Jeu vidéo

Link, 30 ans et toujours vert

Lancé en 1986 par Nintendo, «The Legend of Zelda» a changé la face des jeux vidéo. Retour sur une saga mythique créée par le père de Super Mario

Petite précision à destination des non-joueurs: le personnage ci-dessus, qui ressemble à Peter Pan avec son arc en bandoulière et ses oreilles d’elfe, ne s’appelle pas Zelda. Même si c’est toujours lui que l’on voit accolé au nom de ce jeu vidéo japonais, propriété de Nintendo, et qui fêtait cette semaine son 30e anniversaire. Zelda, c’est le nom de la princesse que Link – le héros habillé tout en vert donc – passe son temps depuis trois décennies à tirer des griffes de Ganondorf, son ennemi juré.

Un anniversaire en demi-teinte, car Nintendo n’a rien prévu de spécialement fracassant pour honorer son jubilaire. Le mois prochain, le japonais sortira un remake sur console Wii U de Twilight Princess, un épisode vieux de 10 ans. Pour de la nouveauté, il faudra sans doute attendre l’arrivée de la nouvelle console du fabricant nippon. Quand? Aucune idée, mais les fans trépignent depuis 2006.


Jeu-monde

Car dans la mythologie des jeux vidéo, la saga The Legend of Zelda tient une place un peu à part. Au panthéon vidéoludique, c’est le monument parmi les monuments, un jeu riche et bien ficelé, le premier aussi qui permettait de sauvegarder sa partie alors que jusqu’à présent le joueur devait impérativement la boucler d’une traite au risque de devoir tout recommencer de zéro. L’enregistrement de l’action en cours va faire de Zelda un jeu-monde avec ses terrains immenses et son univers naïf et enfantin où même les ennemis sont mignons, promesse d’intenses heures de jeu et de découvertes.

Mais pas de monument sans un immense architecte. Shigeru Miyamoto entre chez Nintendo en 1977. Dessinateur, compositeur, designer, il touche à tout. C’est lui qui invente Donkey Kong, le gorille furibard qui balance des tonneaux du haut d’un building. Le singe ouvrira les portes du marché américain à l’éditeur japonais. En 1985 il crée l’histoire improbable d’un plombier italien parti sauver le Royaume Champignon. La saga Super Mario sera la plus rentable de tous les temps. Mais Shigeru Miyamoto planche sur une autre idée. Comme chez le réalisateur Hayao Miyazaki (Mon Voisin Totoro, Princesse Mononoké) pour qui la nature et ses esprits sylvestres constituent des éléments clés de l’œuvre, le développeur va exploiter ses souvenirs de campagne japonaise et de ses mythologies agricoles. Il crée un petit personnage débrouillard qui parcourt le pays d’Hyrule à la recherche d’une princesse disparue et des trois reliques de la Triforce, la puissance des dieux. Lui s’appellera Link – parce qu’à l’origine il devait servir de lien entre le passé et le futur –, elle Zelda en hommage à la femme de l’écrivain Francis Scott Fitzgerald dont Miyamoto est un fervent lecteur. Lequel Miyamoto, en fan absolu de Walt Disney, assume totalement d’avoir habillé son héros comme le Peter Pan de l’usine à Mickey.

Un héros, dix-huit possibilités

Mais l’originalité du jeu vient d’ailleurs et notamment de sa carte et des déplacements qu’elle autorise. Autant Mario ne bouge qu’à l’horizontale selon les règles des jeux de plateformes, autant Zelda laisse libre le joueur d’aller où bon lui semble dans les limites du scénario. Son autre originalité tient dans son mélange des genres. A la fois jeu d’énigme, de quête et de combat, il fait varier les décors, passant de la verdure de ses paysages extérieurs à la noirceur gothique de ses donjons. Sans oublier ses bandes-son qui font de Zelda une expérience parfois cinématographique.

Mis sur le marché en 1986, le premier Zelda assure un carton à son créateur et à la console NES de Nintendo. A partir de ce moment, la carrière du jeu suivra celle de Super Mario, les deux licences menant des vies parallèles sur toutes les machines de la marque japonaise. Les volets successifs de la saga – il y en a 18 – apportent leur lot de nouveautés. Notamment au niveau de l’équipement de Link qui augmente à chaque édition. L’épée et le bouclier du début sont désormais accompagnés d’une lanterne, d’un arc, d’un boomerang, d’un grappin voire d’un sablier, d’un cheval (Epona) et d’un ocarina dans lequel Link souffle pour résoudre des énigmes. Les graphismes vont également passablement évoluer en fonction de l’avancée technologique des machines. Entre les premières versions 2D, celles réalistes en 3D et celles sur le mode «manga», traitées selon le procédé du «cel-shading» le cœur des joueurs va continuellement balancer. Au point que la communauté s’étripe pour savoir quel épisode est le meilleur de la saga. Allez, on se mouille. S’il ne devait en rester qu’un, c’est à Ocarina of Time qu’il faudrait jouer. ■

A jouer

«The Legend of Zelda: Twilight Princess HD» sur Wii U. Sortie le 4 mars

«The Legend of Zelda: Ocarina of Time» sur Wii U et Nintendo 3DS

«The Legend of Zelda: A Link Between Worlds» sur Nintendo 3DS

Publicité