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L'Italie décrète l'état d'urgence à Venise

Le gouvernement italien a décrété jeudi l'état d'urgence pour catastrophe naturelle à Venise, dévastée par la pire marée haute en 53 ans. Vingt millions d'euros devraient être débloqués selon un Tweet du Premier ministre Giuseppe Conte

La procédure d'état d'urgence, annoncée à l'issue d'un conseil des ministres, est souvent utilisée dans une Italie régulièrement frappée par des désastres (séismes, éruptions volcaniques et glissements de terrain).

Elle dote le gouvernement de «pouvoirs et moyens exceptionnels». Les dégâts, d'ores et déjà chiffrés à «des centaines de millions d'euros», devront donner lieu à des évaluations précises, mais, en attendant, le décret permettra «immédiatement» de verser «5000 euros pour les particuliers et 20'000 euros pour les commerces», selon Giuseppe Conte. Le gouvernement va débloquer vingt millions d'euros «pour les interventions les plus urgentes», a tweeté le Premier ministre aujourd'hui. 

«Nous n'abandonnons pas Venise»

«Nous n'abandonnons pas Venise», a déclaré le chef du gouvernement, qui a visité la ville inondée jeudi. Après une réunion de crise à la préfecture, il a parcouru les canaux de la ville pour réconforter les commerçants, nombreux à garder portes closes, comme les musées et les écoles. 

L'ex-président du parlement européen Antonio Tajani s'est de son côté entretenu avec l'Autrichien Johannes Hahn, responsable du budget dans la future Commission européenne, pour s'assurer que la Cité des doges reçoive une aide du Fonds de solidarité européen. Selon l'association professionnelle Confesercenti, 90% des magasins et artisans du centre-ville ont subi des dégâts.

Un comité spécial sur Venise se réunira aussi le 26 novembre pour «discuter de la gestion générale des problèmes», dont un plan de contournement du centre historique pour les paquebots de croisière et le méga-projet Moïse de digues censées protéger la lagune.

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Marée modérée

Les responsables politiques affluent au chevet de la Sérénissime: l'ancien Premier ministre Silvio Berlusconi y est allé jeudi, l'ex-ministre de l'Intérieur de la Ligue (extrême droite) Matteo Salvini devrait s'y déplacer vendredi.

Jeudi, la marée haute du matin a été plutôt modérée, atteignant 1,13 mètre à 10h30, loin des 1,87 centimètres de mardi soir, le deuxième record historique derrière celui du 4 novembre 1966 (1,94 mètre). Cette «acqua alta» avait submergé 80% de la cité lacustre, provoqué la mort d'un septuagénaire, renversé des gondoles et des vaporetti et entraîné plus de 400 interventions des pompiers.

Grâce à ce répit, l'humeur était plutôt joyeuse. Les touristes s'amusaient à sillonner l'immense place Saint-Marc chaussés de bottes en plastique, orange, bleues ou jaunes, ou à siroter un café les pieds dans l'eau dans les quelques bars ou restaurants ouverts.

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Faire fonctionner Moïse

Pour le ministre de l'Environnement Sergio Costa, la fragilité de Venise s'est accrue en raison de la «tropicalisation» de la météo, avec d'intenses précipitations et de fortes rafales de vent, liée au réchauffement climatique. Les écologistes montrent aussi du doigt l'expansion du grand port industriel de Marghera, situé en face sur la terre ferme, et le défilé des bateaux de croisière géants.

De nombreux responsables dont le syndic de Venise Luigi Brugnaro ont appelé à mettre en service «au plus vite» le projet de digues MOSE (Moïse en italien, acronyme de Module expérimental électromécanique). «Cet ouvrage d'ingénierie va finir par coûter six milliards d'euros, il faut le faire fonctionner», a estimé la ministre des Infrastructures Paola de Micheli. Pour donner un coup d'accélérateur au chantier, le gouvernement a nommé une commissaire spéciale, la Romaine Elisabetta Spitz.

Lancé en 2003 et retardé par des malfaçons et des enquêtes pour corruption, Moïse s'appuie sur 78 digues flottantes qui se relèvent et barrent l'accès à la lagune en cas de montée de l'Adriatique jusqu'à trois mètres de hauteur. De récents tests ont permis d'identifier des vibrations et de la rouille mais, selon M. Conte, il est «prêt à 93%» et sera «achevé au printemps 2021».

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