Privilégier les activités des riverains, plutôt que la circulation. Dans nos villes, les zones limitées à 30 km/h veulent favoriser le vivre-ensemble. A Sierre, à quelques encablures de la gare, cette réalité est poussée à son paroxysme. Depuis fin 2015, les six vitrines du haut de la rue Centrale sont devenues une galerie d’art.

Baptisé Zone 30, cet espace culturel est né dans la tête de l’artiste mexicaine Beatriz Canfield, qui a habité un bâtiment limitrophe, avant de rejoindre son pays natal. «L’objectif est de décontextualiser l’art, indique la photographe Florence Zufferey, qui co-gère désormais la galerie avec l’artiste peintre Pierre Zufferey. Nous souhaitons le mettre à la disposition de tous, en cassant la barrière qui consiste à devoir entrer dans un musée pour en profiter.»

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Gérée bénévolement par des artistes, Zone 30 offre six expositions gratuites par année. Depuis la fin de février et pour deux mois, c’est la photographe valaisanne Aline Fournier qui est mise à l’honneur, en collaboration avec la peintre sierroise Céline Salamin et l’entrepreneur touche-à-tout Nicolas Fontaine. Pourtant pas la trace d’une seule photographie dans cette exposition. Vous y verrez une plante sous perfusion, des fruits et légumes qui pourrissent ou encore un morceau de gazon. Le concept: enfermer la nature entre quatre murs exigus en milieu urbain et observer son évolution.

Après trois années passées dans son mayen sis au milieu des pistes de ski de Nendaz, à fuir la civilisation pour mieux se retrouver, Aline Fournier débarque, l’été passé, à Sierre pour reprendre ses études. «En ville, tout est contrôlé par l’homme, même la nature. Je me suis sentie m’éteindre à petit feu à l’intérieur. J’ai eu envie d’explorer cette sensation», indique la photographe.

Les éléments sont choisis pour qu’ils ne dépérissent pas tous au même rythme. A la fin d’avril, l’exposition ne ressemblera en rien à ce qu’elle était lors de son vernissage. «L’artiste, à présent, c’est la nature. Elle nous épate et nous surprend. C’est incroyable de penser qu’une nature qu’on enferme dans un lieu hostile a un tel potentiel de vie et de résilience. Elle est absolument incontrôlable, et cela est merveilleux», se réjouit Aline Fournier.

La photographe cédera sa place à Beatriz Canfield. Un petit clin d’œil au destin, à l’heure où une galerie similaire pourrait voir le jour au Mexique.


Aline Fournier, «Nature domestique», Zone 30 Art public, rue Centrale 6, Sierre, jusqu’au 29 avril. Retrouvez tous les articles de la rubrique «Un jour, une idée».