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Une tenue en soie végétalienne inspirée de la soie d’araignée, par Stella McCartney.
© Stella McCartney

20 ans

Voici la mode d’après-demain

Smart textiles, matières naturelles de synthèse, upcycling: la technologie bouscule les codes et les pratiques du milieu de l’éphémère

Le Temps fête ses 20 ans ces mois. Né le 18 mars 1998, il est issu de la fusion du Journal de Genève et Gazette de Lausanne et du Nouveau quotidien. Nous saisissons l’occasion de cet anniversaire pour revenir sur ces 20 années, et imaginer quelques grandes pistes pour les 20 suivantes.

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La scène avait fait fantasmer des millions d’ados. Dans Retour vers le futur 2 de Robert Zemeckis, le jeune héros Marty McFly enfilait, médusé, une paire de Nike auto-laçantes. Nous étions en 1989. En 2016, presque trente ans plus tard, l’équipementier américain présentait la HyperAdapt 1.0, sa première chaussure de sport à laçage automatique, activé grâce à des capteurs situés au niveau du talon. Deux boutons situés sur le côté de la chaussure permettent d’ajuster le serrage.

Cette anecdote peut paraître sans intérêt, sauf qu’à elles seules ces baskets disent le spectaculaire rapprochement qui s’opère depuis quelques années entre mode et nouvelles technologies, réalité et fiction. Si bien que le futur du vêtement est désormais indissociable de la quatrième révolution industrielle.

Smart textiles

«Cela n’a rien d’utopique, nous entrons dans l’ère des textiles intelligents et des technologies portables», confirme Pascaline Wilhelm, directrice mode du salon textile Première Vision, à Paris, qui a lancé en février 2017 Wearable Lab, un village de 900 m² entièrement dédié à la Fashion Tech. Cuirs à base de collagènes, tissus produits à partir de bactéries, t-shirts connectés indiquant les pulsations cardiaques ou encore Google jacquard aussi sensible que l’écran d’un smartphone: la tendance est aux technologies qui simplifient le quotidien.

«L’obsession des individus, toutes générations confondues, c’est la santé, le bien-être, le confort. Dans les deux prochaines décennies, il faut s’attendre à des vêtements connectés, bienveillants, qui enveloppent le corps mais le prolongent également, car il y a une obsession pour le corps augmenté, la performance, l’idée d’immortalité», développe Vincent Grégoire.

Pour le directeur prospectif chez NellyRodi, à Paris, la mode du futur sera à l’image d’une doudoune Uniqlo: un mélange de technicité et de fiabilité très haut en couleur, car «les nouvelles générations vivent dans un univers où la lumière est omniprésente, ne serait-ce que derrière les écrans. Les millennials aiment les teintes fortes, les fibres synthétiques. Ils ont un rapport fluorescent, exagéré au vêtement, il y a toujours un côté festif.»

Responsabilité écologique

Apprivoiser le futur, oui, mais de façon responsable. «La mode est chahutée, en ce moment. On a vu beaucoup de manifestes anti-système, de burn-out, de gaspillage. Le milieu se questionne sur son utilité et son empreinte écologique», expose Vincent Grégoire. Dans l’industrie du luxe, la prise de conscience a déjà commencé. Pendant la Fashion Week de Paris d’octobre 2017, Stella McCartney présentait en coulisses de son défilé d’élégantes tenues en soie végétalienne inspirée de la soie d’araignée, résultat de sa collaboration avec l’entreprise de biotechnologie Bolt Threads.

«Il n’y a rien de moderne dans la production et l’approvisionnement de la mode aujourd’hui. C’est même, franchement, assez médiéval. Nous tuons des milliards d’animaux et laissons une empreinte écologique extraordinairement négative sur la planète. C’est cruel, barbare et non nécessaire. Maintenant, nous pouvons utiliser la technologie et l’innovation pour changer», déclarait la créatrice britannique au site spécialisé Fashion Network.

Il faut s’attendre à des vêtements connectés qui enveloppent le corps et le prolongent

Vincent Grégoire, chasseur de tendances

De l’araignée à l’orange, il n’y a qu’un pas, franchi par Salvatore Ferragamo. En collaboration avec la start-up Orange Fiber, la marque italienne a lancé l’année dernière une ligne de chemises, pantalons ou encore robes en fibres d’agrumes. Eh oui: chaque année, l’Italie produit plus de 700 000 tonnes de résidus d’oranges et leur élimination présente un impact considérable pour l’environnement. Après avoir récolté des peaux d’oranges issues de sites de production de jus, Orange Fiber les transforme en fils de cellulose – ressemblant à de la soie – ensuite tissés pour le marché du luxe.

