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Visite dans l’usine à rêves

Fondé en 1947 à Maranello, Ferrari symbolise l’automobile de super luxe et des bolides aux ronronnements uniques. Bienvenue dans un club très fermé

C’est une ville dans la ville où les rues portent des noms de pilotes de course. Et les véhicules qui circulent sur les routes sont parmi les plus exclusifs du monde. Bienvenue chez Ferrari, qui fait battre le cœur de Maranello, cité de taille moyenne située à quelques kilomètres de Modène. Là où Enzo Ferrari est né et où il a décidé, en 1947, d’installer son usine d’automobile.

Juste après le portique en briques qui porte les lettres jaunes de la marque se trouvent trois fenêtres en enfilade. On raconte que c’est depuis ce point stratégique que le patron surveillait le manège de ses employés. Mais on parle là d’un autre temps. Quelque 70 ans plus tard, le domaine du cheval cabré a pris une place folle sur le petit territoire de Maranello. Il ne cesse d’ailleurs de s’agrandir et de se moderniser.

Il faut dire que le constructeur italien est l’un des plus rentables de l’industrie automobile. Même s’il sort à peine plus de 8000 véhicules chaque année, la marge sur les ventes lui assure de solides retours sur investissement. L’entreprise aurait d’ailleurs la capacité d’en fabriquer un quart de plus. Mais la part du rêve, c’est aussi une affaire de rareté. Une rareté dont les prix affichés – l’entrée de gamme s’affiche aux alentours de 226 000 francs, options non comprises – ne démotivent pas une clientèle pour qui posséder une Ferrari est parfois un projet de vie.

Certains clients ont des désirs très précis, comme vouloir que leur voiture soit de la couleur exacte d’une Daytona de 1973

Luca Zanetti, directeur des ventes de Ferrari

Collection d’architecture

Depuis le milieu des années 1990, Ferrari invite aussi la crème de l’architecture à contribuer à sa légende. Renzo Piano a dessiné la soufflerie, Massimiliano Fuksas le centre de recherche et le siège de la marque et Marco Visconti le restaurant en forme d’aile où tous les employés déjeunent dans leurs combinaisons couleur rouge Scuderia.

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En 2009, les Ateliers Jean Nouvel livraient une nouvelle chaîne d’assemblage en couvrant la façade de l’ancienne avec des plaques d’un rouge brillant. A l’intérieur, deux lignes ultramodernes montent le modèle Portofino tout au long de 63 sections. «Il faut cinq jours pour construire une Ferrari de A à Z», explique le guide dûment assermenté tandis que des carrosseries, immobilisées dans leurs carcans d’acier, planent lentement au-dessus de la tête du visiteur. Comme ailleurs, le montage à la chaîne est strictement minuté. Un compte à rebours égraine les 19 minutes allouées à chaque poste. A la fin du temps écoulé, un tapis roulant déplace toutes les voitures à l’atelier suivant. Ici, on visse, on pose les moteurs usinés dans l’unité juste à côté, on tire les fils du cockpit électronique. On coud aussi les morceaux de cuir qui feront ainsi de chaque habitacle une pièce unique.

Bolide sur mesure

Ce concept de création haute voiture, c’est aussi le credo du constructeur italien, qui vient d’inaugurer son Centro Stile, bâtiment intégralement dédié à la personnalisation de ses véhicules. Baptisé «Tailor Made», le service permet aux propriétaires de customiser leur Ferrari dans les moindres détails. «Couleur de la carrosserie, choix du cuir, aménagement intérieur, ils peuvent presque tout configurer», explique Luca Zanetti, directeur des ventes de Ferrari, en dépliant un tissu à l’épreuve des balles. «Nos clients restent en moyenne une demi-journée pour imaginer leur voiture avec nos ingénieurs et nos designers. Nous leur proposons trois univers pour guider leur choix: Scuderia qui évoque la compétition automobile, Inedita pour tout ce qui concerne l’innovation dans les matériaux et les techniques, et Classica qui fait référence aux années 1950-1960, celles qui ont forgé la légende de la marque», poursuit le directeur des ventes devant une Ferrari Monza SP1 qui sortira en 2019. «Tout est fait pour que le client puisse venir ici sans idées préalables. Il arrive aussi que des clients déjà propriétaires de plusieurs Ferrari aient des désirs très précis, comme vouloir que leur voiture soit de la couleur exacte d’une Daytona de 1973.»

F1 aux enchères

En marge de ces fans absolus, Ferrari a inventé un club encore plus fermé. Conçus par le département Tailor Made, les modèles Piloti Ferrari sont réservés aux clients-pilotes de la marque engagés dans son programme sportif. Autant dire une poignée de privilégiés qui pourront choisir la livrée de leur Ferrari 488 Pista parmi les quatre couleurs proposées, toutes en rapport avec l’univers de la compétition automobile: Rosso Corsa, Blu Tour de France, Nero Daytona ou Argento Nürburgring. Pour les reconnaître dans la rue? C’est facile, elles sont les seules à arborer une bande vert-blanc-rouge qui les traverse du capot à l’aileron arrière.

La course justement. Elle fait la fierté de la Scuderia et de ses tifosi. Un peu à l’écart de l’usine Ferrari, la piste d’essai de Fiorano permet aux ingénieurs, mécaniciens et pilotes de tester les prototypes et aux particuliers de faire rouler leur Formule 1. Car oui, on peut s’offrir l’une de ces bombes des circuits mis à la retraite après quelques années de bons et loyaux services. Cela dit, il faut montrer patte blanche avant d’espérer s’asseoir dans le baquet de Kimi Räikkönen. «Elles sont destinées à nos meilleurs clients, qui les achètent dans le cadre d’enchères que nous organisons», reprend Luca Zanetti. Patte blanche, mais aussi gros compte en banque. D’autant qu’au prix de la voiture, il faut ajouter celui de l’entretien. Comme pour les avions, ces pièces de collection bénéficient des soins de techniciens dédiés qui, tous les jours, assurent la maintenance de ces engins mythiques.

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