On parle souvent de taxe sur les spectacles, mais l'expression est impropre. Il s'agit bien d'un impôt, un impôt sur la dépense, prélevé sans contrepartie. Ses origines sont fort anciennes. Elles remontent à l'époque où l'on finançait l'assistance publique par des prélèvements sur les signes extérieurs de richesse. Il y eut, dans la même catégorie, des impôts sur les pianos ou les domestiques. Du temps de Molière, les comédiens de l'Hôtel de Bourgogne participaient déjà au financement de l'hôpital.

En Suisse, ce droit a survécu jusqu'à nos jours sous la forme d'un instrument de la fiscalité communale. Encore cet impôt a-t-il aujourd'hui de tout autres fins que le droit des pauvres d'origine. A Lausanne, il est devenu le moyen de faire passer à la caisse les spectateurs non lausannois, qui profitent de l'offre culturelle de la capitale sans en supporter les coûts comme contribuables. Cet impôt rapporte à la Ville quelque 5,5 millions de francs par an.

Mais Lausanne est de plus en plus isolée. Depuis les années 1990, la plupart des villes suisses ont renoncé à percevoir cet impôt contre-productif pour la vie culturelle et associative: Zurich en 1991, Bâle en 1999, Genève en 2000 et Berne en 2003. Conséquence: la capitale vaudoise a perdu, au profit de villes voisines, des manifestations culturelles de prestige. Les Rolling Stones, le Cirque du Soleil ou Zingaro ont boudé la ville. Ce qui a fini par ébranler les autorités. En juin, le syndic Daniel Brélaz se disait disposé à renoncer à un quart du produit de cet impôt. Quant à Silvia Zamora, la directrice socialiste de la culture, elle a rejoint le camp des adversaires.