Le «long» et le «short»

Alternatif Le secret des émergents est d’anticiper les fluctuations

Bien que le gros des investissements sur les marchés émergents soit appelé à rester dans les fonds «long only», une tendance de gestion différente des portefeuilles se dégage peu à peu. Nous avons en effet pu observer cette année une nette transition de l’approche modulaire, marquée par des investisseurs à la recherche de fonds publics et privés, et de fonds de devises fortes ou locales pour faire eux-mêmes leur mélange. Ils sont maintenant remplacés par des investisseurs en quête de mandats plus mixtes, qui veulent des managers capables de prendre ces décisions.

Les investisseurs se heurtent invariablement au problème du calendrier des investissements: l’argent tend à déferler sur les marchés émergents aux trois quarts de la reprise et à refluer après un dégagement. Mais c’est l’inverse qui devrait se produire: lorsque l’optimisme règne, le moment est venu de se retenir, de miser sur le short et d’attendre les opportunités d’achat découlant d’une correction du marché.

Les investisseurs ont acquis une solide expérience des marchés émergents, mais la volatilité passée conditionne aujourd’hui leurs attitudes et leurs sentiments face aux différentes catégories d’actifs. La dette des marchés émergents est toutefois moins volatile qu’elle n’y paraît. Cette crainte de la volatilité a probablement sa part de responsabilité dans la demande croissante pour une exposition obligataire différente. Les nouveaux acteurs affluent – fonds de pension ou d’assurance – sur le marché du rendement absolu. Ces derniers veulent s’exposer aux marchés émergents sans trop de surprises ni de volatilité. Il en résulte une diversité d’offres, notamment un nombre croissant de produits vantant les mérites du rendement absolu.

Les investisseurs sont intéressés par la croissance des marchés émergents dénuée du risque baissier, ce qui n’est pas toujours possible. Mais la question demeure: quel retour les investisseurs sont-ils prêts à troquer contre une baisse et une volatilité réduite? En période de marché haussier, les investisseurs attendent avec impatience les retours élevés du «long only», et l’appel de la croissance sur les marchés émergents a, par le passé, limité la demande en préservation du capital. Les investisseurs craignent tous de rater la bonne affaire, mais la tendance est aujourd’hui à l’investissement basé sur les résultats et des approches sur mesure. Ils comprennent qu’ils n’obtiendront peut-être pas le même niveau de retour avec un rendement absolu ou une approche mixte. Ce secteur est en pleine croissance en raison de la demande des investisseurs à long terme.

Mais les investisseurs ne veulent pas seulement une préservation de capital; ils veulent aussi une participation plus importante à la hausse que celle qu’ils pourraient attendre d’un fonds marché neutre plus classique avec rendement absolu. Le défi consiste à créer un portefeuille de volatilité moindre réactif à la hausse et proposant des retours corrects. Les coûts d’une stratégie long/short sur les émergents peuvent nuire à la réactivité à la hausse, ce à quoi les investisseurs restent sensibles au moment d’évaluer les offres toujours plus nombreuses dans cet environnement.

La dette dans les pays émergents bénéficie de prévisions de croissance optimistes (notamment en Chine) et de valorisations jugées attractives dans la recherche globale de rendement. Des zones d’ombre demeurent, comme la possibilité de sanctions américaines et européennes qui n’incitent pas à garder les actifs russes. Le défaut de paiement de l’Argentine, parfaitement géré, est désormais contenu. A ce jour, la volatilité des options est relativement basse tandis que les taux d’intérêt de certaines devises sont plutôt coûteux (comme en Inde, en Turquie et au Brésil). Dans l’ensemble, les feux restent au vert pour la dette dans les pays émergents.

* Responsable de la dette émergente chez Insight (BNY Mellon)

Les coûts d’une stratégie long/short sur les émergents peuvent nuire à la réactivité à la hausse