fashion week paris

Vêtements tatoos

Quelle empreinte reste-t-il des collections du printemps, présentées il y a six mois? Des impressions subjectives, forcément. Des vêtements qui dévoilent autant de peau qu’ils essaient d’en cacher. Et si on leur donnait la parole?

«Je suis un vêtement, mais seulement à moitié, dévoilant autant de peau que j’essaie d’en cacher. Je bloque mal le soleil et les regards qui souhaitent s’immiscer. C’est voulu.

Je suis dentelle arachnéenne chez Chloé, Chanel, Louis Vuitton, Elie Saab ou Givenchy. J’embellis, je fais naître des jardins de fils blancs sur les chairs dévoilées. Je suis robe de cristal, oscillant entre transparence et translucidité chez Iris van Herpen. Je suis «jour échelle» chez Dior et Hermès. C’est beau, un jour, cette broderie légèrement désuète, tellement XIXe siècle. Belle manière de passer d’une époque à une autre que d’emprunter l’échelle. Je suis comme un échiquier découpé au laser chez Akris, résille XXL chez Jean-Charles de Castelbajac et Véronique Leroy. Je dessine la topographie des corps. Je trace des lignes de fuite.

Chez Yiqing Yin, Je suis né d’un bolduc noir. Les autres pièces de la collection naquirent d’un coup de crayon. Pas moi. J’émerge d’un autre geste. Je n’étais rien, jusqu’à ce que la couturière m’envisage. Elle a collé du bolduc sur la peau d’un mannequin, comme un tatouage. Je suis un tatouage d’ailleurs. Maori, kalinga, qu’importe. Traits sombres de tissu. Impermanent. Je suis une seconde peau. Je souligne le moindre muscle, la moindre courbe. Je suis un paysage accidenté en jersey ­dévoré.

J’aspire à la légèreté. Parce que l’époque ne l’est pas, légère. Je suis un langage de tissu qui s’exprime lorsque les mots font défaut. Je ne suis pas facile à porter. Il ne faut avoir peur ni du désir que je fais naître, ni de ce que j’ose dévoiler avec mes pleins et mes déliés. Je souhaite être aimé dans ma présence et mes absences.

Je suis ce que les créateurs ont trouvé de plus délicat, de plus subtil, de plus volatil pour tatouer le mot liberté sur le corps des femmes, l’air de ne pas y toucher, le temps d’un été.»

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