Un jour, une idée

Là où le vinyle s’émancipe du fétichisme

Si les murs ont des oreilles, ceux de la belle arcade de Dig it Records, près de la gare Cornavin, sont assez chanceux. C’est là que, dans les années 80, s’est ouvert le premier magasin de CD de la ville de Genève, ABCD Compact Disc. Elégant, chaleureux, fournissant de la musique de qualité, il fit rapidement un tabac. Hélas, ce succès attisa la fringale d’une petite chaîne de magasins gloutonne et sans vision, CityDisc, qui s’empressa d’ouvrir une succursale tout à côté, pour casser les prix – et les reins d’ABCD – avant de disparaître, dans l’indifférence générale. Clin d’œil de l’histoire, si bien des années plus tard l’enseigne a changé, l’esprit demeure, et l’adresse attire plus que jamais les amoureux de musique, du son. Et quels amoureux! Le magasin Dig it Records est quasiment entièrement dévolu à la recherche de ce support que l’on croyait perdu, désormais miraculeusement retrouvé, le vinyle.

L’endroit se prête bien à la chasse aux trésors. Les locaux sont spacieux, le choix est vaste et éclectique, et l’accueil diablement encourageant. Derrière un comptoir aussi large que son sourire, Jack Davet, le patron, guide, conseille, mais laisse aussi fouiller tranquillement dans les grands bacs où s’alignent les 33 et 45 tours. Acheteur depuis son adolescence, il n’a jamais complètement lâché les vinyles. Il s’y est progressivement consacré, par goût, avant même de reprendre il y a deux ans les rênes du magasin, dont il a refait la décoration, simple et accueillante. Dans le fond du magasin, une petite scène accueille une fois par mois des showcases et autres vernissages d’albums. Ici et là, il a glissé quelques clins d’œil à son autre passion, le vélo, et même, l’homme n’est pas sectaire, un petit choix de bons CD. Un coin canapé permet de s’attarder et, chose rare, on peut écouter les disques avant de les acheter.

Jack Davet le confirme, la clientèle est en progression constante, un phénomène qui va au-delà d’un simple engouement vintage. Mais il pondère: «Il y a de plus en plus d’amateurs de vinyles, mais avec la crise, ils achètent souvent moins à la fois.»

Et qui sont-ils, ces nouveaux amoureux du disque noir? Réjouissante nouvelle: la plupart sont très jeunes. Ayant grandi avec le numérique et le son compressé, ils sont friands d’autres sensations sonores, apprécient la beauté de l’objet, la grâce des diamants et des saphirs.

Mais les plus âgés aussi reviennent, nostalgiques. Ils ont jadis largué sans états d’âme leurs galettes et regrettent la chaleur du son, la superbe des pochettes. Et puis il y a les amateurs de toujours, hautement fidèles, qui viennent enrichir leur discothèque, échanger aussi, ou vendre certaines de leurs collections.

Lorsqu’on se penche sur les bacs, la force d’envoûtement opère. On est soudain submergé par un vertige de réminiscences devant une pochette ou enfiévré par le subtil grattouillis du son. Aux débutants, Jack Davet propose d’ailleurs un petit choix de bonnes vieilles platines, les meilleures. On irait bien refaire un tour.

Dig it Records, achat-vente-échange, 3, rue de la Servette, 1201 Genève. Tél. 022 733 71 80. Ouvert du mardi au vendredi de 11h à 19h, le samedi de 11h à 18h. Lundi fermé.