On vit une époque formidable. Alors qu’on n’est pas encore sorti de la guerre des capsules de café, c’est le vin qu’on embastille. Depuis début décembre, il est possible d’acheter du vin en tube hermétique de 10 cl, distribué ensuite par une machine intelligente, la D-Vine (notez le jeu de mots). Développée par une start-up française, elle permet de déguster un vin sous son meilleur jour grâce à des puces qui déterminent l’oxygénation et la température idéales pour chaque cru, une trentaine de références à ce jour.

J’imagine qu’il y a un marché pour la D-Vine – un sommelier connecté qui sert du vin en capsule, ça émoustille forcément les geeks. Pour les amoureux du goût, de la convivialité et de la diversité, en revanche, j’ai des doutes. Comme pour le café en dosette, le choix est restreint et la qualité toujours la même. C’est souvent bon, mais ça finit par lasser, comme les gens toujours de bonne humeur. Cette répétabilité est le moteur de ma rupture avec Nespresso, l’été dernier, après dix ans de relations tarifées. La ribambelle de ristretti pleins de fougue avalés lors d’un voyage en Italie m’a fait comprendre que j’avais fait le tour des capsules vantées par le beau George. Depuis lors, j’ai redécouvert l’odeur du café fraîchement moulu, la lecture dans le marc fumant et la poésie fugace d’un petit noir trop amer. Car, dans l’univers du café non aseptisé, l’imperfection existe. Pour séparer le bon grain de l’ivraie, il faut chercher, goûter, tâtonner. Se tromper, parfois. Tout le contraire du sur-mesure livré à domicile à des clients captifs.

L’idée de disposer de l’excellence gustative à n’importe quelle heure du jour et de la nuit est dans l’air du temps. Elle est 
au cœur d’un autre concept, gastronomique cette fois, 
développé par la cheffe étoilée Anne-Sophie Pic et un ancien de Nestlé, Jonathan Pennella. Ils proposent depuis peu une machine, encore une, qui permet de cuire ou de mettre à température idéale des plats conçus tout spécialement et convoyés par poste (LT du 24.10.2015). De la haute gastronomie, mais en capsule, avec l’espoir à peine voilé de devenir un hit mondial façon «what else». Cette perspective m’angoisse, mais 
peu importe: on vit une époque tellement formidable.