L'intervention historique de la Confédération pour sauver UBS

• La banque a demandé de l'aide dimanche. Elle avait besoin de trouver 6 milliards de francs.• Les crédits pourris seront "parqués" dans une société de portage surtout financée par la BNS.• Le monde politique réagit avec résignation et colère. Le Parlement ne pourra qu'approuver après coup.

Rien à voir, rien à dire. Durant trois semaines, la réponse était toujours la même lorsqu'on interrogeait le Conseil fédéral sur les mesures qu'il comptait prendre pour venir en aide au secteur financier. On savait pourtant depuis plus d'un an qu'UBS était la banque européenne la plus touchée par la crise.

Mercredi encore, le gouvernement se claquemurait dans le silence, ce qui laissait penser qu'il se tramait quelque chose.

Et puis, jeudi matin, la surprise. Moins de deux heures avant l'ouverture de la bourse, le Conseil fédéral, la Banque nationale suisse et la Commission fédérale des banques (CFB) communiquaient leur plan d'action, créant la stupeur. Un plan historique en deux volets.

Le bilan d'UBS sera déchargé d'actifs à risques pour un montant maximal de 60 milliards de dollars, financés à hauteur de 54 milliards par la BNS. Ils seront transférés dans une société de portage. Par ailleurs, la Confédération va souscrire à un emprunt de 6 milliards de francs pour renflouer les fonds propres de la banque. Le crédit nécessaire a été ouvert avec l'accord de la Délégation des finances.

Comment en est-on arrivé là? Depuis le déclenchement de la crise, le Conseil fédéral, la BNS et la CFB travaillaient de concert, mais en toute discrétion afin de ne pas créer d'affolement. Le 2 octobre, au terme d'une séance extraordinaire du gouvernement, Eveline Widmer-Schlumpf expliquait que le Conseil fédéral était «préoccupé» et qu'il continuait de suivre l'évolution de ce dossier de près. Une semaine plus tard, interrogé à Saint-Gall, Pascal Couchepin déclarait: «Pourquoi devrait-on injecter de l'argent si ce n'est pas nécessaire? Le plus important est de rétablir la confiance dans les banques et les institutions.» Ce même 9 octobre, dans des interviews, Eveline Widmer-Schlumpf disait que «nous ne communiquerons que s'il y a quelque chose à communiquer. Il y a un bon et un mauvais moment pour le faire.» Mais, le même jour, Doris Leuthard, à la Radio alémanique, allait plus loin et déclarait: «En cas d'urgence, le gouvernement est dans une situation telle qu'il pourrait réagir en quelques heures. Des plans d'action sont déjà prêts. Le gouvernement n'abandonnera pas UBS ou Credit Suisse en cas de crise sérieuse ou de faillite.»

En disant cela, elle avait levé un gros coin du voile, ce qui lui a valu quelques remontrances. Le vendredi 10 octobre, à Lugano, Pascal Couchepin lâchait une petite phrase sibylline: «Le gouvernement fera tout pour que le système financier suisse soit stable et que les épargnants soient couverts. C'est quelque chose de bien plus fort que de garantir seulement jusqu'à un certain montant les épargnes.»

A partir de là, tout indique que le Conseil fédéral a pris conscience au plus tard le jeudi 9 octobre de l'aggravation de la situation d'UBS. D'un côté, les clients retiraient leurs avoirs en masse. De l'autre, la paralysie des prêts interbancaires lui compliquait la tâche. C'est ce jour-là qu'Eveline Widmer-Schlumpf a décidé de renoncer à se rendre à Washington pour le sommet du FMI. Les tractations entre UBS, la BNS, la CFB et le Conseil fédéral devaient s'intensifier durant le week-end. Et c'est le dimanche qu'UBS a d'abord averti la CFB avant d'adresser une lettre à la BNS et au Conseil fédéral pour faire part de son incapacité à se refinancer sur le marché interbancaire. Jeudi, le président de la CFB, Eugen Haltiner, a donné des éclaircissements à ce sujet. «UBS comme Credit Suisse sont capitalisées au-dessus de la moyenne. Mais les marchés de refinancement se sont considérablement affaiblis. Il est devenu difficile d'acquérir des liquidités pour de gros besoins. Ce signal d'alarme nous a fait comprendre que le moment était venu d'agir. Les plans d'aide internationaux ont créé un climat d'insécurité pour nos deux grandes banques, qui menaçaient d'être discriminées. Et, comme la confiance envers UBS ne s'est pas restaurée, il fallait prendre des mesures», a-t-il détaillé.

Au moment où, dans la presse, le président de l'Association suisse des banquiers, Pierre Mirabaud, vante la solidité des banques et la recapitalisation d'UBS sans l'aide de l'Etat, cette dernière envoie sa demande d'aide aux pouvoirs publics, préalable nécessaire à l'intervention de la Confédération. Nous sommes le dimanche 12 octobre. A partir de là, c'est motus et bouche cousue. Une petite équipe pilotée par Peter Siegenthaler, directeur de l'Administration fédérale des finances, prépare le plan.

En parallèle, le Conseil fédéral convoque en douce la Délégation des finances (DF) pour mercredi après-midi. Présidée par Ernst Leuenberger (PS/SO), cette instance composée de six parlementaires a la compétence d'approuver des crédits urgents. Pendant cinq heures, la DF décortique le plan adopté le matin même par le Conseil fédéral et finit par l'approuver à l'unanimité. Les cantons sont avertis mercredi soir et les présidents des partis jeudi à l'aube. Selon Ernst Leuenberger, le gouvernement a pensé jusqu'au week-end qu'UBS pourrait se passer de l'aide de la Confédération. Mais il a dû constater que la situation avait empiré au point qu'UBS ne pouvait plus trouver les milliards dont elle avait besoin. Et il s'est rendu compte qu'il ne pouvait rester à l'écart du mouvement mis sur pied dans la zone euro.

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