L’upcycling inspire aussi beaucoup les jeunes designers. A seulement 26 ans, le Valaisan Kevin Germanier a lancé sa marque de «fast couture» Germanier: des vêtements ultra-féminins confectionnés à partir de déchets textiles comme des t-shirts ou des jeans présentant de petits défauts de fabrication. Cet alumnus de la célèbre Central Saint Martins de Londres a également développé sa propre technique de broderie au silicone, qui lui permet d’orner ses robes de milliers de perles en un temps record: 26 heures de travail pour une pièce contre un mois et demi avec une technique de broderie standard. Résultat, des modèles ultra-colorés et sculpturaux qui ont déjà séduit Björk, Lady Gaga et Beyoncé. «La mode éthique, ce n’est pas nécessairement des vêtements en lin, même si je n’ai pas de problème avec ça. On peut produire des robes glamour et sophistiquées avec peu de moyens et peu de temps. C’est ça, le futur pour moi.»

Nouvel artisanat

Comme le suggère Kevin Germanier, les produits high-tech doivent aussi être des produits de mode. Ils doivent receler une sensorialité, une émotion. Un désir. Pour dépasser la simple technologie, il est donc important de la faire dialoguer avec des méthodes plus traditionnelles de production. Utiliser la technique pour mieux la dépasser. «Il faut arrêter de diaboliser les machines. Il y a la place pour un nouvel artisanat qui mette à profit les outils digitaux. Entre la main de l’homme et la technique, il y a convergence et non opposition», insiste Vincent Grégoire de chez NellyRodi.

Ce n’est pas Iris van Herpen qui dira le contraire. Depuis son arrivée sur les podiums parisiens de la haute couture en 2011, cette Néerlandaise de 33 ans surprend et déroute par ses créations à l’esthétique avant-gardiste, mélange d’artisanat et d’innovations technologiques: robes entièrement imprimées en 3D, exosquelettes en bois, silhouettes biomorphiques en polyéthylène glycol, rhodoïd ou plexiglas.

«L’artisanat et les technologies sont interdépendants. Aucune de mes robes ne pourrait être produite avec un laser ou une imprimante 3D sans l’aide de nombreuses mains. Par ailleurs, si vous regardez l’histoire, l’artisanat a toujours été une forme d’innovation. Aujourd’hui, les machines ont changé et nous utilisons beaucoup de médiums digitaux, mais le principe reste le même: l’esprit humain crée quelque chose qui n’existait pas auparavant. Chaque artisanat renferme des milliers d’années de savoir, et si on n’en tient pas compte, on retourne en arrière. C’est pourquoi j’essaie à̀ travers mes collaborations de créer des hybrides entre nouvelles et anciennes techniques. Je crois vraiment qu’avec cette combinaison, un autre type d’innovation est possible», confiait la créatrice au Temps en décembre dernier.

A ce sujet:  Iris Van Herpen: «L’art et la science sont liés: ils questionnent tous deux la vie»

Interdisciplinarité

Comme Iris van Herpen, Clara Daguin est une artiste qui utilise la technique pour rendre visible l’indicible. En 2016, cette Franco-Américaine élevée dans la Silicon Valley a fait sensation au Festival de Hyères grâce à ses vêtements rebordés de LED réagissant à la chaleur du corps. «La technologie ne cesse de diminuer en taille, et je suis sûre que dans vingt ans il sera plus facile de l’intégrer de manière discrète et invisible», explique celle qui maîtrise aussi les outils du graphisme et du Web. Pour Vincent Grégoire, cette interdisciplinarité est au cœur du futur de la mode. «Ce milieu a un problème de consanguinité, il est essentiel de s’ouvrir à d’autres univers. C’est ce qu’avaient fait des précurseurs comme Issey Miyake.»

Ou comme Ying Gao, designer de mode et ancienne directrice du département design mode de la HEAD-Genève. La Canadienne aborde le vêtement de façon expérimentale et technologique pour critiquer la transformation de l’environnement social et urbain. Inspirée de la ville, de l’architecture et des multimédias, elle crée des pièces interactives qui bougent, réagissent à la présence des visiteurs, respirent. «J’aime penser que je suis une designer multidisciplinaire, car la redondance m’ennuie. Le fait de ne pas travailler uniquement dans le circuit de la mode me permet d’explorer d’autres horizons, et d’autres styles. Pour expérimenter librement, je sais qu’il est essentiel d’aller vers d’autres domaines: le cinéma, les arts médiatiques, l’urbanisme, la philosophie, etc.»

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