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Yolanda Zobel «Etre consciente des problèmes actuels est un moteur au quotidien»

Avec sa dernière collection capsule, la directrice artistique de Courrèges envoie un signal clair pour un monde plus engagé et durable

T Magazine: Comment êtes-vous arrivée à la décision – risquée - de transformer intégralement l’identité futuriste de la marque, en renonçant à sa matière phare?

Yolanda Zobel: Etre futuriste, qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui? Pour que le futur puisse exister, nous devons agir, maintenant. Le monde étouffe sous le plastique. De son obsolescence dépend notre futur. J’ai donc voulu trouver comment honorer un maître du revêtement plastique dans un environnement post-plastique. Et j’ai décidé d’utiliser les derniers centimètres de notre stock de vinyle pour faire une collection capsule, une série limitée au sens le plus profond du terme. Il s’agit d’envoyer un message de durabilité plus grande, tout en œuvrant à développer des matériaux alternatifs.

Existe-t-il, aujourd’hui, une ou plusieurs matières innovantes porteuses d’une puissance symbolique aussi forte que le plastique dans les années 1960?

Etre dans la recherche permanente, être consciente des problèmes actuels est un moteur au quotidien. Cela me permet de trouver de nouvelles manières d’exprimer notre message. Autant que possible, nous nous engageons dans la recherche de matières recyclables et durables et dans des procédures de recyclage de textiles existants, comme l’éco-nylon ou le coton bio.

Etes-vous marquée à titre personnel par des engagements en matière d’écologie et de développement durable?

Au bureau comme chez moi, j’agis concrètement pour générer moins de déchets. Depuis que j’ai rejoint la maison Courrèges, nous avons abandonné l’usage des bouteilles en plastique jetables, remplacées par des fontaines à eau. Plus de couverts en plastique non plus. Nous travaillons également à améliorer les circuits de recyclage dans les bureaux.

Comment définiriez-vous la vision du futur portée aujourd’hui par Courrèges, notamment avec la fin du plastique?

C’est un projet très réfléchi: être conscient de ce qui nous entoure, et même de ce qui existe au-delà de nous. Courrèges a mis le plastique à la mode. Il l’a rendu désirable parce que le plastique symbolisait le futur. En 2018, la marque invente une manière ludique de créer avec le reste de son stock afin d’attirer l’attention sur un problème sérieux. C’est la fin du plastique Courrèges et le passage de relais à de nouveaux matériaux durables, de nouvelles méthodes de travail et de pensée.

Vous avez invité Christophe Hamaide-Pierson à imaginer un environnement global à partir de ces stocks. Pourquoi collaborer avec un artiste?

Les artistes peuvent questionner, commenter un sujet à travers leur propre prisme. C’est exactement ce qu’a fait Christophe Hamaide-Pierson avec cette boutique éphémère: exprimer visuellement l’idée de la fin du plastique, dans une installation totale – fun et immersive – tout en y incorporant le vinyle Courrèges. Ce geste artistique, avec ce all-over infini, confère une énergie communicative à tout l’espace. La collaboration artistique est au cœur de ma philosophie.

Combien reste-t-il à l’heure actuelle de mètres de vinyle dans les stocks?

3000 m.


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