«Clear. Hold. Build»: «Déblayer, sécuriser et construire». C'est autour de ces trois mots que les 26 pays membres de l'Alliance atlantique sont tombés d'accord, lors du sommet de Bucarest en avril, pour réorienter la stratégie de l'ISAF, la force internationale d'assistance. Problème: «Menées de front, ces trois tâches sont souvent contradictoires», juge un officier supérieur au Shape, le QG de l'OTAN à Mons (Belgique)».

Pivot de la guerre menée contre les talibans, l'OTAN n'a, en fait, qu'une partie de la réponse aux questions posées par ce conflit multiforme. Impossible par exemple pour l'Alliance - dont la chaîne de commandement remonte à Bruxelles et doit s'accommoder des multiples restrictions opérationnelles exigées par les alliés - d'étendre géographiquement son dispositif en pays pachtoune sans multiplier les zones d'affrontement direct avec les talibans. «Les 70% des incidents meurtriers se déroulent sur 10% du territoire», nous expliquait en janvier sur un air de victoire le général portugais Carlos Branco, porte-parole de l'ISAF. Sauf que cette portion de territoire la plus disputée (le long de la frontière pakistanaise, autour de Kaboul et de Kandahar) décide du sort du pays.

L'OTAN est aussi aveuglée par sa puissance. L'alliance la plus puissante du monde a du mal à accepter que ses forces, pourtant trois fois moins nombreuses que l'Armée rouge à l'époque de l'occupation russe, butent sur les talibans. Son commandant en chef, le général américain Bantz Craddock, a fait partie des conseillers de l'ex-secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, favorable à l'emploi maximal de troupes d'élite. Avant de réaliser que le terrain gagné est souvent... vite reperdu.

L'enjeu politique

La terrible âpreté du conflit trahie par l'embuscade récente contre les troupes françaises est aussi gommée dans les couloirs de Bruxelles. L'OTAN déteste rappeler que l'année 2007 a été la plus meurtrière depuis le début du conflit en 2001, avec plus de 6000 victimes. L'Alliance est enfin prisonnière de son état-major à Kaboul, sans cesse affairé à demander des renforts. Ce qui durcit à chaque fois les relations entre les Etats-Unis, premier pourvoyeur de troupes, et leurs alliés. En début d'année, une lettre cinglante du Pentagone réclamant que la Bundeswehr prenne plus de risques avait mis l'Allemagne en émoi. Washington est aussi sous pression pour ne pas exiger davantage du Pakistan voisin,

L'OTAN, enfin, sait que l'équation afghane est aussi politique et policière. La formation des 88000 soldats de l'armée nationale - vrai succès - est contrebalancée par la déroute des 60000 policiers dont les Européens ont maintes fois promis de se charger. La corruption alimentée par le trafic de drogue mine les institutions et Hamid Karzaï est déjà en campagne pour les élections de 2009. Or la rhétorique anti-étrangers - voire anti-OTAN - paie. En janvier, Kaboul a refusé contre l'avis de Bruxelles la candidature du Britannique Paddy Ashdown - jugé trop inflexible - au poste de représentant civil de la communauté internationale.