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Zoë Kravitz/Louis XVI

Des avatars, tous des avatars! Nos idoles, nos modèles et même nos repoussoirs, tous, ils ne sont que les déclinaisons d’un nombre limité de figures identificatoires. La preuve? L’actrice people Zoë Kravitz, c’est Louis XVI tout craché

Louis! Louis! Louis, sors de ce corps de starlette hollywoodienne! Parce que cela saute aux yeux: Louis XVI et l’actrice américaine Zoë Kravitz ne sont qu’un seul et même personnage. Je m’en vais vous le démontrer. Thèse, antithèse, foutaise.

Zoë Kravitz, d’abord. On a beaucoup parlé d’elle, récemment, quand on a appris qu’elle serait Catwoman dans le prochain Batman. En fait, on parle d’elle depuis le 1er décembre 1988, date de sa naissance dans un quartier overchic de Los Angeles. Parce qu’elle est la fille de l’actrice Lisa Bonet et celle de Lenny Kravitz, rocker-producteur-popstar tendance paillettes, malgré ses efforts capillaires pour avoir l’air d’un garçon torturé.

Zoë vit son enfance à la campagne, avant de déménager à New York pour fouler les tapis rouges et marcher sur les brisées de son célèbre papa. A l’heure où une préadolescente bien de chez nous révise son der-die-das, Zoë pose pour Calvin Klein, défile pour de grandes marques du luxe, chante et fait ses premiers pas d’actrice à succès. Bientôt, elle jouera dans des blockbusters comme X-Men ou Mad Max, dans des séries à succès comme Californication et Big Little Lies mais aussi dans des films indépendants promis à l’échec commercial. Sinon, Zoë a eu une liaison avec le canonissime Michael Fassbender. Elle a 55 tatouages. Elle défend des bonnes causes… Si je vous dis qu’elle était une ado si complexée qu’elle alterna les crises d’anorexie/boulimie, je devine vos pensées: cette Zoë aligne le parfait pedigree de la «fille de…» qui n’a aucun mérite sinon celui d’illustrer comment le show-biz, désormais, est une usine qui reproduit ses stars à la chaîne. Tenez, je vois même le mépris qui vous fait lever les yeux au ciel – merci de rabaisser votre regard pour continuer à lire ces lignes que je me suis quand même donné beaucoup de mal à écrire.

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Et Louis XVI, alors? Nous y voilà. Né en 1754, il épouse à l’âge de 16 ans une certaine Marie-Antoinette, bien connue pour son amour de la brioche et des macarons Ladurée. Il monte sur le trône à l’âge de 20 ans et mourra décapité en 1793. La chronique le dépeint comme un homme très grand à la complexion molle, un médiocre longtemps incapable d’honorer son épouse, un timide se réfugiant dans la chasse et le bricolage option serrurerie. Bref, comme un pauvre type qui n’aurait pas vu passer le puck de la Révolution française. Comme on dit: ce Louis XVI est une fin de giclée. Sauf que pas tout à fait. Tout velléitaire qu’il fût, Louis XVI fut aussi un petit révolutionnaire, il abolit le servage et la torture. Et s’aliéna, ainsi, l’appui de la noblesse et du clergé.

La figure de Louis XVI et celle de Zoë Kravitz sont tricotées dans le même tissu: celui du mépris. Le premier passe pour un nul aux yeux des gens peu instruits. La seconde pour une marionnette au regard des gens cultivés qui croient que toute star fille d’une autre star ne possède pas de mérite personnel… Car les people, nos idoles ou nos contre-modèles nous inspirent, bien sûr. Mais ils servent tout autant à nous sentir supérieurs, ils sont les déversoirs de notre bile amère et de nos ratages existentiels. Ils nous aident à nous imaginer un peu moins ternes que nous ne le sommes. A croire à l’illusion de notre mérite. Les people? Des marqueurs de classe, malgré tout, malgré nous.

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