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Vivienne Westwood en février 2015 à Londres.
© Ian Gavan

Mode

Vivienne Westwood, grande prêtresse du punk

Créatrice anti-establishement et femme engagée, la styliste britannique se souvient des origines du punk. Rencontre

C’était une froide matinée il y a quelques hivers de cela. Elle était venue soutenir «GreenUp», une action lancée par le Programme Environnemental des Nations unies. Incandescente, elle a parlé d’écologie nécessaire, d’éducation et de son histoire à elle, qui s’est confondue avec celle de la musique et des nations. En 1971, elle s’était installée avec Malcolm McLaren son deuxième époux, au 430 King’s Road à Londres dans une échoppe qui s’appellera successivement Paradise Garage, Let it Rock, Too Fast To Live Too Young To Die ou Seditionaries, avant de devenir Sex. Et comme elle donne très peu d’interviews, on ouvre les guillemets et on l’écoute.

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«On ne parlait que des hippies»

«Mon petit ami avait des idées de rock’n’roll à l’époque où l’on ne parlait que des hippies. Il était étudiant en art et ses amis étaient tous habillés comme James Dean. Ils préféraient la mode des années 50, alors que nous étions en plein Flower Power. Moi, bien qu’institutrice à l’époque, je leur confectionnais des pantalons et différentes pièces dont ils avaient envie. Ce petit ami avait acheté des dizaines de disques de rock’n’roll, du genre qu’on n’aurait jamais entendu à la radio. Mais la musique, comme le reste, c’est cyclique. A chaque époque, les gens reviennent vers le passé. Après le retour des fifties puis des sixties, voilà que les gens ne jurent plus que par le punk. Quand, dans les années 1970, Yves Saint Laurent a sorti une merveilleuse collection inspirée des années 40, le public l’a boudée, estimant qu’elle était passéiste. Yves Saint Laurent adorait les femmes. Il les rendait uniques et importantes. Il n’existe aucun créateur comme lui.»

Aider le petit ami

Elle continue: «Moi, je n’ai jamais voulu être styliste. A l’époque où je cousais pour les amis de mon compagnon, je ne rêvais que d’entrer à l’université, pour étudier la littérature française. Mais j’ai choisi d’aider ce petit ami, qui venait d’acheter aux puces tous ces vieux vinyles, pour les revendre. Il a ensuite eu l’idée de vendre aussi des vêtements dans cet esprit rock’n’roll, alors j’en ai fabriqué pour lui. C’était McLaren. Pendant quinze ans, j’ai détesté faire ça. Ça ne me plaisait pas du tout. Dès que j’avais fini de coudre un pantalon, je pouvais enfin retourner à la lecture de mon livre. C’était un travail très dur, et le meilleur moment pour moi, c’était quand j’avais fini et que je pouvais retrouver ma bibliothèque. Après quinze ans, il m’a dit un jour: «Soit tu changes de boulot, soit tu commences à aimer celui-là.» Alors j’ai décidé d’aimer mon métier. C’est aussi simple que cela. Et j’ai fait le bon choix. Je me suis toujours demandé comment rendre le monde meilleur, je suis ravie que la mode m’offre une plate-forme de parole pour m’exprimer sur ce sujet. C’est devenu un moyen d’expression. Je suis très heureuse à l’idée de pouvoir faire une différence. Pas seulement moi, mais aussi tous les gens avec qui je travaille.»

Elle a habillé les Sex Pistols

Vivienne Westwood a ainsi habillé les Sex Pistols, dont McLaren était le manager, et chaque pièce de vêtement qui sortait de leurs ateliers était aussi un manifeste politique. Son cri de guerre? «Do It Yourself!» En plaisantant, elle raconte d’où viennent les fameuses épingles à nourrice: «Un jour où les pantalons des rockers à pogo dans la maison tombaient en morceaux, je les ai raccommodés avec les épingles à nourrice des langes de mon bébé!» Un trait d’humour? Quoi qu’il en soit, elle a réellement poussé la jeunesse londonienne à s’emparer de ciseaux et d’épingles à nourrice pour fabriquer les habits qui lui ressemblaient.

Agée de 75 ans et mariée à Andreas Kronthaler, de vingt-cinq ans son cadet, qui signe désormais les collections de sa marque, Vivienne Westwood n’a cessé depuis quarante ans de promouvoir la liberté, la culture et la «contre-culture», pour ouvrir les esprits tout en subtilité, avec élégance.

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