Rencontre

Tous les voyages à vélo mènent à Lausanne

La capitale vaudoise accueillera le premier festival consacré au voyage à vélo. L’occasion de fédérer une communauté grandissante

Des mois, voire des années qu’ils ont passés à arpenter les routes. La bicyclette est leur dénominateur commun. La passion les fédère. Pour eux, le voyage se déguste dans son plus simple appareil. Nomades, tout ce qui leur est nécessaire tient dans quelques sacoches. Leur monture alourdie leur enseigne la valeur de la lenteur. Si ces voyageurs ont choisi le vélo pour arpenter la planète, c’est pour se rapprocher du monde. Mais c’est surtout pour s’approprier une richesse qu’on ignore: avoir le temps.

Une communauté importante

Ils sont aujourd’hui suffisamment nombreux pour former une communauté. C’est pour la consolider en Suisse que certains d’entre eux ont lancé la première édition du Festivélo. Trois jours, du 3 au 5 novembre, entièrement consacrés au voyage à vélo.

Bien qu’encore jeune, cette communauté s’est fortement élargie ces dernières décennies. C’est le constat que fait Claude Marthaler. Voyageur à vélo depuis plus de seize ans et écrivain, il a été nommé parrain de l’événement: «A l’époque, le voyageur à vélo était un homme seul, d’une trentaine d’années, plutôt occidental. Aujourd’hui, autant des femmes que des familles choisissent ce moyen de transport pour partir à la découverte. La pratique s’étend aussi aux autres continents», décrit-il.

Figure légendaire

Voyager à vélo serait devenu tendance? Si l’on en croit le développement de l’offre de matériel sur les marchés spécialisés, c’est le cas. «De nos jours, le voyageur à vélo n’est plus considéré comme un original. Il y a trente ans, cette pratique était exceptionnelle. Maintenant, c’est possible. C’est plus simple aussi», sourit l’homme que le milieu des vagabonds du cycle considère comme pionnier.

Au vu de tous les voyages qu’il a entrepris, Claude Marthaler est la figure incontournable à la tenue d’un festival de cyclo-voyageurs. Parlez-lui d’Egypte, il vous décrira le raccourci à prendre pour aller chez le cordonnier d’un village niché au bord du Nil. Evoquez la route des Indes, il vous en décrira toutes ses déclinaisons. L’odeur du pain frais dans un quartier de Bichkek, les ombres au soleil couchant sur Samarcande, l’accueil de cet habitant tadjik ne sont qu’une infime partie des souvenirs innombrables qu’il a accumulés. Ce n’est donc pas étonnant qu’il ait inspiré de nombreux voyageurs.

Au Festivélo, rassemblés en association, tous les organisateurs ont pédalé sur les routes du monde à bicyclette. Ayant pour objectif principal la transmission des aventures de chacun et la réunion des protagonistes, l’événement n’a aucun but lucratif et fonctionnera grâce à l’aide de bénévoles. «C’est un projet collectif, chacun y amène du sien et nous tenons fortement à cela», précise Claude Marthaler.

Numérique ou diapositives

Conférences, tables rondes et films sont notamment au programme. «Il y aura aussi des séances diapos», glisse le voyageur qui observe l’évolution numérique de son milieu avec méfiance. Lui qui était parti avec pour seule volonté de voyager et découvrir s’étonne de voir tant de personnes liées à une masse de «followers» et s’exprimant en «hashtags» sur les réseaux sociaux. «Internet nous pervertit, regrette-t-il. Il y a de plus en plus de concurrence parmi les voyageurs. Chacun veut se démarquer des autres, donc chacun doit trouver un prétexte à son échappée. L’ennui est d’ailleurs tabou. Alors qu’il est, qu’on le veuille ou non, inhérent à toute aventure.» Le voyage à vélo, c’était donc mieux avant? L’homme rit. «Non! Rien, pas même Internet, ne remplacera l’expérience unique du voyageur lui-même.»

Nikola Sanz, qui a terminé un voyage à vélo entre l’Inde et la Suisse il y a deux ans, ne s’est, lui, pas ennuyé un instant. Il était parti pour le mariage d’un ami en Inde et en est simplement revenu à vélo. «L’idée m’est apparue comme une évidence, se souvient-il, et le trajet a été dicté par la géographie et la politique.» Il a parcouru 8493 km au rythme de ses mollets, «en sept mois et des poussières», tout en s’octroyant quelques tronçons en camion ou en avion. «C’est le plaisir du voyage qui compte avant tout pour moi», précise le jeune homme, qui publie le livre de photographies 8493, tiré de ce périple, et le présentera ce week-end.

A l’image de ces intervenants, le festival lausannois se veut authentique et humain. Entre les murs du collège de Béthusy, à Lausanne, une quinzaine de conférenciers se succéderont. Et chacun d’entre eux apportera un ingrédient qui participera sans doute à une invitation au voyage.


Plus d’informations sur www.festivelo.ch

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