L'Institution de la religion chrétienne est sans conteste le maître livre de Jean Calvin. Le Réformateur y a travaillé toute sa vie. Il en a livré une première version latine en mars 1536. En 1539, il publie une nouvelle édition, suivie d'une traduction française en 1541. Les éditions ultérieures comporteront toujours une version latine et une version française, jusqu'à la dernière, parue en 1559/1560. Deux ouvrages complémentaires permettent d'apprécier l'originalité et la complexité de l'Institution. Marc Vial, professeur d'histoire de la théologie du Moyen Age et de la Réforme à l'Université de Genève, propose une excellente introduction à la pensée théologique de Calvin, qui se présente comme un guide de lecture de la dernière édition française (1560) du grand œuvre du Réformateur. Olivier Millet, professeur de littérature à l'Université Paris-XII, livre quant à lui une édition critique de la première traduction française de l'Institution, celle de 1541.

Comme le souligne Marc Vial, l'Institution est d'abord «un art de lire l'Ecriture». Calvin avait initialement conçu son livre comme une forme de catéchisme supérieur. Au XVIe siècle, le terme «institution» désignait d'ailleurs l'éducation, la formation. Dès 1541, le Réformateur lui donne la forme d'un traité de théologie. Mais le but reste le même: offrir un accès facile à l'Ecriture sainte.

Marc Vial remarque que le plan définitif adopté par Calvin dans l'édition de 1559/1560 reproduit la structure du Credo commun à toutes les Eglises. Ce n'est pas anodin. Le docteur chrétien a voulu signifier par là que l'Institution, même si elle se réclamait de la Réforme et rompait avec Rome, déployait une théologie universelle.

Dans sa présentation, l'auteur met l'accent sur la bienveillance paternelle du Dieu de Calvin. Cette lecture permet de ne pas buter sur le concept de la double prédestination et de l'intégrer à l'ensemble de la théologie calvinienne.

L'Institution a constitué non seulement une pierre milliaire théologique, mais également littéraire. Selon Olivier Millet, la première traduction de 1541 est «un événement majeur dans l'histoire de la prose d'idées françaises». En effet, pour la première fois, la philosophie, la théologie et l'exégèse étaient traitées en français par un docteur chrétien de haut niveau.

La langue simple, limpide et énergique de l'Institution rompait avec le style fleuri de l'époque et annonçait le classicisme du XVIIe siècle. Le choix de la version de 1541 tient au fait qu'elle est, d'après Olivier Millet, plus équilibrée que celle de 1560. Cette publication, en deux volumes, est destinée à un public de spécialistes. L'appareil critique offre une grande richesse, et chaque chapitre est muni d'une notice introductive. Une édition de référence, qui fera assurément date dans le champ des études calviniennes.

Marc Vial, Jean Calvin, Introduction à sa pensée théologique, Musée international de la Réforme/Labor et Fides, 180 p.

Jean Calvin, Institution de la religion chrétienne (1541), vol. 1 et 2, Edition critique par Olivier Millet, Librairie Droz, 1812 p.