engagement international

L’OMS ne voit pas de raison de passer à la phase 6

La mobilisation est forte, mais on s’interroge sur l’efficacité des systèmes d’alerte

En annonçant mercredi soir que le niveau d’alerte relatif à la grippe porcine allait passer de la phase 4 à la phase 5 (sur six), la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a pris une mesure historique depuis l’introduction de cette échelle d’alerte en 2005. Corollaire de cette annonce, Margaret Chan a exhorté «tous les pays à activer leur plan d’alerte» pour prévenir une pandémie mondiale. Jeudi, le directeur adjoint, Keiji Fukuda, a confirmé que l’OMS en restait à la phase 5 et qu’il n’était en l’état pas question de passer à la phase ultime (6) qui signifierait que la pandémie est déclarée dans au moins deux régions distinctes du monde.

Au sein de l’OMS, la mobilisation s’effectue à travers les multiples programmes du siège de Genève, mais aussi par le biais des bureaux dans les six régions de l’agence onusienne qui coordonnent l’action entre les Etats et les partenaires internationaux. Pour Margaret Chan, il est difficile d’évaluer les fonds nécessaires pour combattre une éventuelle pandémie. La directrice de l’OMS s’est entretenue avec le directeur de la Banque mondiale pour anticiper une demande de prêts et n’a pas manqué de souligner que les pays en voie de développement pourraient être plus durement touchés par une pandémie. Dimanche, l’organisation a déjà annoncé qu’elle accordait immédiatement un prêt de 25 millions de dollars au Mexique, puis de 180 millions pour aider le pays à mettre en place les structures nécessaires.

Face aux besoins potentiellement importants de médicaments antiviraux, Margaret Chan en appelle à la responsabilité sociale des entreprises pharmaceutiques: «Le secteur privé est par définition privé et il est juste qu’il cherche le profit. Mais là, les circonstances sont particulières. Plusieurs sociétés se sont dites prêtes à soutenir les efforts de l’OMS.» Parmi les pharmaceutiques, Roche, qui fabrique le Tamiflu, est fortement engagée dans le processus. En 2005, elle avait fait un don de 5 millions de doses à l’OMS. Une partie d’entre elles vient d’être envoyée dans plusieurs pays en voie de développement. Selon Keiji Fukuda, la société bâloise est prête à accroître sensiblement sa production d’antiviraux.

Production longue

Quant à la production de vaccins contre la grippe A(H1N1), le processus de fabrication est long et pourrait prendre des mois. Pour l’heure, Keiji Fukuda extrapole. La capacité mondiale de production de vaccins saisonniers contre la grippe est d’environ 500 millions de doses. Mais il n’est pas sûr qu’en cas de pandémie la capacité de produire un nouveau vaccin contre la grippe A soit aussi élevée.

Sur le terrain, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) est déjà fortement engagée dans plus de 130 pays avec quelque 60 000 volontaires. Pour Pierre Duplessis, envoyé spécial de la FICR pour la grippe pandémique, les mesures qui vont «permettre de sauver le plus grand nombre de vies» sont celles qui sont orientées directement vers les différentes communautés. Réunis jeudi à Luxembourg, les ministres de la Santé de l’Union européenne ont réaffirmé la nécessité d’une réponse européenne coordonnée. Selon eux, les cas déclarés en Europe présentent un «tableau clinique qui n’excède en rien celui d’une grippe saisonnière», qui tue jusqu’à 40 000 personnes en Europe chaque année. Mais à ce stade, l’UE est «la région la mieux préparée au monde».

Malgré la mobilisation, l’efficacité des systèmes d’alerte contre la pandémie est en train d’être évaluée. Bien que Margaret Chan ait souligné la transparence du gouvernement mexicain, le Washington Post estime que le Mexique a tardé à donner les signaux d’alerte. Le 6 avril, les instances sanitaires mexicaines étaient déjà préoccupées par le fait que 400 personnes avaient nécessité des soins pour pneumonie et grippes dans l’Etat de Veracruz. Ce n’est que le 24 avril que le public et les autorités sanitaires américaines ont été mis au courant de la gravité de la situation. La nouvelle réglementation internationale, adoptée par l’OMS en 2005 et entrée en vigueur en juin 2007, exige pourtant que les Etats membres communiquent dans les 24 heures l’apparition d’une maladie sérieuse, inhabituelle et susceptible de se répandre sur toute la planète. Désormais, des épidémiologistes canadiens, mexicains et américains enquêtent sur l’origine du virus au Mexique. Et Tammam Aloudat, spécialiste des «urgences santé» à la FICR, de conclure: «Le degré de préparation ne dépend pas de la richesse ou non d’un Etat. Le Népal, par exemple, est mieux préparé que certains Etats bien lotis.»

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