Les limites de la pédagogie par l’aventure

Le recul nécessaire. Un voyage prend du temps à digérer. 5 ou 6 ans», raconte Guillaume, un ancien participant. Maintenant, je m’en rends compte: j’y ai appris l’humilité.» Dans l’ensemble, les expériences sont positives, confirme Fernando Carvajal Sánchez, chargé d’enseignement à la Faculté de psychologie et sciences de l’éducation à Genève: «Les jeunes apprennent des techniques qui améliorent leur haute estime et leurs liens sociaux.» Ils «deviennent plus coopératifs et davantage capables de se soumettre aux règles communes», constate Julius Jancik, dans un ouvrage dédié aux voyages de La Brigantine.

Les voyages forcés. Parfois, pourtant, «un enfant fragile peut perdre ses repères et devenir encore plus fragile», admet Fernando Carvajal Sánchez. «Un voyage est contre-productif si un jeune est soumis à une discipline militaire alors qu’il a besoin de soutien pédagogique», critique Beat Schmocker, membre du comité de l’association faîtière AvenirSocial. Pour éviter ces échecs, les ados ne devraient pas être contraints de participer, estiment les deux experts. «Les jeunes sont envoyés sur le Salomon lorsque les autres méthodes traditionnelles ont échoué», se défend la fondation responsable. «Certains ont déjà plus de dix institutions derrière eux, sans succès. Le bateau est alors «la dernière chance», rappelle-t-elle.

La difficulté du retour. «C’est une expérience tellement forte», se remémore Guillaume. «Puis tu reviens et le cadre n’a pas changé. Tu n’arrives pas à partager ce que tu as vécu. C’est dur.» Comme un rite initiatique, les séjours de rupture doivent être suivis d’un accompagnement solide, estiment les experts. Des entretiens réguliers sont organisés au retour pour accompagner le jeune et l’aider à trouver un apprentissage, confirment les responsables de La Brigantine et du Salomon.

Les abus. L’Ecole en bateau, en France, a aussi fermé: l’organisateur a été condamné en 2013 à 12 ans de réclusion, à la suite d’accusations de viols et d’agressions sexuelles. Comment éviter de tels abus? Les autorités ne peuvent pas se rendre sur les bateaux, mais vérifient le profil des organisateurs. «Sur le navire, il faut plusieurs adultes en permanence. L’autocontrôle par les pairs peut limiter certains comportements déviants», note Fernando Carvajal Sánchez. «Mais c’est un paradoxe: d’une part, la société est de plus en plus inquiète, et de l’autre, elle veut réduire les coûts. Or, le nombre d’accompagnants est primordial. Il faut au minimum un adulte pour deux jeunes», estime-t-il .