Voyage

La verte Marrakech

Les luxuriants jardins botaniques, botte secrète de la Ville rouge, se déclinent des dédales de la médina à la vallée émeraude de l’Ourika, au pied de l’Atlas

Au loin, sur les cimes de l’Atlas, pointent déjà les premières neiges. «Il a plu la semaine dernière», justifie Christine Ferrari entre deux visites de son jardin, le Paradis du Safran. A une trentaine de kilomètres de Marrakech, la Suissesse cultive sur ses 2,5 hectares des plantes aromatiques et médicinales. Son verger produit des agrumes et autres fruits exotiques comme la papaye ou la mangue. A l’issue d’un sentier sensoriel où l’on foule, pieds nus, le sol de la vallée de l’Ourika, un thé agrémenté d’or rouge attend le visiteur.

«Il faut 200 fleurs pour obtenir un gramme de safran. Au total ce seront six tonnes de bulbes pour récolter les 500 grammes annuels de ma safranière.» Du coup, on ne lésine pas sur les 25 francs que coûte le gramme de l’épice la plus noble du monde, sachant que les étals du souk en proposent une version souvent contrefaite.

Vendeurs d’escargots

A 25 kilomètres de Marrakech, toujours sur la route de l’Ourika, le jardin «Anima» reflète, pour sa part, l’univers créatif et bigarré de l’artiste autrichien André Heller. Ce touche-à-tout, à la fois chanteur et écrivain viennois, a transformé ses huit hectares au pied de l’Atlas pour en faire un lieu de rendez-vous culturel. Une salle est ainsi dédiée de manière permanente au peintre allemand Hans Werner Geerdts, installé au Maroc au début des années 60, tandis que deux autres espaces abritent des expositions temporaires. La promenade, ponctuée par des sculptures colorées, octroie à ce paradis touffu une mise en scène fantaisiste.

Retour dans le brouhaha de la ville des Rois, qui accueillait la COP 22 l’année dernière. On sirote un raib parfumé à la fleur d’oranger, ce yaourt à base de lait de chèvre. Sur la place Jemaa el Fna, les clameurs des charmeurs de cobras, des porteurs d’eau, des tatoueuses de henné et des vendeurs d’escargots se mêlent au cliquetis des calèches. Au loin, le minaret emblématique de la mosquée Koutoubia qui culmine à 77 mètres. Sa silhouette se révèle à chaque coin de rue. «On dit que tous les chemins mènent à Rome, ici, ils mènent à la Koutoubia», lance un chauffeur de taxi. Elle symbolise la ville depuis l’époque des Almohades et marque la hauteur limite à ne pas dépasser pour toute construction nouvelle. Du coup, à l’heure des spéculations immobilières, l’ocre de la ville tentaculaire s’étale comme un coup de pinceau uni à l’infini.

Chez Saint Laurent

Dans les dédales de la médina, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco, petite halte aux tombeaux saadiens, le sanctuaire de la dynastie qui régna durant l’âge d’or de Marrakech entre 1524 et 1659. On sillonne dans le jardin entre les sépultures en marbre de Carrare. Direction le Palais de la Bahia – qui signifie «la brillante» en arabe – érigé vers la fin du XIXe siècle par le vizir Si Moussa à la demande de ses épouses. Le jardin clos du patio domestique organise la nature dans une géométrie précise selon la tradition des palais arabo-andalous. Dans ce plan quadripartite, agrémenté d’une fontaine, on y cultivait la menthe pour le thé vert.

Il faut s’armer de patience pour visiter le jardin créé en 1920 par Jacques Majorelle, l’attraction la plus en vogue de la ville. Autour de son atelier, le peintre planta au fil des ans bougainvilliers, bananiers, yuccas et bambous. Le terrain, délaissé, sera acquis, malgré son piteux état, par Yves Saint Laurent et Pierre Bergé en 1980. Entre plantes exotiques et bassins harmonisés par le bleu intense des murs, on flâne. D’ici à un an, le musée consacré à YSL ouvrira, à deux pas du jardin Majorelle qui possède déjà un musée berbère.

Le Jardin secret se compose d’un espace exotique et d’un autre islamique. Ouvert au printemps 2016, il devient le nouveau poumon, en plein cœur de Marrakech. Durant sept ans, Lauro Milan, le créateur et gestionnaire, s’est inspiré patiemment du proverbe de vieilles femmes marocaines: «Un petit jardin bien entretenu vaut mieux qu’un grand champ abandonné.»

Vodkatini et ambiance coloniale

Aujourd’hui, on déambule parmi les fruits du paradis irrigués grâce à un système souterrain témoin des prouesses antiques. La variété des essences végétales de ce jardin foisonnant, comme le thym, le romarin ou la lavande accompagne le voyageur dans l’ombrage des arbres. Ces espaces verts possèdent leur propre café et librairie. «Chaque plante, chaque motif architectural a une signification correspondant à ce qui est prescrit dans le Coran, observe Tom Stuart-Smith, son concepteur. Le jardin est ordonné, serein, paisible, rempli du parfum des fleurs d’oranger au printemps et du chant des oiseaux.» Avec en prime, l’appel à la prière du muezzin.

Surplombant le souk et le marché des épices, on sirote sa limonade fraîche sur la terrasse du Nomad, nouvelle adresse fashionista de Marrakech. Le coucher de soleil fait rougir les toits de Marrakech. Les plus huppés se retrouvent ensuite au bar à cocktails du Grand Café de la poste situé au cœur du quartier Guéliz. Palmiers, ventilos, hauts plafonds et tables en bois: on savoure ici un vodkatini dans une ambiance coloniale qui respire les années 20, lorsque la ville était sous protectorat français, avant de partir se trémousser au So Lounge pour clubber jusqu’au bout de la nuit.


Y aller

Swiss offre des vols directs au départ de Genève, les lundis, vendredis et dimanches. Dès le 1er avril 2018, ils auront lieu tous les lundis et vendredis. La durée est de 3h05 à partir de CHF 80.− en Economy Light, www.swiss.com

Y dormir

Dans un écrin vert dédié aux amateurs de golf et de farniente, les pavillons privés et exclusifs de l’Amanenja, à l’architecture traditionnelle maure, se dressent autour d’immenses bassins. David Beckham y a fêté ses 40 ans. Les clients peuvent profiter d’une escapade dans un village berbère, aux portes du désert, www.aman.com

Y manger

Confortablement lové dans le patio ou la bibliothèque du Riad Tawargit, à 5 minutes de la place Jemaa el Fna, on déguste les salades marocaines, tajines et gâteaux sortis des fourneaux de la cuisinière Saba. Cette maison d’hôtes propose neuf chambres et un hammam, www.riadtawargit.com

S’y promener:

Sahara Experience organise des circuits à la carte autour du bien-être, du loisir (cheval, golf, surf), de l’aventure avec des randonnées dans l’Atlas ou le désert du Sahara, et des rallyes-raids, www.sahara-experience.com

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