immersion dans le quotidien de la mobilité combinée. En attendant, qui sait, le prochain James Bond, avec David Craig laissant son Aston Martin au garage, pour dégainer un Brompton bourré de gadgets.