«La Russie est un acteur mondial. Ne pas lui parler n’est pas une option.» A Bruxelles hier, le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, n’a pas peiné à expliquer pourquoi les 26 pays membres de l’Alliance ont décidé de reprendre le dialogue avec Moscou, interrompu depuis la guerre du mois d’août en Géorgie.

Au vu du traumatisme causé en Europe par la crise gazière russo-ukrainienne, et du réchauffement entre Washington et Moscou, le gel des relations menaçait d’hypothéquer sérieusement la mise en chantier du nouveau concept stratégique que l’OTAN s’est promis d’ouvrir à son sommet des 3-4 avril à Strasbourg-Kehl. «Négliger les préoccupations de la Russie n’est pas tenable, reconnaissait à la sortie de la réunion un membre de la délégation américaine conduite par Hillary Clinton. Il ne faut pas tirer un trait sur le passé, mais tirer les bonnes leçons.»

L’affaire n’a pourtant pas été simple. Tour à tour, la question des républiques séparatistes géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, la construction possible de trois bases militaires russes dans ces deux «entités» reconnues par Moscou, les pressions déployées par le Kremlin pour amener le Kirghizistan à fermer la base aérienne américaine de Manas (cruciale pour le ravitaillement de la coalition en Afghanistan) et bien sûr l’opposition russe au projet de bouclier antimissile américain en Europe de l’Est (Pologne et République tchèque) ont nourri de longs débats. Le retour des tensions entre Kiev et Moscou a aussi été évoqué. Avec, comme au sein de l’UE, la Lituanie dans le rôle du pays le plus récalcitrant.

Réunion en juin

Concrètement, la prochaine réunion ministérielle OTAN-Russie devrait se tenir en juin, après le sommet de Strasbourg-Kehl. Mais d’ici là, les mains tendues devraient se multiplier. A commencer par la rencontre entre Hillary Clinton et Sergueï Lavrov ce vendredi à Genève (lire ci-contre). «De plus en plus d’experts pensent que la Russie, en grave difficulté économique, n’a plus les moyens de sa surenchère nationaliste, explique un diplomate. Dans ce contexte, l’isoler serait contre-productif». «La Russie, si elle l’accepte, peut faire partie du monde occidental au sens large», a complété le ministre polonais Radoslaw Sikorski.

Restent les symboles. Notamment vis-à-vis de l’Ukraine et de la Géorgie, auxquelles l’OTAN avait proposé lors sommet de Bucarest en 2008 une intégration «à terme», déclenchant les foudres russes. «Notre ligne reste claire: la Russie n’a aucun droit de veto sur l’expansion de l’Alliance», a de nouveau asséné le secrétaire général de l’OTAN.