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Illustration.
© Lea Chassagne

Epoque

«Zen, moi, jamais!»: face à l'overdose des injonctions au bien-être, la révolte gronde

Allergiques aux tapis de yoga, réjouissez-vous! Il est possible de lâcher prise en cassant de la vaisselle ou en la laissant s’entasser dans l’évier, grâce à un nouveau courant qui prend le contre-pied de tous les dogmes actuels du bien être. Grisant

Le marché du zen s’est envolé à un niveau stratosphérique: il existe désormais plus de 1000 applis de méditation, telle Headspace, déjà téléchargée 11 millions de fois dans 22 pays… En cinq ans, quelque 45 000 articles et travaux universitaires sur les bienfaits de la méditation ont également été publiés selon le New York Times, et le mot «mindfull» (pleine conscience) se retrouve jusque sur des pots de mayonnaise et de peinture aux Etats-Unis.

Lire également: A l’école, méditer pour mieux apprendre

Début septembre, The Guardian notait également une augmentation de 13,3% des ventes de livres promettant le bien être grâce aux recettes de sagesse. Hélas, rester bien docile sur une chaise ou un tapis de yoga pour mieux accueillir l’ici et maintenant peut virer à la séance de torture pour certains impulsifs. Avec, en plus, le sentiment d’être inadaptés au bonheur contemporain.

Thérapie par la destruction

C’est pour décomplexer ces récalcitrants aux exercices de tempérance que Donna Alexander a créé, dès 2011, sa première Anger Room à Dallas; une salle de colère où, moyennant 25 dollars, n’importe qui peut venir se défouler en fracassant tout ce qui s’y trouve – téléviseur, statue de plâtre, réveil, vaisselle – à grands coups de batte de baseball, marteau, ou club de golf. «J’ai voulu offrir un endroit où se débarrasser de son stress sans être jugé, et permettre à beaucoup de réaliser ce dont ils ont toujours rêvé en secret: tout péter», expliquait récemment à la presse américaine la créatrice de cette forme de thérapie par la destruction. Qui connaît un succès fulgurant dans toutes les grandes villes américaines où les statues de plâtre à pulvériser prennent de plus en plus l’allure de Donald Trump…

La seule question à se poser est: qu’est-ce qui me convient à moi? Donc ni la thérapie du voisin, ni les séances de médiation du collègue

Blandine Daveau, auteure de Fuck Therapie

Depuis deux ans, la société 10Torsions, spécialiste de séminaires d’entreprise en France et en Suisse, propose aussi des Rage rooms. Là, deux fois par mois, des cadres sous pression généreusement invités par leur DRH peuvent propulser contre le mur la vaisselle de leur choix (de la petite tasse en porcelaine à l’énorme soupière), après y avoir inscrit ce qui les agace: «Cela va du voisin au fisc en passant par les embouteillages, raconte Pierre Vatageot, directeur commercial de 10Torsions. Les clients nous disent que la casse leur procure un immense apaisement, car ils trouvent peu d’exutoires ailleurs.»

Cure libératrice

Devant l’essor des salles de colère, certains psys se mettent à critiquer la méthode, jugée peu constructive, voire déviante. Pour souder les équipes après la séance de destruction, 10Torsions organise de son côté une grande séance de recollage des morceaux en groupe… Mais selon la thérapeute et sophrologue Blandine Daveau, casser pour casser constitue une vraie cure libératrice, sans avoir besoin de réparer. «Nous sommes dans une société très lisse, où il est mal vu de lâcher ses émotions, souligne-t-elle. Il ne faudrait jamais déborder, et soigner ses frustrations par le zen. Or on a parfois besoin de lâcher ses émotions viscérales, comme la colère. Ou juste crier dans une époque où les open spaces nous réduisent au silence. Pour libérer son cri, je recommande une autre thérapie formidable qui s’appelle le théâtre: on y apprend, entre autres, à crier vrai.»

Blandine Daveau, qui croit pourtant aux vertus de la psychothérapie, a publié un ouvrage intitulé Fuck Therapie, dédié aux réfractaires de la parole en face-à-face. «J’ai fait ce livre car pour trouver la paix intérieure, la seule question à se poser est: qu’est-ce qui me convient à moi? Donc ni la thérapie du voisin, ni les séances de médiation du collègue…» Et si c’était la thérapie très particulière de lâcher prise proposée par le britannique John Parkin, via son best-seller: Rien à foutre, l’ultime voie spirituelle. Selon ce coach du bien être pourtant spécialiste de sagesse orientale, proférer le mantra «rien à foutre» dans les situations de stress, et même faire preuve de cynisme, a autant de bienfaits sur le cerveau que tous les exercices de pleine conscience. Il organise aussi des retraites Fuck-it en Italie, qui mixent relaxation et lâcher prise par les jurons, qui ont d’ailleurs de vrais pouvoirs analgésiques selon diverses études scientifiques.

Joyeux bordel

Dans la même veine, le philosophe Fabrice Midal organise en France des séminaires «Foutez-vous la paix», et a publié le guide: Foutez-vous la paix et commencez à vivre. Adepte lui-même de méditation, il propose des exercices de contournement à ceux qui y sont allergiques: «Cessez de méditer: ne faites rien. Cessez d’être calme: soyez en paix. Cessez de discipliner vos enfants: la méditation n’est pas de la Ritaline…»

Lire aussi: Fabrice Midal, gourou pragmatique

Des ouvrages de lâcher prise encore trop teintés de bouddhisme? Heureusement, il reste une voie spirituelle de secours: De la joie d’être bordélique, l’anti-art du rangement, de la canadienne Jennifer McCartney, qui pulvérise tous les préceptes de rangements prônés par la star du zen par le vide Marie Kondo, celle qui prétend que «vivre dans une maison ordonnée influe de manière positive sur tous les autres aspects de votre vie». Judicieusement, Jennifer McCartney rappelle que ranger à outrance risque de nous «coincer dans des manies répétitives et peu épanouissantes». Et que la créativité naît du désordre, pas du vide. «L’important est de ne pas suivre les dogmes s’ils sont imposés, conseille Blandine Daveau. Donc si aller bien pour vous passe par l’apéro-thérapie, ne vous privez pas…»

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