J’en rigole encore. Vous auriez dû voir la tête de mes enfants quand ils ont vu le p’tit Gibus boire de la goutte généreusement offerte par un habitant de Velrans dans le film «La Guerre des boutons» d’Yves Robert, version noir et blanc sortie en 1961. Le p’tit gars au béret en sortira «rond comme un boudin» sous le regard ébaubi des enfants du XXIe siècle pour qui l’alcool est exclusivement une affaire de grands. Et encore, de grands qui prennent des risques inconsidérés car c’est désormais connu jusque dans les préaux: contrairement au rire fédéral, l’alcool n’est pas bon pour la santé.

Les kids n’étaient pas au bout de leurs surprises. Lors d’un repas organisé dans leur cabane forestière, les Longeverne fumaient des Gitanes et buvaient du vin. Par rasades. Tout en s’esclaffant de la rossée donnée à ces peigne-cul de Velrans, à la surprise renouvelée de leurs contemporains soudain redressés devant l’écran de télévision. Du vin. Des cigarettes. Quelle folie!
Après le film, il a fallu répondre à un torrent de questions. J’ai dû faire quelques recherches pour éclairer cette révolution hygiéniste. J’ai été à mon tour surpris d’apprendre que la goutte et le vin étaient des denrées régulièrement distribuées aux enfants des campagnes françaises au début du XXe siècle. Il a fallu attendre 1956 pour que les pouvoirs publics interdisent l’alcool dans les cantines scolaires, mais uniquement pour les moins de 14 ans (!).

Qu’on s’entende bien: je ne regrette pas cette évolution. La consommation d’alcool constitue un danger objectif pour la santé des enfants et des adolescents. Le risque devient plus élevé encore quand sa consommation est banalisée. Mais il est tout aussi dangereux de le criminaliser – cela crée immanquablement des vocations. J’ose un conseil: faites ponctuellement goûter votre verre de (bon) vin aux enfants qui en font la demande en leur suggérant de cracher. L’occasion de les sensibiliser à la production du divin nectar, à ses effets positifs – il y a en – et aux dangers d’une consommation excessive. Pour la goutte, en revanche, j’éviterais sous peine de voir votre descendance paraphraser le p’tit Gibus: «Si j’aurais su, j’aurais pas venu.»