«La ligne de conduite d’AMAG est très faible»

En ligne de mire depuis le scandale des moteurs diesel truqués, les vendeurs de voitures Volkswagen (VW) sont les cibles premières des clients. «Est-ce que ma voiture est concernée? Qu’est-ce qui risque de se passer?» Deux questions que les concessionnaires VW entendent une dizaine de fois par jour. «Aux clients, on répond de ne pas céder à la panique, que les allégations de la presse concernant les véhicules européens n’ont rien de fondé», explique ce directeur d’un garage de La Côte. «Par précaution, nous ne vendons pour l’instant plus de voitures neuves diesel. Mais pour les modèles d’occasion, on ne sait vraiment pas quoi faire, la ligne de conduite d’AMAG [importateur exclusif de VW en Suisse] est très faible. On en sait plus par les médias que par notre groupe.» AMAG a en effet attendu lundi le retrait de 128 802 véhicules. «La presse titrant que les propriétaires privés seraient aussi concernés par l’interdiction de revendre leur auto a remis de l’huile sur le feu», avoue l’homme, dépassé.

L’attente du 7 octobre est évoquée plusieurs fois. «On a lu dans la presse que c’est la date à laquelle le groupe VW doit communiquer en Allemagne, on espère recevoir en même temps des informations concernant la Suisse!» Les communications sont «floues» et «reçues au compte-gouttes». Des newsletters envoyées par le groupe AMAG à ses concessionnaires expliquent que les motorisations les plus récentes, nommées EURO 6, satisfont aux exigences légales et environnementales, qu’une enquête est en cours à l’issue de laquelle une explication sera fournie pour chaque modèle, et que le groupe communiquera dès que possible. «On est un peu énervé, c’est vrai, parce qu’on se sent laissés pour compte, concède le vendeur d’un garage genevois. On est au front et on attend la cavalerie!»

«Nous ne cachons rien»

La cavalerie, Volkswagen Suisse l’attend aussi. «Ce n’est pas nous qui pouvons donner des réponses aux concessionnaires», répond son porte-parole Livio Piatti. «Nous ne sommes que les importateurs et attendons les informations techniques qui viendront du constructeur.» Le groupe dit préférer la minutie à la vitesse de communication qui risquerait d’être erronée. «Nous avons travaillé avec Wolfsburg tout le week-end. Nous ne cachons rien mais ne pouvons pas aller plus vite.»

Autre source d’énervement chez les concessionnaires: les médias. L’ampleur de l’affaire Volkswagen, disent-ils, est intimement liée aux questions financières. «Souvenez-vous de Toyota qui a rappelé 7 millions de voitures à travers le monde. Là il y avait un véritable danger de mort, pourtant on en a moins entendu parler.» Le vendeur compare l’importance de la vague médiatique à celle soulevée par l’affaire UBS. «On en a fait tout un plat alors qu’aujourd’hui UBS reste une des principales banques de Suisse.»

En attendant, les clients continuent de pousser la porte des différents garages de la région. A Crissier, l’un d’eux est furieux. Il a spécialement acheté un monospace Volkswagen Touran diesel parce qu’il polluait moins que d’autres. Le vendeur lui a demandé de revenir prochainement, dans l’attente de plus d’informations.