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Habitat

Vieillir ensemble, chacun chez soi

Architecture adaptée, environnement sécurisant, vie communautaire: les logements pour seniors fleurissent en Suisse romande

Une fenêtre verticale suffisamment basse pour observer les enfants qui jouent au jardin, même assis. Une large porte qui coulisse pour regarder la télévision du salon depuis son lit. Des portes et une douche sans seuil pour mieux se déplacer. Tels sont quelques-uns des nombreux détails constructifs typiques des logements protégés pour personnes âgées qui apparaissent un peu partout en Suisse romande depuis quelques années. En plus d’une sensibilité architecturale adaptée à la mobilité réduite, l’organisation spatiale prône un maximum d’échanges entre habitants pour éviter l’isolement. Dans les résidences «Les Baumettes», conçues par le bureau lausannois terrin.barbier architectes sàrl et inaugurées au printemps dernier à Renens, chaque appartement comprend une fenêtre intérieure qui crée un contact visuel entre espace privé et zone collective. Des espaces communs sont aménagés à tous les étages pour réunir les locataires autour d’un café ou d’une partie de cartes. Et une grande salle d’activités accueille l’ensemble des habitants pour des cours de yoga, des animations ou des projections de films.

Déjà très répandu dans les pays nordiques et anglo-saxons, ce concept de logement urbain pour seniors s’est d’abord développé dans le canton de Vaud avec l’essor des soins à domicile visant à retarder l’entrée dans les établissements médico-sociaux. «Comme cette offre de prise en charge se heurtait à l’inadaptabilité de l’environnement construit, les collectivités publiques ainsi que des promoteurs privés et des coopératives se sont mis à multiplier les projets de logements adaptés aux besoins spécifiques de cette tranche d’âge», explique Patrice Levy, président de l’association Avril, qui promeut ce type d’habitat en Suisse romande depuis 1999. Près de mille appartements répartis sur trente-trois sites ont été recensés l’année dernière dans le canton de Vaud. Et la demande ne cesse d’augmenter. Selon une projection nationale, la communauté des retraités devrait augmenter de 60% d’ici à 2030. «La question du logement adapté est devenue un enjeu central pour la société de demain, parce que les places en institution sont limitées et que la majorité des personnes âgées désirent rester à domicile le plus longtemps possible. Elles disposent de moyens plus importants que leurs parents et sont soucieuses de conserver leur indépendance, malgré les premières diminutions liées à l’âge», renchérit Patrice Lévy, également directeur de la fondation Mont-Riant et de son EMS à Yverdon.

Différents types de logements protégés sont disponibles sur le marché romand. Les prix de location sont libres, mais certains loyers doivent correspondre à des normes cantonales si les locataires veulent bénéficier d’un soutien financier du canton. La plupart sont implantés en milieu urbain pour plus d’accessibilité aux commerces, aux moyens de transport et aux établissements publics. Les appartements protégés, tels que «Les Baumettes» en proximité d’un EMS sont assez répandus. En plus de limiter les barrières architecturales et de favoriser des activités collectives, ils proposent des prestations de services, de soins ou de repas à domicile. Les logements réalisés selon le standard soleurois bonacasa® proposent par exemple un vaste service à la carte assuré par différents partenaires. «Cela va de l’arrosage des plantes et de la garde des animaux de compagnie au vidage des boîtes aux lettres en passant par les courses quotidiennes et le nettoyage de l’appartement», détaille Damian Constantin, directeur de bonacasa® pour la Suisse romande. Certains appartements protégés sont intégrés dans des complexes basés sur la mixité intergénérationnelle. La Maison Mivelaz, qui regroupe 39 appartements subventionnés à Lausanne, accueille, depuis 2008, une minorité de jeunes locataires qui s’engagent à aider les seniors en cas de besoin. Une troisième catégorie concerne les habitats communautaires Domino, acronyme de DOMIcile Nouvelle Option, développé depuis la fin des années 1990 en Valais et à Genève. Le principe est simple: une dizaine de studios avec salle de bains et kitchenette sont répartis autour d’une grande pièce à vivre commune, comme si ces espaces individuels étaient les chambres à coucher d’un appartement en colocation. Les occupants recréent un chez-soi dans lequel ils retrouvent une sécurité intérieure avec leurs repères, tout en pouvant profiter d’une vie collective semblable aux établissements médico-sociaux.

«Le point commun entre ces différentes formes d’habitat est que les locataires ont un bail à loyer, une sonnette et une clé de boîte aux lettres qui leur garantissent une autonomie, pendant qu’ils sont soutenus dans leur bien-être physique et psychique par une infrastructure adéquate», analyse Philippe Diesbach, promoteur spécialisé dans ce segment du marché par le biais de coopératives d’utilité publique qui suivent actuellement six projets d’envergure dans le canton et étudient des propositions à Fribourg et à Neuchâtel. S’il semble évident que ce type d’habitat n’est pas une alternative aux établissements médico-sociaux, il devrait prendre de plus en plus d’ampleur en Suisse romande et retarder fortement l’entrée en EMS. Mais il tend vers une augmentation des prestations de soins fournis à domicile et à charge des caisses maladie. «Plusieurs questions vont donc se poser. Le financement des soins à domicile sera-t-il limité? Qui décidera de cette limite? La personne âgée restera-t-elle un assuré à part entière? Le déploiement de nouveaux habitats adaptés ouvrira forcément un débat qui concernera toute la société», prédit Patrice Lévy.

«La question du logement adapté est devenue un enjeu central pour la société de demain»

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